Robert Levasseur, le directeur de la Protection de la jeunesse en Mauricie et au Centre-du-Québec.
Robert Levasseur, le directeur de la Protection de la jeunesse en Mauricie et au Centre-du-Québec.

Les enfants, victimes silencieuses de la pandémie

Gabriel Delisle
Gabriel Delisle
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — Les craintes concernant le bien-être et la sécurité des enfants lors du confinement semblent finalement s’avérer fondées. Durant les mois d’avril, de mai et de juin 2020, la Direction de la protection de la jeunesse de la Mauricie et du Centre-du-Québec (DPJ MCQ) a vu le nombre de signalements chuter de 18 % comparativement à l’année précédente.

«Toutes formes de violence et de maltraitance envers les enfants n’ont évidemment pas diminué durant la première vague de la pandémie», affirme Robert Levasseur, le directeur de la Protection de la jeunesse en Mauricie et au Centre-du-Québec.

Les longues semaines de confinement et la distanciation physique qui s’en est suivie ont eu de forts impacts sur la jeunesse. Elle subit aussi le stress et la colère des parents dont plusieurs ont connu une baisse importante de revenus en raison de la pandémie. Les jeunes qui recevaient déjà des services de la DPJ ont heureusement pu continuer à les avoir durant le confinement.

«Tous nos partenaires sont demeurés vigilants pour modifier leurs services pour soutenir ces jeunes et leur fournir des mesures d’aide pour éviter que la situation ne dégénère et se retrouve en protection de la jeunesse», mentionne M. Levasseur.

Lorsque les enfants ont recommencé à fréquenter les garderies en plus grand nombre ou sont retournés sur les bancs d’école, les signalements à la DPJ MCQ ont alors augmenté de 6,8 % du 1er juillet au 20 septembre comparativement à l’année précédente. Pour la DPJ, le signalement est le point de départ de toute intervention.

«Si je n’ai pas de signalement, je ne suis pas en mesure de le savoir», note Robert Levasseur.

Ces chiffres ont été publiés dans le volet régional du Bilan des directeurs de la protection de la jeunesse/Directeurs provinciaux 2020. Ce bilan annuel intitulé «Plus forts ensemble» regroupe l’ensemble des données concernant les signalements à la protection de la jeunesse du 1er avril 2019 au 31 mars 2020. Les données concernant le confinement ne s’y retrouvent donc que très peu.

Les Directions de la protection de la jeunesse ont toutefois tenu à divulguer les données des premiers trimestres de 2020-2021 afin qu’on puisse collectivement être vigilant à l’égard du bien-être des enfants et des adolescents.

«C’est quelque chose d’historique ce que nous avons vécu. Nous voulions être transparents avec la situation», note Robert Levasseur.

«Nous devons travailler ensemble pour soutenir, orienter et mieux dépister des situations qui pourraient devenir problématiques pour la protection de la jeunesse.»

Au cours des derniers mois, la DPJ MCQ affirme avoir redoublé d’efforts pour rattraper les retards dans le traitement des dossiers afin de faire face à d’éventuelles conséquences de la deuxième vague. «Nous avions plus de 300 dossiers en attente avant la pandémie, alors qu’aujourd’hui, nous sommes à 53. Nous avons redoublé d’efforts pour être capables de faire face à ces signalements qui sont entrés de façon plus majeure à partir de juillet», mentionne Robert Levasseur.

Hausse de 14,4 % des signalements en 2019-2020

La DPJ MCQ a reçu au cours de l’année 2019-2020 pas moins de 9174 signalements sur l’ensemble de son territoire. Il s’agit d’une hausse de 14,4 % du nombre de signalements traités par rapport à l’année précédente. Sur les 9174 signalements, 3592 ont été retenus, ce qui correspond à une augmentation de 6,7 % comparativement à 2018-2019. Globalement, 39,2 % des signalements traités seront retenus pour une évaluation par la DPJ.

Dans l’ensemble du Québec, 23 enfants sur 1000 ont fait l’objet d’au moins un signalement à la protection de la jeunesse l’an dernier. Dans la région, ce chiffre grimpe à 33,8 enfants sur 1000.

La prise en charge d’un enfant par les services sociaux est justifiée dans 53,5 % par de la négligence ou des risques sérieux de négligence à son endroit. Dans 19,1 % des cas, l’enfant subissait de mauvais traitements psychologiques alors que dans 12,3 des prises en charge, l’enfant vit de l’abus physique ou a des risques sérieux d’en subir. Les autres problématiques qui nécessitent une prise en charge des services sociaux des troubles de comportements sérieux (9,8 %), des abus sexuels ou des risques d’en subir (4,4 %) ainsi qu’un abandon (1,1 %).

«On se démarque dans la région au niveau provincial sur le risque de négligence et sur la négligence. Ces aspects sont malheureusement amplifiés par des facteurs de pauvreté sociale», explique Robert Levasseur.

La prise en charge des 2776 enfants s’est faite à 51,5 % dans le milieu familial. Dans 30 % des cas, l’enfant intègre une ressource familiale ou est confié à 15,1 % à un tiers significatif.

La DPJ MCQ a aussi publié les statistiques en matière d’adoption. On y apprend que 20 adoptions d’enfants québécois ont été concrétisées dans la région en 2019-2020 et la DPJ a été impliquée dans quatre dossiers d’adoption internationale.

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Le bilan annuel de la DPJ MCQ en quelques chiffres 

  • 9174 signalements en MCQ pour une hausse de 14,4 % par rapport à l’an dernier
  • 39,2 % des signalements retenus
  • 324 situations d’enfants signalées par jour au Québec, soit 35 situations de plus que l’an dernier chaque jour
  • 66,6 % des enfants dont la situation est prise en charge par la DPJ MCQ sont demeurés dans leur milieu familial ou chez des tiers significatifs