Des gnomes célèbrent le solstice d’hiver dans ce tonneau placé devant le commerce Chez Bibi, près du Parc écologique Godefroy, par son créateur, Michel Marchand.

Les gnomes fêtent le solstice d’hiver

Bécancour — Le jeudi 21 décembre sera la journée la plus courte de l’année 2017. Dans un minuscule village situé sous (oui, oui, sous) le Parc écologique Godefroy, des êtres surnaturels célèbrent cette fête solaire qu’est le solstice d’hiver, en se gavant de sirop d’érable. Ces mystérieux habitants sont les gnomes de Bécancour.

Le visiteur averti peut apprécier, hiver comme été, les signes indéniables de leur présence dans la petite forêt.

Sur les troncs, on trouve des exemples de leur style architectural assez particulier: des portes et des fenêtres colorées aux formes hétéroclites, des cheminées toutes croches, des échelles et des escaliers permettant d’accéder aux cavités des arbres creux par où les gnomes (et parfois les écureuils) circulent discrètement.

Leur concierge, réparateur et indéfectible ami, c’est Michel Marchand.

Deux fois par jour, été comme hiver, cet artisan de Bécancour offre bénévolement ses talents manuels et son imaginaire débordant au petit peuple qui s’est installé ici, en provenance de la Bretagne, dit-il. Il répare leurs portes un peu maltraitées par les petites mains malhabiles des enfants humains, balaie les feuilles mortes ou enlève la neige, remplace les pentures rouillées ou les bardeaux cassés des toitures, repeint les entrées défraîchies.

Autour du cou, l’homme porte un foulard en laine de chien tout à fait extraordinaire. Les poils proviennent en effet de l’épaisse toison de son bouvier bernois, Brutus, qui est le fier gardien du village des gnomes malgré un peu d’arthrite que lui inflige son âge avancé. C’est une artisane qui a cardé et filé cette laine toute brune, raconte-t-il.

Le village des gnomes de Michel Marchand, qui donne dans le même genre d’originalité, a commencé à vraiment prendre son envol l’été dernier et il attire déjà beaucoup les enfants même s’il est relativement nouveau.

On aperçoit ici une porte d’entrée menant dans une des maisons des gnomes de Bécancour.

Les conseillers municipaux de la ville de Bécancour sont tombés sous le charme de ce petit «projet domiciliaire» tout à fait hors du commun et ont même contribué financièrement à le soutenir.

Dans le Parc des gnomes, au fil des sentiers bordés de clôtures habilement faites de branches enchevêtrées, on trouve une petite table, une chaise, des crayons et du papier grâce auxquels les enfants peuvent laisser des messages aux gnomes. Ils n’ont qu’à ouvrir la porte ou la fenêtre d’une des 15 maisons de gnomes pour y glisser leurs lettres.

Pas moins de 200 enfants ont ainsi communiqué, jusqu’à présent, avec ces nouveaux petits amis et c’est M. Marchand, évidemment, qui livre avec soin tout ce courrier aux gnomes.

Certains enfants demandent des jouets et des gâteries, d’autres laissent dans les petites maisons des figurines avec lesquelles d’autres enfants viennent s’amuser. Certains posent des questions du genre: «Comment fait-on pour avoir les oreilles pointues?»

Il y a toutefois des messages plus tristes, parfois, des confidences d’enfants malheureux qui vivent des difficultés familiales importantes et qui cherchent de l’espoir.

Michel Marchand adore voir la réaction des tout-petits qui visitent le parc. «Ils veulent y croire», constate-t-il.

L’homme est un autodidacte formé en géographie, un être curieux qui se passionne d’histoire et surtout, il est le seul cadranier professionnel au Québec. Des cadrans solaires, il en a fabriqué des centaines et de tous les prix au cours de sa vie.

Les gnomes représentent son plus récent coup de cœur, mais ce n’est surtout pas une croyance, pour cet artisan qui se dit très peu attiré, curieusement, par les choses surnaturelles. Le Parc des gnomes exerce malgré tout un effet mystérieux sur les jeunes et les jeunes de cœur, constate-t-il. Il s’en dégage, dit-il, «une tranquillité qu’on n’a pas» dans notre monde.

Michel Marchand rêve d’aller plus loin avec son projet et souhaiterait éventuellement faire de ce Parc de gnomes un placebo pour aider les enfants malades.

Récemment, il a distribué plus d’une cinquantaine de pots d’une petite crème magique aux visiteurs du parc, faite de calendula, d’huile d’olive et de cire d’abeille. Issue du laboratoire de santé des gnomes et fabriquée avec soin par son épouse (précisons-le), c’est plus que de la crème, assure-t-il, puisque son ingrédient secret, c’est l’espoir. Elle peut donc soulager petits et gros bobos, estime-t-il.

Dans le célèbre et magnifique livre du peintre Rien Poortvliet intitulé Les Gnomes, on peut voir une carte de l’Europe et l’emplacement de chacune des espèces de gnomes qui, selon les légendes, y vivent depuis les temps immémoriaux. Michel Marchand veut faire la même chose pour le Québec. Pour l’instant, il appert que la seule et première colonie de gnomes identifiée soit à Bécancour. Peut-être trouvera-t-il éventuellement des colonies ailleurs. On sait qu’il existe une traverse de lutins à Saint-Élie-de-Caxton. C’est peut-être une piste de recherche...