Pierre Leroux, professeur associé à l’Université du Québec à Trois-Rivières, présentait cette semaine, à l’université même, une conférence intitulée L’information, la communication et la crise des gilets jaunes en France relatant les premiers résultats de ses travaux de recherche sur ce mouvement social.

Les gilets jaunes vus de l’UQTR

Trois-Rivières — «Ce qui est frappant, c’est que les médias n’y comprennent rien», observe Pierre Leroux, en parlant du mouvement des «gilets jaunes», qui manifestent en France de façon soutenue depuis près de 6 mois. Le professeur associé à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) livrait les constats préliminaires de ses recherches portant sur ce mouvement social atypique, dans le cadre d’une conférence intitulée L’information, la communication et la crise des gilets jaunes en France, jeudi matin à l’UQTR.

Capsules vidéo YouTube et captures d’écran à l’appui, le professeur Leroux a dressé la genèse de la mobilisation et a proposé quelques pistes de réflexion pour tenter de comprendre ce mouvement «que l’on a du mal à saisir», comme il le spécifie.

Le chercheur relate que c’est en octobre 2018 que commence à émerger le mouvement qui canalisera une grogne populaire. En effet, si les gilets jaunes ont des revendications, ils expriment surtout un ras-le-bol devant des politiques gouvernementales dans lesquelles ils ne se reconnaissent plus et se sentent floués. Pierre Leroux parlera de «nouvelles formes de résistance au pouvoir».

Hausse du prix du carburant, dû à une taxation élevée, resserrement des limites de vitesse, couplé à un usage excessif des radars routiers par les autorités, auront notamment contribué à attiser la colère des masses, relate-t-il.

Si les gilets jaunes ont des revendications, ils expriment surtout un ras-le-bol devant des politiques gouvernementales dans lesquelles ils ne se reconnaissent plus et se sentent floués, selon Pierre Leroux, professeurs associé à l’UQTR.

Quand on observe le mouvement, deux choses surprennent, commente le professeur. D’abord, on s’étonne qu’un mouvement sans leader, sans organisation formelle et sans «savoir-faire» puisse autant perdurer dans le temps. On se serait attendu à ce que celui-ci s’essouffle au bout de quelques semaines, indique-t-il.

L’autre aspect qui défie les conventions tient aux moyens de communication mobilisés par les gilets jaunes. Le chercheur parle d’une «mobilisation en réseaux». Le mouvement transcende ainsi les classes, on retrouve dans la rue: des paysans, des policiers, des entrepreneurs, des instituteurs, des chômeurs, etc. Des individus qui ne semblent avoir en commun que leur colère face aux politiques de l’État, explique Pierre Leroux.

Les gens se mobilisent donc. Ils sont nombreux. Un peu partout en France, des foyers éclosent. Facebook fédérera les «réseaux». Les publications sont « bricolées, mais sincères», note le conférencier. Le gilet jaune émerge comme symbole, au hasard d’une vidéo mise en ligne. La réglementation française exige que chaque automobiliste ait un de ces gilets à bord, en cas de panne sur l’autoroute, précise-t-on. M. Leroux parle de «facteur d’unité» et de «coût minimal d’adhésion». On manifeste les samedis, pour ne pas perturber la vie des gens.

Le professeur souligne également la forte symbolique de manifestants issus pour la plupart des périphéries, qui s’approprient les centres-villes.

Si le mouvement semble montrer certains signes d’essoufflement et connaître une baisse d’approbation dans l’opinion publique – à 50 %, en recul d’une dizaine de points –, Pierre Leroux se garde de jouer les prophètes. Ce mouvement «qui ne rentre pas dans les cases habituelles», insiste-t-il, pourrait se métamorphoser et investir le champ politique, propose le professeur, à titre d’avenue possible. Il dit qu’il sera intéressant de voir quelle forme prendra le mouvement alors que la France doit élire les députés qui la représenteront au parlement européen, en mai prochain. Ces élections, généralement peu courues, souligne M. Leroux, pourraient être une autre occasion de canaliser la colère et le rejet du président Macron, avance-t-il.

La conférence du professeur Leroux, ouverte au public, était présentée dans le cadre du cours Médias et société,du baccalauréat en communication sociale de l’UQTR. Une cinquantaine de personnes étaient présentes.