Donald Martel et Marie-Louise Tardif sont convaincus que les démêlés de leur chef sur l’immigration n’auront aucun impact dans la région.

«Les gens ne nous parlent pas de ça»

SHAWINGAN — Deux candidats de la Coalition avenir Québec de la région considèrent que la position pour le moins évolutive du chef François Legault sur l’immigration, particulièrement au sujet de l’impact de l’échec à ses tests sur les valeurs et le français, ne préoccupe aucunement les électeurs de la Mauricie et du Centre-du-Québec. Donald Martel, député sortant de Nicolet-Bécancour, observe même que les gens ont hâte que les journalistes passent à autre chose dans ce dossier.

Le responsable de la région pour la CAQ au cours du dernier mandat accompagnait la candidate dans Laviolette - Saint-Maurice, Marie-Louise Tardif, lors d’une annonce concernant les baux de villégiature vendredi matin, dans le secteur Grand-Mère. Visiblement rassuré par la performance de son chef au débat télévisé de TVA jeudi soir, M. Martel ne nie pas que les dernières journées ont été plus difficiles pour son équipe.

Dans notre édition de vendredi, le caricaturiste Jean Isabelle illustrait François Legault en joueur de football, avec le ballon tombé derrière lui. La CAQ est-elle en train de l’échapper?

«Ce qui est intéressant au football, c’est que tu peux échapper le ballon, mais si tu n’es pas immobilisé, tu peux le reprendre et aller compter», image le candidat dans Nicolet-Bécancour. «Je pense que c’est exactement ce que M. Legault a fait jeudi soir. On ne niera pas qu’on a eu un passage très difficile. Mais nous, on savait que M. Legault ferait un bon premier ministre. Il a reçu des charges excessives et je pense qu’il s’est ajusté.»

«Jeudi matin, avant le débat, nous avons eu une rencontre pour lui dire qu’on avait confiance en lui. Le François Legault que je connais depuis 20 ans, c’est celui qu’on a vu à la télévision jeudi soir.»

Si le chef de la CAQ s’est bien relevé, il n’est pas parvenu, après le débat, à établir clairement si des expulsions demeuraient possibles pour les immigrants qui ne réussiraient pas ses fameux tests. Son message est maintenant davantage porté sur l’intégration.

Mme Tardif assure que ce caillou dans la chaussure provoque un haussement d’épaules dans la région. Dans sa campagne, les commentaires des électeurs portent bien plus sur les aînés, la pauvreté et la santé.

«Les gens ne nous parlent pas de ça, du tout du tout», lance-t-elle, à propos des conséquences de l’échec des tests des immigrants. «Ce dont les gens nous parlent, c’est du bilan. Ils sont tannés! Ce gouvernement vit avec un bilan, une histoire et ça a fait mal aux Québécois. Je crois qu’ils veulent un mode de gestion différent.»

«Dans les entreprises, les gens me disent que 30 000 ou 70 000 immigrants, s’ils ne viennent pas en région, ça donne quoi?», renchérit M. Martel. «On ne dit pas qu’il y a trop d’immigrants. On dit qu’avec les budgets actuels, l’intégration est mauvaise. On n’est pas capable d’attirer des immigrants en région. Avec le même budget pour en accueillir 50 000, on veut en accueillir 40 000 et on va essayer de mieux les intégrer. On vise 25 % en région. Si ça va bien, on augmentera le nombre d’immigrants.»

Dans le comté qu’elle veut représenter, Mme Tardif entend que les gens d’affaires souhaitent que les immigrants parlent français.

«Ce n’est pas seulement une question d’intégration, mais aussi de sécurité», fait-elle remarquer. «Si une consigne est donnée en français, ces gens doivent le comprendre! Il n’y a pas de plus beau plan que le nôtre en immigration: trois ans et s’ils n’ont pas appris le français, ils ont une année supplémentaire. Peu de gens ne réussiront pas à apprendre la langue en quatre ans s’ils mettent les efforts. Le problème, c’est que l’obligation n’est pas là. On se fait servir en anglais à Montréal. Les immigrants n’ont pas l’obligation d’apprendre le français et c’est inacceptable au Québec. Nous sommes francophones, on veut conserver nos valeurs et notre langue.»

De son côté, Donald Martel estime que le tour de la question a été fait et que selon ce qu’il entend sur le terrain, il serait temps de passer à autre chose.

«Ce que les gens me disent, c’est: quand les journalistes vont lâcher M. Legault avec ces questions-là?», pointe-t-il. «On parle d’un million d’autres affaires, pourquoi les journalistes s’acharnent toujours sur M. Legault par rapport à ça? Je l’entends plusieurs fois par jour.»