Les facteurs ont la vie dure

Beau temps, mauvais temps, les facteurs de Postes Canada livrent le courrier. Mais les conditions difficiles que nous connaissons cet hiver compliquent leur quotidien. Alors que les accidents de travail sont nombreux dans la région, les facteurs dénoncent le manque d'entretien des trottoirs des villes ou des entrées et escaliers des résidences.
«Nous avons remarqué au niveau des facteurs une augmentation du nombre d'accidents par rapport à l'année dernière», lance d'emblée en entrevue Éric Savary, vice-président de la section locale de la Mauricie du Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP).
Éric Savary, vice-président de la section locale de la Mauricie du Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP).
L'an dernier, la section locale du STTP avait enregistré 15 accidents de travail engendrés par des chutes et des glissades. Cet hiver, le bilan est bien pire alors que l'hiver est loin d'être terminé. «Du 1er octobre au 31 janvier, nous sommes rendus à 19 accidents. Et il nous reste les mois de février et mars. On peut penser que ça va malheureusement dépasser les statistiques de l'an dernier», ajoute le représentant syndical. «À l'échelle du Canada, nous avons une région où il y a beaucoup d'accidents.»
Certains de ces accidents ont eu de lourdes conséquences. Deux facteurs de la région ont subi depuis le début de l'hiver des commotions cérébrales, dont une survenue à Trois-Rivières lors d'un épisode de pluie verglaçante. «Un de ces facteurs est absent du travail depuis cinq semaines déjà», précise Éric Savary. «Nous avons aussi un facteur qui s'est cassé un os du bras. Il est en arrêt de travail depuis quelques mois. L'an dernier, nous n'avions pas eu de blessures de cette nature, elles étaient plus légères.» 
À la suite des épisodes de pluie verglaçante de la dernière période des Fêtes, les déplacements étaient très difficiles. Les facteurs doivent même dans ces conditions parcourir entre 15 et 20 km quotidiennement. Si ces routes se font facilement en été, elles sont beaucoup plus longues en hiver. Des facteurs rencontrés, mais qui ne peuvent être cités, estiment que ces routes peuvent prendre jusqu'à deux heures de plus à réaliser en hiver. «Et nous devons porter des crampons presque tout le temps en raison du mauvais entretien, ce qui n'est pas très bon pour le dos», notait un facteur.
Des allées de résidences sont très glacées, ce qui rend la livraison du courrier dangereuse.
Certains résidents ne déneigent pas les escaliers, ce qui ne laisse aucune chance aux facteurs.
Les facteurs soutiennent que les villes ou les particuliers utilisent de moins en moins d'abrasifs sur les trottoirs ou dans les entrées et les escaliers des résidences. À la lumière des témoignages de facteurs rencontrés, il y a de plus en plus de laxisme à ce niveau.  
De plus, les allées et les escaliers des résidences sont souvent très enneigés, ce qui rend la livraison des colis plus difficile. «Des résidents qui entrent par le garage ou la porte de côté et qui ne déneigent pas oublient que les facteurs doivent avoir accès à la porte principale», dénonce Éric Savary. 
Exaspérés par ce qu'ils jugent être un mauvais entretien des infrastructures municipales, les facteurs ont porté plainte à plusieurs reprises auprès de la Ville de Trois-Rivières. Le secteur de Sainte-Marguerite, où plusieurs trottoirs ne sont pas déneigés, et le boulevard Thibeau dans le secteur Saint-Louis-de-France sont identifiés comme particulièrement problématiques. Bien qu'il a été incapable de quantifier le nombre de plaintes reçues, le porte-parole de la Ville de Trois-Rivières, Yvan Toutant, indique que les conditions météorologiques sont difficiles cette année, ce qui pourrait, selon lui, expliquer la situation. 
«Nous sommes rendus à 200 cm de neige et l'hiver n'est pas terminé. L'hiver dernier, nous avons eu en tout 177 cm», a-t-il expliqué. «Nous avons une grille sur laquelle on se base pour savoir si on déblaie les trottoirs ou non. Si le trottoir ne satisfait pas les critères d'au moins trois piétons sur une période de trois heures le jour, on ne fera pas ce trottoir. Ceux près des écoles, des hôpitaux ou des résidences pour personnes âgées font exception à la règle.»
Les facteurs éprouvent certaines difficultés à accéder à des résidences où la neige est abondante.
Cela dit, Yvan Toutant affirme qu'il est alors possible «que des facteurs doivent marcher dans la rue comme tous les citoyens doivent le faire lorsqu'ils passent sur ces artères». «Les plaintes faites par les facteurs sont étudiées, mais ça ne garantit pas que les trottoirs vont se faire», a ajouté le porte-parole de la Ville de Trois-Rivières.
Lorsque les boîtes aux lettres résidentielles ne sont pas accessibles en raison de la neige ou de la glace, les facteurs ne sont pas dans l'obligation de livrer le courrier. Ils doivent le conserver quelques jours et le livrer lorsque les conditions le permettent. Toutefois, cela signifie que le poids transporté chaque jour est plus important, au fur et à mesure que les lettres s'accumulent. Les facteurs implorent la population et les villes de leur faciliter la tâche pour qu'ils puissent livrer normalement le courrier.