Claudia M. Lebel est coordonnatrice du Centre de pédiatrie sociale de Trois-Rivières.
Claudia M. Lebel est coordonnatrice du Centre de pédiatrie sociale de Trois-Rivières.

Les enfants plus vulnérables au cœur des préoccupations

Paule Vermot-Desroches
Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — En ces temps de confinement, force est de constater que les facteurs de protection sont souvent beaucoup moins présents pour quiconque vivait déjà une situation tendue à la maison. Cette réalité est d’autant plus vraie pour les enfants issus de milieux plus vulnérables, ou encore lorsque l’intervention des services sociaux est nécessaire dans leur vie. Les intervenants du milieu, pour leur part, sont présentement au front pour adapter du mieux possible les interventions afin de n’échapper personne durant cette période.

Au Centre de pédiatrie sociale de Trois-Rivières, ce sont plus de 320 dossiers qui sont actifs. Pour ainsi dire, 320 familles des premiers quartiers des secteurs centre-ville et Cap-de-la-Madeleine, du secteur Jean-Nicolet et du secteur Adélard-Dugré bénéficient d’un suivi médico-social qui, en raison de la distanciation sociale, se fait désormais à distance, par téléphone. Et tant qu’à user de créativité, les intervenantes vont jusqu’à développer des outils personnalisés qu’elles iront déposer au domicile des familles concernées.

«Quand on parle avec eux, si on voit qu’ils ont par exemple de la difficulté avec la discipline, ou alors des conflits entre frère et sœur, on bâtit des outils et on va leur porter la version imprimée dans la boîte à lettres, prêts à mettre en place pour eux. C’est personnalisé à leur problématique», résume Claudia M. Lebel, coordonnatrice du Centre de pédiatrie sociale de Trois-Rivières.

Cette dernière ne cache pas que l’absence de filets de sécurité, comme l’école, les loisirs organisés ou encore les rencontres physiques avec les intervenants inquiète beaucoup l’équipe, mais constate qu’à ce moment-ci, on arrive tout de même à faire un bon suivi sans qu’on ait eu à faire face à de graves problèmes sociaux au sein de familles.

«Les filets de sécurité sont absents parce que tout le monde est confiné. Des fois, juste le fait d’aller à la Maison des jeunes après l’école, ça peut devenir un filet de sécurité. Mais en gardant un contact par téléphone avec eux régulièrement, ça nous permet d’avoir le pouls, de savoir comment ça se passe. On va même demander au parent de parler à l’enfant directement au téléphone. Pour l’instant, oui il y avait des petites choses qui allaient moins bien, mais pas de situations d’urgence. On touche tous du bois, c’est quand même positif pour l’instant», considère Mme Lebel.

Les principales difficultés rencontrées par les familles et pouvant faire l’objet d’intervention sont souvent liées à l’anxiété des parents en ces temps incertains, mais aussi à l’absence d’une routine déjà établie ou encore à des conflits dans la fratrie, mentionne Claudia M. Lebel. Rien d’insurmontable, du moins pour le moment, convient-elle.

Toutefois, le défi pourrait être tout autre lorsque les services pourront reprendre de façon normale, une fois le confinement terminé. «Le retour à la normale devra être pris tranquillement. Comment le temps est vraiment occupé présentement par les jeunes? Est-ce qu’on va voir par exemple une augmentation de la problématique au niveau des jeux vidéos et des écrans? Oui, c’est quelque chose qu’il faudra adresser dans le futur. Mais pour le moment, on prend en considération que cet été, on pourra mettre en place les programmes qu’on a habituellement. On planifie les choses qu’on met en place habituellement pour ne pas se faire prendre de court si ça repart et que ça se termine plus tôt qu’on le pense», ajoute celle qui se dit rassurée de croiser dans le quartier des familles suivies par le centre qui ne s’empêchent pas de s’adonner à des activités à l’extérieur, en respectant les règles gouvernementales.

DPJ

Au CIUSSS Mauricie Centre-du-Québec, on indique que les services relatifs à la Direction de la protection de la jeunesse sont, depuis le début, considérés comme des services essentiels. Les suivis n’ont donc pas été ralentis, mais parfois adaptés en fonction de la distanciation sociale, explique la responsable des communications Julie Michaud.

«Certaines interventions peuvent se faire par téléphone ou par Skype, par exemple, mais si notre présence est requise pour une intervention, on y va», mentionne-t-elle.

Mme Michaud rappelle d’ailleurs qu’en étant un service essentiel, la Protection de la jeunesse continue de prendre tous les signalements et les nouvelles demandes. Un partenariat avec les commissions scolaires est également en place pour établir le contact avec les enfants identifiés comme étant plus vulnérables, afin d’assurer un certain filet de sécurité.

Avant le déclenchement de la crise, environ 255 dossiers étaient en attente d’évaluation par la Direction de la protection de la jeunesse en Mauricie et au Centre-du-Québec.

Vendredi, un peu moins d’un mois après le déclenchement des mesures gouvernementales, 95 dossiers étaient en attente. «Il y a une belle mobilisation des équipes, qui s’assurent qu’on oublie personne et que les services se donnent comme il se doit», signale Julie Michaud.