Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
Photo prise à Saint-Gédéon, au Lac-Saint-Jean.
Photo prise à Saint-Gédéon, au Lac-Saint-Jean.

Une percée au Saguenay-Lac-Saint-Jean en 1980

Louis Tremblay
Louis Tremblay
Le Quotidien
Article réservé aux abonnés
Le Saguenay-Lac-Saint-Jean a été conquis par les Hells Angels à coups de bâtons de dynamite au milieu des années 1980. Et depuis cette percée aussi spectaculaire que violente, le clan domine sans partage le lucratif commerce des stupéfiants.

Les plaidoyers de culpabilité, au cours des dernières semaines, des Saguenéens et Jeannois Benoît «Ben» Plourde et Jean-François «Frank» Bergeron, dont les noms sont associés de longue date au chapitre des Hells Angels de Trois-Rivières, ont bien illustré la stabilité des têtes dirigeantes de l’organisation dans le nord-est du Québec. Cette stabilité s’est maintenue malgré les grandes opérations policières qui ont envoyé les motards derrière les barreaux.

Les méthodes et les réseaux sur le terrain ont changé depuis le milieu des années 80 et principalement après l’opération SharQc, mais la haute direction des opérations régionales est demeurée relativement stable. C’est le cas du Hells Jean-François Bergeron qui a réussi à mener ses affaires avec beaucoup de discrétion pendant de nombreuses années avant de se faire arrêter dans les grandes enquêtes policières visant le chapitre de Trois-Rivières.

Jean-François Bergeron est originaire de Desbiens au Lac-Saint-Jean et dirigeait sans faire de bruit le trafic des stupéfiants avant d’être arrêté dans le cadre de l’opération Nocif menée par l’Escouade régionale mixte du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

«Frank» Bergeron a plaidé coupable aux accusations de complot, de trafic de cocaïne et de gangstérisme, le 15 septembre 2020, en lien avec cette opération policière. Le résumé des faits présenté à la cour lors de son plaidoyer de culpabilité a confirmé la façon d’opérer de Bergeron.

Photo prise à Saint-Gédéon, au Lac-Saint-Jean.

La preuve dans Nocif a été en grande partie basée sur le travail du délateur Pierre Beauchesne, un membre du club Demos Crew North East oeuvrant dans la région de Joliette. Ce dernier assurait le travail sur le territoire du Saguenay-Lac-Saint-Jean et remettait au duo Plourde-Bergeron les loyers et cotes découlant du trafic de stupéfiants. Les Satans Guards avaient longtemps joué le rôle de «gardiens» du territoire régional et ont disparu après SharQc, tout comme le bunker du rang Saint-Paul à Chicoutimi.

Territoire tranquille

Les spécialistes des motards à la Sûreté du Québec considèrent que dans les régions où la concurrence criminelle est moins forte entre les différents groupes, les Hells Angels n’ont plus nécessairement recours à des clubs affiliés. Il y a bien eu les Devils Ghosts du Saguenay, mais tout indique qu’il s’agissait d’une créature éphémère.

Jean-François Bergeron recevait donc «un loyer» des trafiquants qui opéraient sur le territoire du Lac-Saint-Jean. En plus du loyer, le locataire du territoire versait une cote pour les quantités de drogue écoulées dans la rue.

En 2015, Jean-François Bergeron était considéré par les policiers comme un narcotrafiquant dominant pour le territoire du Lac-Saint-Jean. Bergeron a été arrêté dans le cadre de l’opération SharQc avec 14 autres membres en règle des Hells Angels et a plaidé coupable avec ses frères d’armes à l’accusation de complot pour meurtre.

Le coaccusé de Bergeron et compagnon de longue route de ce dernier, Benoît «Ben» Plourde, a déjà reçu une sentence de sept ans de pénitencier du juge François Huot de la Cour supérieure du Québec. Les commentaires du juge Huot ont bien résumé la vie de ce motard. Il a évité le long sermon sur les effets néfastes de la consommation de drogue chez les jeunes puisque ce n’est évidemment pas la première fois que Plourde fait face à la justice. Il lui a toutefois suggéré, à son âge (56 ans), de commencer à penser à la «liberté55».

Photo prise à l’hôtel Le Montagnais, à Chicoutimi.

Il existe un lien historique important entre le Saguenay-Lac-Saint-Jean et le chapitre des Hells Angels de Trois-Rivières. Considéré par les policiers comme «un vieux chapitre» qui a traversé la guerre des motards lancée par Maurice «Mom» Boucher et demeuré ouvert malgré SharQc, il a été fondé à la fin des années 1980.

Ce sont les membres des Missiles du Saguenay, avec à leur tête le Jonquiérois Louis «Melou» Roy et son lieutenant Richard «Crow» Émond (les deux sont morts), qui ont ouvert le chapitre de la Mauricie après avoir fait disparaître la bande locale des El Conquatcheros de Chicoutimi en 1984.