Analie Morrissette et son collègue Éric Loiselle, employés du garage Marcel Roy et Fils, espèrent sensibiliser la population aux risques de faire affaire avec des «garagistes maison».
Analie Morrissette et son collègue Éric Loiselle, employés du garage Marcel Roy et Fils, espèrent sensibiliser la population aux risques de faire affaire avec des «garagistes maison».

Les «garagistes maison», un frein à la sécurité et à l’économie locale

Trois-Rivières — L’arrêt momentané des activités dans les garages de mécanique automobile en raison de la pandémie de coronavirus a dévoilé à l’industrie une concurrence parallèle de «garagistes maison» qui n’hésitent pas à offrir leurs services par le biais de petites annonces. Des activités que déplorent certains mécaniciens de la région, eux qui dénoncent à la fois une concurrence déloyale, mais également un danger pour la sécurité des clients qui choisissent de faire affaire avec ces travailleurs qui opèrent bien souvent dans leurs propres cours résidentielles.

Les garagistes espèrent maintenant sensibiliser la population aux risques de faire affaire avec les auteurs de ces petites annonces, en plus de nuire à l’économie locale.

Aviseure technique au garage Marcel Roy et fils, dans le secteur Sainte-Marthe, Analie Morrissette dit avoir constaté la multiplication de ces annonces de «garagistes maison» au cours des dernières semaines, alors que les garages de mécanique automobile n’étaient pas autorisés à ouvrir, à moins d’urgence pour les travailleurs des services essentiels. La plupart de ces «entreprises» qui opèrent sans déclarer leurs revenus offraient majoritairement la pose des pneus d’été durant cette période où ce service est très en demande.

«Ils n’ont pas ce qu’il faut pour opérer, n’ont pas les normes du fabricant, n’ont pas toujours les outils qu’il faut pour chaque véhicule. Si après ça, le client perd une roue alors qu’il roule avec sa voiture, il n’a aucune assurance», indique-t-elle.

Mme Morrissette a elle-même tenté d’entrer en contact avec l’un des auteurs de ces annonces pour en savoir plus sur ses services. Après quelques questions un peu trop précises, la personne en question a désactivé son annonce.

Une recherche rapide faite par le biais de sites comme Kijiji et Marketplace nous a aussi permis de trouver en moins de dix minutes au moins cinq annonces offrant ces services dans la région. La grande majorité n’affichent pas d’adresse, et nous demandent de leur écrire en privé pour en savoir plus ou encore de leur téléphoner à un numéro qui, en cherchant sur Google, est associé à une résidence privée. Dans un cas, on demandait même à ce que les pneus soient déjà montés sur les roues puisque la machine permettant cette opération «n’avait pas encore été livrée»...

«Ces gens-là n’ont aucun permis pour opérer leurs activités. Nous, on paie cher pour avoir le droit d’être en affaires», considère Mme Morrissette, qui s’inquiète d’autant plus qu’en temps de pandémie, les normes sanitaires ne soient pas respectées dans ces endroits. «Ici, quand on reçoit un véhicule, il est désinfecté complètement avant qu’on commence le travail. Le client doit attendre à l’extérieur ou encore revenir plus tard. Et quand on redonne le véhicule, il est de nouveau désinfecté au complet. On fait tout pour éviter la propagation du virus, mais est-ce qu’ils en font autant», se demande-t-elle.

Analie Morrissette fait par ailleurs remarquer que des considérations techniques sont toujours prises en compte par les garagistes, dont l’âge des pneus, une donnée qu’il ne faut pas négliger pour éviter les accidents. «Après dix ans, un pneu n’est plus bon, qu’il soit usé ou non. Il n’y a qu’un seul moyen de s’en assurer et c’est par un code inscrit dans le numéro de série. Ici, on a les codes pour connaître l’âge de chaque pneu. Mais si quelqu’un pose un pneu qui est trop vieux, non seulement il met le client à risque mais il se met lui-même à risque, car ça peut lui exploser au visage pendant qu’il le gonfle», note l’aviseure technique.

Analie Morrissette et ses collègues se doutent bien qu’ils ne pourront enrayer complètement cette industrie qui opère «au noir», mais espèrent surtout sensibiliser la population aux risques d’avoir recours à ces «garagistes maison», et surtout sensibiliser les gens à l’importance d’encourager les petites entreprises locales qui font face à la tempête dans cette pandémie et continuent d’opérer selon les règles.