Le président du c.a. de l’UQTR, Robert Ricard en compagnie du recteur, Daniel McMahon.

Les plaies encore ouvertes à l’UQTR

TROIS-RIVIÈRES — Même si la vie académique semble avoir repris son cours normal, en cette session d’automne à l’Université du Québec à Trois-Rivières, les blessures ressenties par le corps professoral durant le lock-out de mai dernier cicatrisent très mal.

Une dizaine de départements ont tenu à adresser chacun une motion de blâme envers la haute direction de l’UQTR et le conseil d’administration pour avoir imposé un lock-out, le 2 mai dernier, qui aura duré 15 jours. La réponse que l’Université leur a fait parvenir récemment en a déçu plus d’un. Dans une lettre de deux paragraphes adressée aux divers départements par le président du conseil d’administration, Robert Ricard, l’UQTR se contente de prendre acte des motions de blâme. «Faisant suite à la conclusion d’une entente avec votre syndicat, nous souhaitons maintenant nous tourner vers l’avenir, plus précisément celui de nos étudiants et étudiantes, car c’est lui qui nous unit», conclut la courte lettre.

Or, pour les directeurs de départements et les professeurs, cette réponse est nettement insuffisante et démontre que l’UQTR «ne prend pas acte de ses responsabilités», analyse pour un le professeur Benoit Brisson du département de psychologie.

Le professeur Brisson explique qu’en imposant un lock-out, l’UQTR a carrément mis la population et les étudiants en danger, une opinion que reflètent clairement certaines des motions de blâme déposées à la haute direction de l’Université.

C’est que pendant le lock-out, les étudiants ont été laissés à eux-mêmes, sans supervision. Dans le cadre de certains travaux impliquant des humains, «il n’y avait personne pour protéger les participants et si quelque chose de sérieux était arrivé, ça aurait pu nuire aux étudiants», explique le professeur Brisson.

Les motions de blâme envoyées aux administrateurs de l’UQTR ne voulaient pas exprimer simplement une rancœur envers le lock-out imposé . Elles relevaient plutôt de «préoccupations professionnelles. On a mis en danger la population et les étudiants», réitère le professeur Brisson.

L’exécutif du Syndicat des professeurs et professeures de l’UQTR (SPPUQTR) s’est réuni, la semaine dernière, afin de discuter de ce dossier. «On va rencontrer nos délégués là-dessus», indique la professeure Diane Gagné, vice-présidente intérimaire du SPPUQTR. Un grief a également été déposé afin «de régler les conséquences du lock-out», dit-elle. «On veut faire des actions. On est aussi inconfortable que notre monde», dit-elle.

«Inconfortable» est en effet un sentiment partagé par plusieurs directeurs de départements et professeurs avec qui nous avons communiqué dans le cadre de ce reportage. Tous ont beaucoup à dire, mais sous le couvert de l’anonymat, car ils craignent tous et toutes des répercussions soit pour eux-mêmes, soit pour leur département.

«On a peur des représailles», nous a expliqué un professeur. «Peur de ne pas avoir de titularisation (qui vient après la permanence), de perdre un local de recherche, de ne pas avoir de soutien financier interne pour des projets, de se voir refuser des projets ou de voir son département se faire refuser des projets, tomber dans l’angle mort du service des communications et ne plus avoir de visibilité», explique le chercheur.

«La paix n’est pas revenue. Certains sont très en colère. Il y a une coupe très nette entre l’administration et les professeurs et une méfiance très grande», nous a confié un autre directeur de département.

C’est que le lock-out a eu des conséquences sérieuses sur l’éthique de la recherche, par exemple. Dans la motion de blâme du département des sciences de l’éducation, par exemple, on souligne que «la recherche sur les êtres humains conduite les 2 et 14 mai 2018 enfreignait les règles d’éthique de la recherche sur les êtres humains puisque le Comité d’éthique n’était plus fonctionnel et que l’UQTR n’a informé les étudiants qu’à partir du 14 mai que toute recherche sur les êtres humains était suspendue.»

Les professeurs veulent en discuter avec la haute direction pour ne plus que des situations comme celles-là surviennent encore. L’UQTR n’a pas voulu émettre de commentaires, vendredi.