Nicolas Mêlé, secrétaire-trésorier de la Corporation valorisation solidaire, Honoré Yao Doh, vice-président, Jean-Yves Guimond, directeur du développement et Stéphanie Paquet, présidente.
Nicolas Mêlé, secrétaire-trésorier de la Corporation valorisation solidaire, Honoré Yao Doh, vice-président, Jean-Yves Guimond, directeur du développement et Stéphanie Paquet, présidente.

Les gros rebuts suffisamment revalorisés?

TROIS-RIVIÈRES — La Ville de Trois-Rivières en fait-elle assez pour recycler et revaloriser les encombrants qui sont placés sur le bord de la rue? Alors qu’une entreprise de Trois-Rivières questionne la vision de la Ville sur la revalorisation de toutes ces matières, l’administration municipale clame plutôt faire de plus en plus d’efforts depuis les derniers mois pour mettre de l’avant cette revalorisation, notamment avec des projets développés en partenariat avec la Régie de gestion des matières résiduelles de la Mauricie (RGMRM).

La période des déménagements a laissé de nombreux rebuts en bordure de rue depuis les deux dernières semaines, et comme chaque année, une collecte spéciale est présentement en cours afin de pouvoir faire le ménage de tous ces encombrants, collecte pour laquelle le citoyen doit d’abord placer une requête via le service 311 afin que l’entreprise responsable de ramasser les encombrants puisse venir dégager le tout.

Or, pour Corporation valorisation solidaire, une entreprise d’économie solidaire qui s’emploie notamment à la revalorisation de ces gros rebuts dans la région, la vision de la gestion de ces encombrants que porte la Ville de Trois-Rivières devrait être améliorée. L’entreprise, dont la mission est de revaloriser le maximum des éléments afin d’éviter le plus possible l’enfouissement, croit qu’il faut désormais voir plus loin que le simple impact financier de cette collecte.

«Il faut que ça devienne un projet collectif, que ça s’inscrive dans une vision globale de société et d’environnement. Présentement, on a l’impression qu’il y a une absence de vision globale, qu’il faut d’abord et avant tout que ça rentre dans le cadre du budget fixé. Mais si on ne prend pas cette gestion-là plus sérieusement, on va devoir la repayer plus tard. On est à l’aube d’un grand tournant vert, mais est-ce que la Ville est prête à prendre ce tournant», se questionne Stéphanie Paquet, présidente de Corporation valorisation solidaire.

L’entreprise dit avoir développé de nombreux partenariats avec d’autres entreprises déjà spécialisées dans le recyclage au Québec, en plus de plancher sur un projet de création d'un incubateur pour les microentreprises voulant se spécialiser dans le tri dans la MRC de Maskinongé. Le système mis en place permet d’aller récupérer énormément de matériaux qui ne seraient pas revalorisés autrement, par exemple le verre et la mousse isolante présents dans les réfrigérateurs, de même que les tissus de matelas réutilisés pour fabriquer des isolants.

Corporation valorisation solidaire souhaitait également offrir un service de collecte qui aurait été offert à l’intérieur de 48 heures d’une requête, et non une fois par mois — deux en période de déménagement — comme c’est le cas actuellement. Après avoir tenté d'obtenir des réponses à ses questions et avoir constaté que l'appel d'offres ne pouvait pas porter le projet communautaire et social qu'elle caressait, l'entreprise a préféré ne pas déposer de soumission. «On voulait présenter un projet en fonction de nos valeurs», souligne Mme Paquet, qui soutient que la gestion des encombrants, à commencer par une attente de plusieurs jours voire des semaines des matériaux sur le coin en passant par un entreposage dans les écocentres peu importe la température extérieure, n’a rien pour aider à la revalorisation des matières.

À la Ville de Trois-Rivières, on indique qu’il est faux de parler d’un manque de vision globale, puisque l’appel d’offres lancé à l’hiver pour la gestion des encombrants a été réalisé justement dans une optique de mieux gérer et revaloriser les gros rebuts. Auparavant, cette gestion se faisait par l’entrepreneur en charge de la collecte des déchets, ce qui n’est plus le cas.

«Avant nous avions un contrat de collecte fait à la tonne, c’est-à-dire qu’il fallait ramasser tout, tout le temps dans toutes les circonstances. C’est du passé. On a changé notre vision pour respecter les orientations gouvernementales», constate le chef de la division environnement à la Ville, Dominic Thibeault.

Présentement, le contrat donné permet non seulement d’étudier le réel tonnage d’encombrants sur le territoire, mais également les matériaux qui sont récupérés afin de développer les meilleurs outils pour faire un maximum de revalorisation, mentionne M. Thibeault.

En collaboration avec la RGMRM, un premier tri sommaire se fait déjà à l’intérieur des écocentres pour le bois, le métal, le matériel électronique et le matériel réfrigérants qui sont déjà envoyés dans différentes filières. Depuis le début de l’été, les deux partenaires ont aussi mis en place un système de revalorisation des meubles rembourrés et des matelas. La matière qui en est extraite est revalorisée en matière utilisée pour recouvrir les sites d’enfouissement, au lieu d’utiliser l’habituel sable.

«C’est une première phase qui est en marche depuis le début de l’été, mais c’est déjà prometteur. Les nouveaux procédés vont également permettre d’évaluer le potentiel de réemploi de ce qui est ramassé en bordure de rue», souligne Sylvie Gamache, responsable des communications de la RGMRM, qui assure par ailleurs que le temps écoulé entre l’entreposage dans les écocentres et la prise en charge est généralement très court, que le cycle se fait à l’intérieur de la même semaine.

Dominic Thibeault est lui aussi confiant que l’actuel système lui permettra de voir, à relativement court terme, les matières qui doivent être revalorisées et leur quantité annuelle, permettant de développer de nouvelles façons de faire et de les organiser de façon plus structurée.