Sylvie Gervais de la Coopérative Enfant Nature anime ces classes en plein air qui stimulent les enfants.

Les petits s’épanouissent en nature

SHAWINIGAN — Imaginez un produit qui améliore les capacités psychomotrices de votre enfant, qui lui permet de se développer plus rapidement, qui stimule son imagination, qui le rend calme et attentif. Imaginez que ce même produit fasse en sorte que l’enseignant n’ait aucune discipline à faire en classe pour transmettre sa matière. Il fait même en sorte que les enfants ont le goût de s’entraider et de collaborer entre eux. Ce produit miracle vaudrait une fortune, n’est-ce pas? Or, il existe. C’est la nature.

Sylvie Gervais, diplômée en éducation physique avec spécialité en plein air, de concert avec deux chercheurs de l’UQTR, Claude Dugas et Marie-Claude Rivard, ont lancé un projet pilote, en 2015, visant à observer le comportement des enfants lorsqu’on les fait jouer en pleine nature pendant toute une journée, toutes les semaines sans exception, beau temps, mauvais temps.

Leur laboratoire vivant est situé au Parc de l’île Melville, à Shawinigan et leurs sujets d’étude proviennent de Centres de la petite enfance ainsi que de maternelles 4 ans et 5 ans.

Mercredi, comme c’est le cas chaque semaine depuis le début de l’année scolaire, Mme Gervais accueillait une dizaine de petits bouts de choux de 4 ans de l’école Immaculée-Conception dans les boisés du parc.

Toute cette marmaille avait pour mission la découverte de la vie du lièvre, l’animal thématique de la semaine.

Raquettes aux pieds, les enfants devaient s’imaginer comment le lièvre se déplace sur la neige, se nourrir et trouver une façon de créer un abri parfait pour lui.

Place à l’imaginaire, toutes les hypothèses pouvaient être mises à l’épreuve sans restrictions.

On avait aussi en réserve, pour eux, des contes et des chansons à répondre. Bref, on se croirait un peu dans un camp scout et Sylvie Gervais ne nie pas du tout cette ressemblance, bien au contraire.

L’école forêt nature, comme l’appelle la Fondatrice de la Coopérative enfant nature, est un programme d’éducation en plein air et à l’environnement dont l’objectif est la santé globale et le mieux-être des enfants.

Elle a puisé son inspiration dans les Forest schools de l’Europe du Nord qui existent depuis les années 1950.

Dans une société devenue aussi technologique que la nôtre, l’obésité est en croissance chez les enfants et ces derniers ont aussi développé ce que Mme Gervais appelle un «déficit de la nature», un phénomène qui est observé partout dans le monde, présentement.

«En plein air, l’intensité des jeux est beaucoup plus grande qu’entre les murs d’un CPE», plaide-t-elle.

Le résultat observé jusqu’à présent chez les jeunes participants, c’est qu’au contact de la nature, «le développement global des enfants s’accélère rapidement», constate Mme Gervais.

Bouger en nature stimule évidemment le développement moteur.

«Même le plus lent y trouve son plaisir. Tous les enfants, peu importe leur développement, y trouvent leur place», dit-elle. «Tous les enfants évoluent à leur rythme et rapidement parce que c’est un milieu stimulant», plaide-t-elle.

La nature a aussi des impacts au niveau socio-affectif, constate Mme Gervais. «On n’a aucune intervention à faire, ni de règles à imposer. Il n’y a pas de chicane entre eux. Il y a une harmonisation complète. Ils collaborent. Ils vont même jusqu’à l’altruisme. Ils vont aider les autres», constate-t-elle.

L’organisation Avenir d’enfants, qui fournit un soutien aux communautés locales engagées dans le développement global des enfants âgés de 5 ans et moins vivant en situation de pauvreté, est partenaire du projet, cette année.

Du matériel didactique a été fabriqué et «on a un projet sur trois ans avec l’Université pour voir comment on va former les gens. On est au préscolaire, mais éventuellement, on veut aller au primaire, précise-t-elle.

Sylvie Gervais ajoute que la protection de la nature fait aussi partie des effets recherchés par ce retour aux sources des enfants. Or, comme le dit si bien une phrase célèbre: «On protège ce que l’on aime et on aime ce que l’on connaît.»

Les enfants ne font pas que bouger en nature, on leur apprend aussi à développer la pleine conscience et à méditer en nature «et on médite toujours comme l’animal du jour, d’une façon ludique, comme la grenouille sur son nénuphar».

«On fait le calme en dedans de nous», dit-elle. «Ils adorent ça.»

D’ailleurs, Manon Jean de l’Arbre en coeur, qui enseigne la méditation aux enfants dans les écoles, est partenaire avec la Coopérative enfant nature qui a intégré aussi le concept de météo intérieure dans les séances de méditation.

Sylvie Gervais et les chercheurs de l’UQTR veulent créer un centre de formation et de recherche en pédagogie nature en Mauricie qui va se déployer dans le reste du Québec.

«C’est notre rêve», confie celle qui a fondé le projet.