En 2018, Stéphanie Dufresne s’était lancée dans le défi de s’alimenter de produits locaux pendant 100 jours.
En 2018, Stéphanie Dufresne s’était lancée dans le défi de s’alimenter de produits locaux pendant 100 jours.

Les hauts et les bas de l’alimentation locale

Guy Veillette
Guy Veillette
Le Nouvelliste

Lorsqu’elle s’est engagée à ne manger que des produits locaux pendant 100 jours lors de la campagne électorale provinciale de 2018, Stéphanie Dufresne a consacré la moitié de cette période à trouver de la farine. Le trésor avait finalement été acheté dans la MRC de Maskinongé.

«De la farine de sarrasin, la Mauricie est reconnue pour ça, ce n’est pas un problème», précise l’ex-candidate du Parti vert. «Mais de la farine de blé, je n’en ai presque pas utilisée. J’étais rendue à la moitié de mon défi avant de trouver un petit sac.»

Le lancement du Panier bleu, dimanche dernier, a provoqué beaucoup de discussions sur la possibilité de s’alimenter en ne comptant que sur des produits locaux. Mme Dufresne avait relevé le défi de ses 100 jours en 2018, dans des conditions optimales, faut-il toutefois rappeler. Elle s’est approvisionnée localement de la fin juin à la fin septembre.

«Je ne m’étais pas préparée à l’avance», explique-t-elle. «Le premier jour, j’ai ouvert le réfrigérateur et je me suis demandée ce que j’avais de local chez nous. Ça m’avait frappée à quel point j’en avais peu!»

Bien qu’elle n’avait pas complètement mesuré l’ampleur de la tâche, elle croit que ce réflexe demeure à la portée de tout le monde, surtout pendant la belle saison.

«C’est d’abord une expérience humaine», relate-t-elle. «On rencontre ceux qui produisent notre nourriture, on se lie d’amitié avec eux, avec d’autres personnes qui fréquentent les marchés publics. Ça devient une communauté. C’est le plaisir de prendre soin de son monde, de connecter avec son milieu.»

Mme Dufresne trouvait évidemment les aliments plus savoureux, mais surtout, elle gaspillait moins.

«On n’est pas dans la consommation effrénée», croit-elle. «C’est plus conscient, comme mode d’alimentation.»

Elle s’étonne encore aujourd’hui d’entendre qu’il faut faire un effort financier particulier pour encourager les producteurs locaux.

«J’avais compilé ce que ça m’avait coûté», précise-t-elle. «Étant donné qu’on prend ce qui est disponible et qu’on adapte son alimentation, ça ne coûte pas vraiment plus cher. Bien sûr, la petite confiture locale va coûter plus cher que la marque commerciale quand on compare chaque pot, mais si on prend notre budget mensuel d’épicerie, ça revient au même.»

Par contre, elle reconnaît que des ajustements importants doivent être effectués dans les habitudes de vie.

«J’avais sous-estimé le temps que ça prend d’aller dans les marchés publics», explique-t-elle. «On ne peut pas y aller tous les jours en revenant du travail! Il faut planifier davantage.»

Non seulement ses déplacements, mais aussi les repas. En conséquence, elle devait s’ouvrir à la découverte.

«Je ne devais pas m’attendre à manger comme d’habitude et à me le procurer localement», nuance-t-elle. «La logique était plutôt de voir ce qui était disponible et d’adapter mon alimentation. Je trouvais les aliments bruts, mais je devais cuisiner davantage. Consommer moins de produits transformés, c’est meilleur pour la santé. En fait, je ne me suis jamais sentie aussi bien qu’à la fin de ce défi.»

Plus compliqué

En-dehors de la saison des récoltes, Mme Dufresne convient que le défi prend encore plus d’ampleur.

«C’est sûr que l’hiver, ça se ferait, mais ça nécessiterait encore beaucoup plus de planification», réfléchit-elle. «Il faudrait congeler, canner... Des entreprises de transformation locale pourraient prendre des produits locaux et les transformer pour les gens. Ce serait plus facilitant que de tout faire chacun chez soi. Tout un développement peut se faire autour de ça.»

Mme Dufresne assure que l’expérience des 100 jours a changé ses réflexes, même si elle n’a pas encore réussi à reproduire ce défi sur une année complète.

«Je ne suis pas à 100 % local, mais j’ai vraiment changé mes habitudes», confie-t-elle. «Je dirais que l’été, je consomme facilement local à 75 %. Mais l’hiver, je ne pense pas que ce soit 50 %. Ce n’est vraiment pas facile.»

Pour elle, l’avantage du Panier bleu consiste à renforcer un message qui fait son chemin dans la conscience sociale sur l’importance d’encourager les producteurs locaux.

«Le courant est là pour rester», croit-elle. «Parfois, je m’inquiète de la façon dont on aborde l’enjeu. Le gouvernement axe son message sur la relance économique. Il y a des régions au Québec qui sont en monoculture. Dans un modèle comme celui-là, on n’est plus dans le dynamisme local, mais plus dans des trafics agricoles qui ne sont pas très responsables au plan environnemental.»

«Comment planifier la souveraineté alimentaire?», réfléchit-elle. «Moi, je suis en faveur des petites fermes à échelle humaine et autonomes. C’est ça qu’il faut multiplier. Au-delà de nous nourrir, ça garde nos milieux vivants. Il faut de la diversité dans chaque région.»

Or, le Panier bleu ne promeut pas cet idéal, déplore-t-elle.

«C’est un peu triste que le gouvernement n’ait pas saisi l’occasion d’être plus responsable au plan de l’environnement. Ce qui est écrit en gros, c’est qu’il faut faire rouler l’économie. Je comprends qu’on va absorber un choc, mais c’est aussi une belle occasion de réévaluer nos façons de faire. Après la crise de la COVID-19, la crise climatique ne sera pas réglée!»