Les opérations de coupes forestières en Haute-Mauricie seront perturbées dès aujourd'hui par les Atikamekws qui protestent contre l'exploitation des ressources naturelles sur leur territoire ancestral.

Les entreprises forestières menacent d'utiliser des injonctions

Les entreprises forestières sont exaspérées de subir les conséquences du blocus atikamekw. Lors d'une manifestation hier à La Tuque, elles demandent, injonctions en main, la levée totale du blocus autochtone afin de reprendre le travail.
Près de 75 travailleurs et entrepreneurs forestiers, industriels, représentants d'organismes de développement économique du Haut-Saint-Maurice, de la Ville de La Tuque se sont réunis hier après-midi devant les bureaux du Conseil de la nation atikamekw à La Tuque. Cette manifestation a eu lieu bien avant l'annonce de la levée du blocus sur le territoire d'Opitciwan.
Les entreprises forestières de la Haute-Mauricie ont en main des injonctions qui leur permettraient de forcer la levée du blocus pour reprendre le travail. Toutefois, ceux-ci hésitent énormément à les utiliser.
«Oui nous avons des injonctions de prêtes s'il n'y a pas de levée de blocus. Nous ne voulons pas en arriver là. Nous ne voulons pas déposer les injonctions, nous voulons qu'il y ait négociation entre les Atikamekws et le gouvernement», affirme Claude Dupuis, directeur général de la Coopérative forestière du Haut-Saint-Maurice ainsi que porte-parole des industriels de la forêt qui oeuvrent en Haute-Mauricie.
Bien que les travailleurs ne veulent pas user des injonctions, ceux-ci affirment qu'ils le feront possiblement dès ce matin si le blocus perdure. «Nous voulons la levée du blocus. On ne veut pas lancer la pierre aux Atikamekws. On pense que les revendications sont sûrement légitimes. Mais, on veut retourner au travail. On est pris en otage», ajoute Claude Dupuis.
La manifestation des travailleurs et des entreprises s'est faite sous haute surveillance policière. «Nous vivons avec les Atikamekws. Nous travaillons dans le même secteur et nous faisons des affaires avec eux. Ce ne sont pas des ennemis», fait valoir le porte-parole de l'industrie forestière du Haut-Saint-Maurice. «Nous demandons au gouvernement de s'asseoir à la table et de négocier avec les Atikamekws. Ça fait trente-trois ans que ça dur. Ce n'est pas notre job (les industriels) de négocier avec les autochtones.»
Plusieurs patrouilleurs de la Sûreté du Québec du poste de La Tuque étaient présents hier après-midi.
Cette manifestation regroupait des travailleurs et membres de la direction d'entreprise comme Kruger, Produits forestiers Resolu, Produits forestiers Mauricie, Arbec et de Rébec, une filiale de Rémabec. «Entre 300 et 400 travailleurs sont en arrêt de travail depuis deux semaines», précise Claude Dupuis. «Nos travailleurs ne peuvent pas travailler. À un salaire souvent de 1000 $ par semaine, cela représente des pertes de plusieurs centaines de milliers $ en salaire chaque semaine.»
Depuis l'imposition du blocus atikamekw le 25 juin dernier qui paralyse les opérations de coupes forestières en Haute-Mauricie, il n'y a pas eu encore de véritables négociations entre les Atikamekws et le gouvernement provincial. Les deux parties discutent encore de la mise sur pied d'une table de négociation formelle. Québec ne veut pas négocier avec les Atikamekws tant que les blocus ne sont pas levés totalement.
Hier, les Atikamekws ont laissé passer les travailleurs forestiers. Toutefois, les industriels de la forêt affirment une fois de plus que les inventaires dans les scieries sont très bas. «S'il n'y a pas de transport de bois qui se fait d'ici une semaine, il y aura au moins trois scieries qui vont devoir arrêter», souligne le directeur général de la Coopérative forestière du Haut-Saint-Maurice.
À peine remis d'une importante crise qui s'éternise, l'industrie forestière de la région craint le pire. «Nous commençons à sortir de la crise forestière qui n'est pas terminée. Les entreprises sont fragiles», estime Claude Dupuis.
Francis Carrier des Gestion N A Carrier est entrepreneur forestier. Son entreprise effectue des travaux en forêt pour Produits forestiers Resolu. Il embauche à La Tuque trente travailleurs forestiers qui doivent ces jours-ci demeurer à la maison.
«Nous avons commencé à travailler en forêt au début du mois de juin. Trois semaines après j'ai dû dire à mes employés de retourner chez eux. Ça fait trente pères de famille qui veulent travailler», dit-il. «Les pertes se comptent à près de 100 000 $. Nous travaillons en forêt seulement sept mois par année. Nous n'avons pas à être pris en otage.»
Mario Tremblay est entrepreneur forestier à la Coopérative forestière du Haut-Saint-Maurice. Il explique que depuis 2005, une série d'événements et de turbulences économiques grugent les minces bénéfices des entreprises forestières. Le blocus autochtone vient ajouter aux problèmes déjà existants. «Nous sommes rendus au bout du rouleau. Il faut que ça se règle. Le gouvernement et les autochtones doivent négocier», lance-t-il.