Sabrina Bernier, directrice générale adjointe de la Maison de Connivence de Trois-Rivières
Sabrina Bernier, directrice générale adjointe de la Maison de Connivence de Trois-Rivières

Les maisons pour femmes victimes de violence conjugale et la pandémie: «Une source de stress supplémentaire»

TROIS-RIVIÈRES — Le mot adaptation a évidemment été sur toutes les lèvres pendant la pandémie de la COVID-19, alors que toute la population n’a eu d’autre choix que de s’adapter à cette nouvelle réalité. Mais pour les maisons d’hébergement qui viennent en aide aux femmes victimes de violence conjugale, le mot adaptation a pris une signification tout autre au cours des derniers mois, alors qu’elles ont dû faire face à une nouvelle réalité.

L’adaptation, c’est en effet le mot-clé qui ressort du côté des centres d’hébergement, alors que le pire de la crise semble être derrière nous.

«Tout au long du confinement, on a eu continuellement à s’adapter avec les consignes sanitaires et les règles de confinement. Mais dans l’ensemble, ça c’est bien déroulé et tout le monde s’est adapté. Le plus difficile par contre a été pour les femmes, puisqu’elles ont vécues isolées pendant plusieurs années avant de sortir de leurs milieux toxiques et là, elles devaient encore vivre isolées et ne pouvaient pas aller voir leurs amis ou la famille pour ventiler», avoue Lyne Bourgelas, directrice adjointe de la Maison Le Far.

Un son de cloche similaire à la Maison de Connivence de Trois-Rivières en ce qui a trait à l’adaptation.

«Pendant la crise, on a eu beaucoup d’adaptation à faire chez nous, autant du côté des intervenantes que des femmes, en raison notamment des mesures de travail qui étaient différentes avec la distanciation et le port du masque. On a réussi à s’adapter à la situation, mais il reste qu’il y a eu un stress supplémentaire pour les femmes et pour nos intervenantes pendant le plus fort de la crise. Mais maintenant, depuis qu’on a commencé notre déconfinement, ça va de mieux en mieux», soutient Sabrina Bernier, directrice générale adjointe de l’endroit.

En pleine période de confinement, les maisons d’hébergement ont également dû faire face à un autre scénario difficile: celui de recevoir beaucoup moins d’appels de femmes en détresse qu’à l’habitude.

«Les appels ont évidemment été moins nombreux pendant le confinement. À l’heure actuelle, ce n’est pas revenu encore à 100 %, mais on a de plus en plus de demandes à la Maison de Connivence. Mais la plus grosse différence qu’on a pu constater au cours des derniers mois, c’est qu’on a eu et on a toujours un nombre plus élevé que la normale d’appels de la part d’amis ou membres de la famille, puisqu’ils sont très inquiets et ne savent pas comment s’y prendre pour venir en aide à une femme de leur entourage», souligne Mme Bernier.

«Les appels n’ont jamais vraiment cessé chez nous, mais c’est certain qu’on a eu un petit moment où les femmes téléphonaient moins. Par contre, la maison a été pratiquement toujours pleine depuis le début de la pandémie. Elle est d’ailleurs encore pleine aujourd’hui», précise pour sa part Mme Bourgelas de la Maison Le Far.

Des défis supplémentaires

En plus de créer une source de stress supplémentaire, la pandémie de la COVID-19 a également apporté son lot de défis aux femmes victimes de violence conjugale.

La difficulté à trouver un logement et la difficulté à avoir accès à un avocat et au système juridique sont du nombre de ces problèmes supplémentaires.

Ces difficultés, les ressources en hébergement qui viennent en aide aux femmes victimes de violence conjugale ont été à même de les constater pendant la pandémie.

«Ce qui est le plus difficile pour les femmes depuis le début de la pandémie, c’est de trouver un nouveau logement. Ce que nous avons remarqué avec les intervenantes, c’est que lorsque les femmes appellent pour avoir un nouveau logement, c’est plus complexe. Au départ, c’était parce que les visites n’étaient pas permises, mais même en ce moment, ça continue à être plus difficile», explique Lyne Bourgelas.

Un point de vue partagé par Sabrina Bernier de la Maison de Connivence.

«On a effectivement des femmes qui cherchent activement des logements et il y en a très peu qui sont disponibles actuellement. Ça reste donc complexe pour elles de trouver quelque chose en cette période de pandémie, surtout pour les femmes qui ont plusieurs enfants. En plus, elles ont dû faire face à un autre problème au niveau juridique, puisqu’il était difficile de pouvoir parler à un avocat et d’avoir un soutien de leur part pendant le confinement. C’était également encore plus ardu de passer à la cour, ce qui a fait en sorte de rallonger encore plus les délais juridiques.»

Nouveau partenariat avec Rogers

Depuis quelques semaines, les femmes hébergées aux maisons d’hébergement Le Far et de Connivence de Trois-Rivières ont accès à des téléphones portables afin de garder un contact avec leurs proches, grâce à un nouveau partenariat avec Rogers.

En effet, la compagnie s’est récemment associée à plusieurs maisons d’hébergement dans la province, dont la Maison Le Far et de Connivence à Trois-Rivières, et leur a fourni des téléphones destinés aux femmes en difficulté.

«Grâce à ce partenariat, les femmes vont pouvoir faire leurs démarches plus facilement. J’ai parlé à une résidente dernièrement qui me disait comment ça lui avait fait du bien de communiquer avec sa famille qui est éloignée. C’est vraiment un bel ajout», conclut Mme Bourgelas.