À Shawinigan, une nouvelle procédure de décontamination a été mise en place en 2017 afin de réduire les risques d’absorption des contaminants cancérigènes.

Les pompiers plus vigilants

SHAWINIGAN — La reconnaissance de sept types de cancer associés au combat des incendies par la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité au travail rend les pompiers de Shawinigan de plus en plus vigilants, observe François Lelièvre, directeur du Service de sécurité incendie.

Au printemps 2016, la CNESST reconnaissait que l’exposition à des feux et des gaz pendant les opérations, mais aussi lors du nettoyage des équipements et des enquêtes après l’extinction pouvaient développer des cancers du rein, de la vessie, du larynx, du poumon, le mésothéliome, le myélome multiple et le lymphome non hodgkinien.

À Shawinigan, une nouvelle procédure de décontamination a été mise en place en 2017 afin de réduire les risques d’absorption des contaminants cancérigènes. En général, le directeur observe qu’elle a été bien accueillie.

«Quand le pompier sort (de l’incendie), il doit se laver le plus rapidement possible avec des lingettes en profondeur», explique M. Lelièvre. «Le gars au visage tout beurré, on ne devrait plus voir ça. Il faut aussi décontaminer les équipements. Parfois, il ne suffit que d’un brossage avec un savon doux pour enlever les particules. Dès le retour à la caserne ou à la maison, le pompier doit prendre une douche pour éviter la contamination.»

Le membre de la brigade qui se vantait de sentir encore la fumée deux ou trois jours après son combat se ferait maintenant regarder de travers par son directeur.

«Ça demande plus d’équipement de réserve, car aussitôt que l’habit est sale, il faut le laver», fait remarquer M. Lelièvre. «C’est un changement de mentalité qui va prendre quelques années, mais ça prend un virage.»

Le directeur reconnaît que ces recommandations ont d’abord semé un peu de panique chez certains individus.

«Dans les premières semaines, il y a eu un petit vent de peur», raconte-t-il. «Des gars disaient qu’ils arrêteraient d’être pompier, que c’était dangereux de mourir du cancer... Personne ne veut être malade. Le cancer est sur toutes les lèvres, dans tous les milieux. En sécurité incendie, on se disait que si on portait notre appareil respiratoire, on était corrects. Après le feu, ce n’était plus grave parce qu’il n’y avait plus de fumée. Des études ont démontré que ce n’était pas vrai. Tant qu’il y a une odeur, ça veut dire qu’on respire une particule solide, donc qu’il y a un risque.»

«Nous avons donné beaucoup d’explication pour démystifier tout ça», ajoute M. Lelièvre. «Nous avons donné des directives. Les pompiers n’ont pas le choix. Avant, on disait aux gars de ne pas oublier de boire pour s’hydrater. Maintenant, on leur dit aussi de se nettoyer. C’est devenu un réflexe.»