Le maire de Shawinigan, Michel Angers.
Le maire de Shawinigan, Michel Angers.

Les employés municipaux doivent rester au travail, selon les syndicats

Shawinigan — Les deux principales centrales syndicales au Québec demandent aux municipalités de maintenir leurs effectifs en poste pendant la crise provoquée par la COVID-19. Pour le moment, dans la région, seule la Ville de Shawinigan a annoncé des mises à pied temporaires significatives.

Dans un communiqué publié lundi matin, la FTQ et la CSN demandent au gouvernement une intervention pour éviter le couperet aux employés municipaux. Les deux centrales syndicales réclament notamment un assouplissement de l’obligation d’assurer l’équilibre budgétaire à la fin de l’exercice financier.

La semaine dernière, la Ville de Québec a frappé l’imaginaire avec la mise à pied de 2000 employés. Lévis, Saint-Augustin-de-Desmaures, L’Ancienne-Lorette et Donnacona ont également annoncé des mesures musclées. Ces dernières touchent très majoritairement des employés non réguliers.

Le 26 mars, la Ville de Shawinigan annonçait la mise à pied temporaire de 124 personnes. Du nombre, 35 cols blancs ont dû retourner à la maison en raison du ralentissement des services municipaux.

Pour le moment, il s’agit d’un cas exceptionnel dans la région, observe Sylvain Pratte, président du Syndicat régional des employés municipaux de la Mauricie (CSN).

«Shawinigan a effectué beaucoup de mises à pied et c’est une situation qu’on comprend mal, puisque ces salaires sont déjà budgétés», rappelle-t-il. «Les taxes municipales finiront par être payées.»

Du côté du Syndicat canadien de la fonction publique (FTQ), Patricia Larouche, directrice régionale au Conseil provincial du secteur municipal de la Mauricie et du Centre-du-Québec, ne recense pas non plus de mesures aussi costaudes ailleurs dans la région jusqu’à maintenant.

Le maire de Shawinigan, Michel Angers, rappelle que rien n’a été imposé et que les mesures annoncées avaient été établies en collaboration avec ses «partenaires syndicaux».

Le maire convient que les salaires étaient prévus au budget, mais il rappelle que les revenus ne suivront pas la courbe prévue en 2020.

«Les gens ne sortent plus, alors il n’y a plus d’amendes», illustre-t-il. «Le transport en commun, les inscriptions aux loisirs... Beaucoup de revenus ne seront pas au rendez-vous. Personne n’avait prévu cette crise. La donne a changé.»

À la fin mars, la Ville n’avait pas trop insisté sur les risques de déficit pour justifier les moyens annoncés. M. Angers estime qu’il s’agit d’un faux débat, puisque les contribuables finissent par payer.

«Si on fait un déficit, on va prendre l’argent dans la poche des citoyens», explique-t-il. «Nous n’avons pas les mêmes marges de manœuvre qu’au provincial ou au fédéral. Nous avons une réalité financière et nos citoyens nous le rappellent.»

Le maire de Trois-Rivières, Jean Lamarche.

Du reste, le maire de Shawinigan se dit très satisfait de la réserve exprimée par le premier ministre François Legault lundi au sujet de l’intervention souhaitée par les syndicats.

«Nous sommes un gouvernement de proximité, alors on va s’organiser avec nos affaires», pointe M. Angers.

Trois-Rivières

Du côté de la capitale régionale, la Ville n’a annoncé que quinze mises à pied le 25 mars dernier, qui touchent des employés temporaires.

«On ne vit pas nécessairement les mêmes réalités qu’à Québec ou à Shawinigan», explique le maire, Jean Lamarche. «Les structures organisationnelles sont différentes. Nous avons entamé une réingénierie en 2014. Ça peut expliquer pourquoi nous faisons moins de mises à pied.»

Patricia Larouche, également présidente du Syndicat des fonctionnaires de la Ville de Trois-Rivières (SCFP-FTQ), reconnaît que l’employeur a démontré beaucoup de créativité pour éviter des mesures plus sévères.

Pour le moment, 179 des quelque 420 cols blancs ont été assignés en télétravail. Parmi les autres mesures proposées, notons l’écoulement des banques de congé et une avance sur les vacances de 2020-2021.

De plus, six employés ont choisi une mise à pied volontaire pour des raisons personnelles, qui s’ajoutent aux 15 annoncées pour l’ensemble des employés municipaux. Onze autres ont choisi de prêter main-forte à des organismes communautaires. De plus, 14 employés ont obtenu un congé en traitement différé... inversé, puisqu’il n’avait évidemment pas été prévu auparavant.

Du côté des cols bleus, le président, Simon Lapierre, précise que la convention collective garantit à ses membres 52 semaines de travail rémunérées par année. Selon lui, la Ville de Trois-Rivières n’a effectué aucune approche pour modifier cette disposition de la convention collective pour le moment.

Par contre, avec la prolongation de la pause économique décrétée jusqu’au 4 mai, les syndicats ne seraient pas étonnés d’apprendre que la Ville revienne avec de nouvelles mesures.

«C’est sûr qu’on souhaite éviter le pire», commente M. Lapierre. Pour le moment, ses membres sont principalement assignés aux réseaux d’égout et d’eau potable. Les autres doivent demeurer disponibles en tout temps pendant leurs heures de travail. Le Syndicat des employés manuels de la Ville de Trois-Rivières regroupe 190 membres.

«Personne ne s’en va au chalet», assure M. Lapierre. «Les employés sont prêts à agir dans n’importe quel dossier, comme celui de la crue des eaux, par exemple.»

M. Lamarche ne nie pas que le prolongement de la pause économique pourrait changer la donne.

«Une réévaluation devra être faite, mais nous ne sommes pas à l’étape de faire des annonces», laisse-t-il tomber.

M. Angers prévoit également rouvrir les discussions avec les représentants syndicaux à court terme.