Les Petits Frères lancent le projet pilote Voisin-Age dans le district Des Rivières, à Trois-Rivières. On voit sur la photo, Caroline Sauriol, directrice générale des Petits Frères, Joëlle Gagné, directrice du développement philanthropique de la Fondation de l’UQTR, Matias Duque, directeur général de la Fondation Luc Maurice, Geneviève Dargis, coordonnatrice du projet et Claude Ferron, conseiller du district des Rivières.

Les Petits Frères lancent le projet Voisin-Age

TROIS-RIVIÈRES — Après Montréal, la Mauricie est la région qui compte la plus grande proportion de personnes vivant seules, selon l’Institut de la statistique du Québec, soit 20,4% alors que pour l’ensemble du Québec, ce nombre s’élève à 17,2%. Les personnes âgées sont particulièrement touchées. Pour contribuer à briser leur isolement, les Petits Frères lancent Voisin-Age, un projet-pilote qui fera ses premiers pas dans le district des Rivières, à Trois-Rivières.

«L’objectif est d’aider les aînés qui sont un peu plus isolés à vraiment retrouver une vie de quartier. Souvent, on dit qu’on ne connaît pas notre voisin ou notre voisine. Nous, on veut créer des liens de proximité, on veut que les gens se sentent moins seuls, qu’ils sentent justement que leur voisin va veiller sur lui ou sur elle si jamais il arrive quelque chose. Toutes des petites choses qui vont faire en sorte qu’ils se sentent mieux dans leur résidence ou dans leur quartier», explique Geneviève Dargis, coordonnatrice de Voisin-Age.

C’est ainsi qu’on va voir apparaître des voisineurs et des voisinés à Trois-Rivières. Les voisineurs sont invités à faire une différence dans le quotidien d’une personne âgée de 65 ans et plus, qui vit seule, par de petits gestes simples qui peuvent faire une grande différence pour elle. On parle, par exemple, de lui téléphoner, de prendre un café avec elle, de pelleter son entrée ou de l’accompagner lors d’une marche. «Il y a des gens qui vont dire: ‘‘Je ne veux pas être un bénévole mais je suis prêt à donner de mon temps’’. C’est comme une façon plus légère de se mettre en action pour aider sa communauté», précise Caroline Sauriol, directrice générale des Petits Frères. Le projet va s’articuler autour d’un site internet (www.voisin-age.ca) qui sera en fonction à partir de la semaine prochaine et qui permettra aux gens intéressés à s’impliquer de s’inscrire. C’est possible aussi pour les futurs voisinés de manifester leur intérêt via la plateforme, mais ils peuvent aussi contacter les Petits Frères par téléphone au 819-841-1620. «C’est une plateforme numérique pour mettre en relation des voisinés, donc des personnes qui sont à risque d’isolement, avec des voisineurs qui sont des gens qui habitent dans le même quartier et qui ont envie de leur offrir un peu de leur temps, un peu de leur générosité pour créer des liens de solidarité», note Mme Sauriol. Les voisineurs vont suivre une courte formation et leurs antécédents judiciaires seront vérifiés.

Voisin-Age existe déjà dans différents pays dont la France, l’Espagne et les États-Unis. Mais l’implantation du projet à Trois-Rivières sera une première au Québec. La capitale régionale a notamment été ciblée en raison de l’âge et de la densité de sa population.

Trois-Rivières est l’une des villes au Québec qui compte la plus grande proportion de personnes vivant seules soit 21,1 %, selon l’Institut de la statistique du Québec, dont les données ont été tirées du recensement 2016. Elle est devancée seulement par Montréal (22,1 %) et Québec (21,6 %).

De plus, Trois-Rivières compte 12 125 personnes âgées de 75 ans et plus. Elles seront 16 500 en 2027. Environ 30 % d’entre elles sont à risque d’être seules et 10 % souffrent actuellement d’isolement sévère, selon les Petits Frères. «Plus encore, une importante proportion d’entre elles présente des facteurs importants de vulnérabilité les prédisposant à l’isolement: haut taux d’habitation en solo (52 %), faible revenu (51 %), faible scolarité (58 %) et présence d’incapacités (42 %)», précisent les Petits Frères, dans un communiqué.

«Trois-Rivières est l’une des villes les plus âgées au Canada. Il y a déjà beaucoup de mobilisation, beaucoup de concertation sur le territoire de Trois-Rivières. Ce sont des facteurs clés qui vont faciliter l’implantation d’un tel projet», note Mme Sauriol. Et pourquoi le district Des Rivières? «On a regardé l’ensemble des quartiers de Trois-Rivières. On avait même identifié un autre quartier au départ pour notre projet pilote. Mais on s’est vraiment arrêté sur Des Rivières parce qu’il y a à la fois une population qui est quand même assez âgée, mais c’est un quartier aussi qui est moins bien desservi du côté communautaire. Il y a certains quartiers qui sont peut-être plus âgés ou plus densément peuplés à Trois-Rivières, mais où il y a déjà énormément d’acteurs présents, et nous ce qu’on veut, c’est être un complément», explique la directrice générale.

Ce projet est réalisé en partenariat avec la Fondation Luc Maurice et l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR). En effet, le Laboratoire interdisciplinaire de recherche en gérontologie de l’UQTR va mesurer l’impact du projet chez des aînés participants.

Un projet qui, l’espèrent les Petits Frères, va contribuer à freiner ce phénomène grandissant qu’est l’isolement des aînés. «Il y en a de plus en plus, et c’est difficile d’aller les chercher, justement parce qu’ils ne sortent pas. On ne sait pas qu’ils sont isolés. Il y en a plus qu’on pense», déplore Mme Dargis. «L’isolement est malheureusement un fléau social au Québec, et on va tous s’unir pour y répondre», ajoute Mme Sauriol.