À gauche, le rédacteur en chef du Nouvelliste, Stéphan Frappier, et le professeur Jason Luckerhoff de l’UQTR en compagnie des étudiants. À l’extrême droite, Martin Francoeur, éditorialiste au Nouvelliste.

Les journaux devront aller vers les jeunes lecteurs

TROIS-RIVIÈRES — Les jeunes ne remettent pas en question l’importance d’avoir un quotidien régional et estiment qu’en cette période de crise, les médias doivent être soutenus. Malgré tout, les journaux devront déployer toutes sortes de moyens pour aller les séduire sur leur propre terrain s’ils veulent acquérir leur clientèle.

C’est ce qui ressort d’une enquête menée récemment par 34 étudiants de premier cycle du professeur Jason Luckerhoff de l’Université du Québec à Trois-Rivières dans le cadre d’un cours intitulé «médias et société» au département des lettres et communication sociale en collaboration avec le quotidien Le Nouvelliste.

Intéressé par la question de la crise des médias, le professeur Luckerhoff a offert à ses étudiants de remplacer un examen par cette enquête. Chaque étudiant devait interviewer entre trois et 25 étudiants non lecteurs du Nouvelliste pendant une heure chacun, à ce sujet, à l’aide de questions ouvertes. Pas moins de 164 étudiants, en majorité de premier cycle, ont participé à cette enquête, dont sept à la maîtrise et cinq au doctorat.

«Personne ne remet en question l’importance d’un média régional de presse écrite comme Le Nouvelliste», constate le professeur Luckerhoff après l’analyse de l’enquête. «La majorité d’entre eux, sinon tous, croient qu’il est important que les médias soient soutenus», dit-il. Environ 50 % des jeunes répondants préfèrent même consulter le journal sous forme papier. «Il n’y a pas de remise en question de l’importance du Nouvelliste, d’une actualité de qualité», renchérit M. Luckerhoff.

L’intérêt est là, «mais c’est loin d’eux», constate-t-il en se basant sur les commentaires recueillis. Le professeur Luckerhoff compare ce phénomène aux orchestres symphoniques ou au golf. Il n’est pas donné que tous les jeunes s’intéressent à ce genre d’activité, à moins qu’un élément déclenche leur intérêt. Les étudiants du professeur Luckerhoff se sont donc penchés sur cette question et ont demandé aux personnes interviewées ce qui les motiverait à devenir lecteurs du Nouvelliste.

Un accès plus rapide et condensé de l’actualité régionale fait partie des nombreuses suggestions des jeunes, car cela faciliterait le lien entre eux et leur quotidien régional. La mise en ligne d’un balado résumant l’actualité de la semaine, par exemple et qu’il serait possible d’écouter en conduisant, a été suggérée.

«Lire un journal en entier, c’est long», souligne Jason Luckerhoff. Et puis, il faut aussi trouver moyen d’aller joindre ces jeunes pour qu’ils écoutent ces balados, car présentement, Le Nouvelliste ne fait tout simplement pas partie de leur réseau, constate-t-il.

Les jeunes aimeraient également recevoir des notifications dans leur téléphone intelligent au sujet de certaines informations publiées dans leur quotidien. «Ils veulent que Le Nouvelliste fasse partie de leur vie, mais pas de la même façon que ça se faisait avant», explique M. Luckerhoff en précisant qu’il ne faut pas s’attendre à ce qu’ils aillent eux-mêmes consulter le site web du journal. «Il faut que les médias aillent vers eux et que ce soit assez individualisé, soit par courriel, soit par les réseaux sociaux ou par des notifications», explique-t-il à la lumière des informations recueillies.

Les répondants ont fait savoir qu’il «faudrait que Le Nouvelliste fasse plus partie de nos vies et soit plus proche de nous, qu’on soit amené à s’y intéresser», résume le professeur.

Dans la salle de cours de Jason Luckerhoff, le jeudi, chaque étudiant recevait un exemplaire du Nouvelliste à des fins de formation. Ce dernier constate que ses étudiants ont développé le goût de lire le journal. «Certains avaient hâte au jeudi suivant pour avoir leur exemplaire», dit-il.

Les répondants ont souligné le fait que Le Nouvelliste n’était pas assez présent sur le campus. On n’en trouve en effet qu’un exemplaire à la bibliothèque et un à la Chasse-Galerie.

Les répondants non lecteurs du Nouvelliste avaient, à ce sujet, plusieurs suggestions. Un certain nombre d’entre eux croient que certains professeurs pourraient se servir du Nouvelliste afin de faire le lien entre l’actualité régionale et leurs cours. Un comité de professeurs pourrait même être formé afin de travailler avec Le Nouvelliste pour établir un partenariat entre le journal et divers départements, ont suggéré des répondants.

D’autres proposent que l’Association générale des étudiants offre un abonnement au Nouvelliste à tous ses membres.

D’autres encore croient que l’AGEUQTR devrait acheter périodiquement une page du Nouvelliste afin d’y publier certains articles diffusés dans le journal étudiant Zone Campus de l’UQTR.

Les participants à l’enquête suggèrent qu’une page Facebook strictement dédiée à l’actualité régionale soit ouverte par Le Nouvelliste au lieu d’y mettre l’ensemble de toutes les principales actualités comme c’est le cas maintenant.

Ils estiment que Le Nouvelliste devrait trouver moyen d’accroître sa présence dans les fils d’actualité des réseaux sociaux en passant par les abonnés directement.

Lors de l’arrivée des nouveaux étudiants, Le Nouvelliste devrait également avoir un kiosque incitant les nouveaux arrivants à s’abonner au journal afin de mieux connaître leur milieu, ont fait valoir les non-lecteurs du Nouvelliste lors de cette enquête.

«Il faut saluer cette initiative de M. Jason Luckerhoff qui a visiblement à cœur l’avenir des médias en région», indique pour sa part le rédacteur en chef du Nouvelliste, Stéphan Frappier. «C’est à la fois rassurant et motivant de réaliser qu’un quotidien comme Le Nouvelliste a une pertinence et une crédibilité aux yeux des étudiants. Nous avons constaté au cours de ce processus qu’il faut poursuivre les efforts pour se rapprocher d’eux. Pour aller les chercher dans leurs habitudes au quotidien. Nous avons plusieurs pistes de solutions, plusieurs possibilités de collaborations, et nous allons assurément y donner suite.»