Le maire de Shawinigan, Michel Angers.

«Les gens sont restés sans voix»

SHAWINIGAN — Comme tous ses collègues réunis dans la Vieille capitale pour les assises annuelles de l’Union des municipalités du Québec, le maire de Shawinigan, Michel Angers, a figé lorsque le premier ministre, François Legault, est venu annoncer que son gouvernement ne pourrait respecter, à court terme, son engagement de verser un pour cent des revenus de la taxe de vente aux villes et villages de la province. Les négociations entourant le renouvellement du pacte fiscal s’annoncent assez complexes.

Le chef de la Coalition avenir Québec a déposé sa tonne de briques jeudi et ses effets ont été ressentis jusqu’à la fin du congrès.

«Ce n’est pas très positif», commente M. Angers. «On s’attendait à ce que le premier ministre vienne nous dire qu’il respecterait son engagement de payer un point de TVQ, mais il nous a dit que ça devait se faire à coût nul! Ça n’a jamais fait partie de nos discussions. En somme, il veut abolir tous nos programmes pour nous donner l’équivalent en TVQ. Ce n’est absolument pas ça qu’on veut.»

À Shawinigan, des citoyens ont communiqué leur ras-le-bol, en début d’année, en raison de la hausse de leur compte de taxes. En moyenne, elle s’établit à 4,2 % en 2019, dont la plus grande partie s’explique par l’augmentation de la taxe d’eau et des frais de financement pour l’investissement requis pour l’approvisionnement en eau potable.

Dans ce contexte, le maire de Shawinigan, également membre du conseil d’administration de l’UMQ, ne détesterait pas compter sur un transfert équivalent à 1 % des revenus annuels de la TVQ, ce qui constituerait une bonification par rapport aux enveloppes existantes, dont fait notamment partie la péréquation municipale.

«Nous voulons garder nos programmes, qui atteignent près d’un milliard de dollars et y ajouter 600 à 700 millions $ pour atteindre le 1 %», explique M. Angers. «Mais nous avons eu une fin de non-recevoir du premier ministre et de la ministre des Affaires municipales. Je ne vous cache pas la profonde, profonde déception des participants aux assises. Nous étions loin de nous attendre à cela, compte tenu de l’engagement qui avait été pris à Gatineau (l’an dernier) par tous les chefs de partis.»

La position du gouvernement provincial indispose d’autant plus les élus municipaux que l’économie se porte bien. Mais visiblement, les priorités iront en éducation et en santé, a fait valoir M. Legault.

«Je ne peux pas dire que les gens sont sortis très heureux de ces assises», raconte M. Angers. «C’était complètement généralisé. Les gens sont restés sans voix.»

Pour en ajouter une couche, Andrée Laforest, ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, n’a pas non plus semblé très enthousiaste à l’idée que Québec défraie l’entièreté de ses taxes municipales.

«Le gouvernement ne paie qu’entre 50 % et 80 %», rappelle M. Angers. «Est-ce que c’est normal? Un autre point extrêmement important, c’est un retour sur les ressources naturelles. Les municipalités touchent à peine 5 % des redevances de tout ce qui se prélève au Québec. Est-ce que c’est normal?»

Dans les conditions actuelles, les Municipalités doivent continuer à se fier sur l’impôt foncier pour offrir les services coutumiers, mais également d’autres missions comme le développement économique.

«C’est un impôt archaïque, basé sur la brique et le béton dans une société du savoir», répète le maire de Shawinigan. «Il est anormal de penser qu’on garde le même régime encore aujourd’hui. Tout ce qu’on peut faire, c’est augmenter le nombre de résidences, à la limite de faire de l’étalement urbain, parce que c’est notre seule façon de nous financer.»

M. Angers fait encore confiance à la négociation, mais avec ce message, les municipalités pourraient être prises avec les mêmes contraintes pour la préparation de leur budget 2020.

«Le conseil d’administration de l’UMQ a été on ne peut plus clair: il n’y aura pas de signature de pacte fiscal sans qu’il y ait, au minimum, un point de TVQ transféré», appuie-t-il.