Plusieurs commerçants ont répondu à l'appel des scouts dimanche.

Les gens d’affaires à la rescousse des scouts

SHAWINIGAN — Le cri du cœur lancé par les scouts du centre-ville de Shawinigan, dont le local est en piteux état, a été entendu. Des commerçants du secteur ont décidé de se retrousser les manches et rencontraient les scouts dimanche pour trouver des solutions à leur problème.

L’instigateur de cette mobilisation est Claude Villemure, homme d’affaires de Shawinigan. Pour lui, il était hors de question d’abandonner les scouts à leur propre sort.

Yves Moreau (à gauche) et Nicolas Magnan (à droite), des scouts du centre-ville de Shawinigan, ont fait faire le tour du bâtiment aux entrepreneurs intéressés à s'impliquer, comme Gino Langlois, de Chauffage M.C.

«J’ai vu passer la campagne de sociofinancement et je me suis mis à regarder ça, explique-t-il. J’ai aussi vu passer l’article qui en parlait dans Le Nouvelliste. Quand j’ai vu que personne n’avait réagi, je me suis dit: je ne peux pas croire que personne ne va lever le petit doigt pour les aider!»

L’entrepreneur a alors contacté les scouts pour en apprendre davantage sur leur situation et les difficultés qu’ils ont à organiser des activités de financement. Il a ensuite multiplié les appels dans son réseau pour avoir l’appui d’autres gens d’affaires du centre-ville. Il a ainsi obtenu l’appui de 26 entrepreneurs, prêts à contribuer de différentes façons.

«Il y a des contracteurs qui sont prêts à venir travailler et d’autres sont prêts à fournir de l’aide, que ce soit en argent ou avec de la main-d’œuvre, énumère M. Villemure. On est aussi en discussion avec des entreprises qui pourraient prendre des engagements à long terme, en consacrant des activités de financement aux scouts.»

Plusieurs de ces entrepreneurs étaient présents dimanche soir, alors que les responsables des scouts leur ont présenté leur situation. Ils ont également fait une visite du bâtiment, afin de voir en quoi ils pouvaient contribuer à réparer l’édifice.

«Claude nous a appelés à l’aide, alors on est là ce soir, explique Jean-Luc Marchand, copropriétaire du Broadway Pub. Je suis un grand amateur de plein air et je crois beaucoup à la cause des scouts, qui responsabilisent les jeunes et leur permettent de vivre des activités qu’ils ne feraient pas forcément dans leur milieu familial. Il y a plusieurs familles qui ont moins d’argent, alors ça peut les aider, de vivre des occasions qu’ils n’auraient pas dans leur vie de tous les jours.»

«C’est important, lance pour sa part Patrick Racine, de la bijouterie Fernand Racine. Le centre-ville s’en vient de plus en plus dynamique et il faut s’unir tous ensemble pour que les choses fonctionnent bien à Shawinigan.»

Les animateurs de la troupe shawiniganaise étaient très heureux de voir que leur cri du cœur a été entendu, rapidement, qui plus est.

Plusieurs entrepreneurs se sont réunis au local des scouts du centre-ville de Shawinigan, dimanche soir, pour être au fait de la situation.

«On fait des campagnes de financement pour organiser nos activités, mais d’en faire pour le bâtiment, c’était lourd à porter, témoigne Sébastien Dumont. Alors j’ai trouvé ça très positif et je mets beaucoup d’espoir dans ce que ça va donner au cours des prochaines semaines et des prochains mois.»

«On voit notre local qui se détériore et c’est quand même assez gros, tout ce qu’il y a à faire, ajoute Marilou Morency. Ça va nous laisser un peu de souffle pour être là pour nos jeunes et leur donner ce qu’ils ont besoin de recevoir de nous. C’est vraiment apprécié.»

Plus de 100 000 $ de travaux

Cette aide inespérée est assurément bienvenue, étant donné l’ampleur des besoins des scouts. Ceux-ci ont fait faire une évaluation de l’état du bâtiment. Le verdict: ils en ont pour au moins 100 000 $ de travaux, seulement pour les éléments jugés urgents ou dangereux, comme l’électricité. Si des entrepreneurs peuvent les aider à faire ces travaux, certains ont demandé s’il ne valait carrément pas mieux déménager.

«On veut rester au centre-ville parce que notre clientèle vient surtout d’ici et les jeunes viennent souvent à pied, explique Jean-François Déry, responsable de l’un des groupes de scouts. C’est sûr que si on s’en va dans un autre quartier de la ville, on va perdre des jeunes. Le problème, c’est qu’au centre-ville, il n’y a pas beaucoup d’autres bâtiments qui correspondent à nos besoins. Déménager, oui, c’est une option, mais l’idéal, ce serait de rester ici et de remettre le bâtiment en état.»

La mobilisation des entrepreneurs du centre-ville pourrait également permettre aux scouts de diversifier leurs sources de financement de leurs activités régulières. Ces sources ont diminué en nombre à travers les années, ce qui a parfois forcé les animateurs à faire des choix difficiles. Un exemple donné par M. Déry lors de l’assemblée de dimanche soir: cette année, les scouts n’auront pas de couverture sur laquelle afficher leurs badges, faute de moyens.

Les scouts reprochaient d’ailleurs à la Ville l’adoption d’un règlement qui leur interdit désormais d’organiser leur barrage routier annuel, qui leur permettait de récolter près de 2000 $. La conseillère du district de la Cité, Jacinthe Campagna, qui était aussi présente à la réunion, indique qu’il n’est pas possible de revenir sur cette décision, mais assure que la Ville peut jouer un autre rôle.

«Je suis très au fait du dossier et notre nouveau directeur des loisirs s’en est saisi également, souligne-t-elle. C’est assuré qu’on va faire de l’accompagnement dans ce dossier-là et s’il y a des demandes de permis à faire, des choses comme ça, c’est sûr que ça va aller bien parce qu’il va y avoir un accompagnement.»

«Le centre-ville se tient debout»

Au-delà de la situation des scouts, c’est aussi pour la vitalité du centre-ville de Shawinigan que Claude Villemure a décidé de se mettre en action. Pour lui, la situation que la troupe shawiniganaise vit est symptomatique d’un problème plus profond.

«Avec l’électronique et la technologie, je trouve qu’on s’éloigne les uns des autres, soutient-il. On se voit tous sur Facebook, c’est sûr, mais des activités de quartier, on en voit plus autant comme dans le temps. (Cette mobilisation-là), c’est comme dire au monde dans le centre-ville: réveille-toi, il se passe quelque chose chez vous, il y a quelque chose qui va mal.»

Pour mener cette campagne de soutien aux scouts, l’homme d’affaires compte s’inspirer du mouvement «Shawinigan, on se tient debout!», lancé en 2014 dans la foulée de la fermeture de la papeterie de Produits forestiers Résolu. M. Villemure était d’ailleurs porte-parole du comité de mobilisation derrière ce mouvement, qui réclamait un coup de main du gouvernement du Québec pour relancer l’économie shawiniganaise.

«Pour moi, c’est une suite (à la mobilisation de 2014). On a besoin, mais les quartiers, il faut qu’ils se tiennent. Les scouts, c’est dans notre quartier où on fait affaire. On gagne notre vie dans ce quartier-là. Est-ce qu’on peut tolérer de voir que nos jeunes ont besoin comme ça? Non, il faut faire de quoi.»