Les employés du Centre Laflèche, qui est un important foyer d’éclosion de la COVID-19, sont à bout de souffle, selon le syndicat.
Les employés du Centre Laflèche, qui est un important foyer d’éclosion de la COVID-19, sont à bout de souffle, selon le syndicat.

Les employés du CHSLD Laflèche sont à bout de souffle

Alors que les nouveaux cas de COVID-19 continuent de croître jour après jour au CHSLD Laflèche à Grand-Mère, les employés sont à bout de souffle, selon leur syndicat.

«En ce moment, ils sont épuisés psychologiquement. La détresse psychologique est un faible mot pour décrire la situation à la résidence Laflèche», affirme Pascal Bastarache, président du Syndicat du personnel paratechnique, des services auxiliaires et de métiers du CIUSSS Mauricie et Centre-du-Québec (SPPSAM-CSN).

Trente-sept résidents du CHSLD étaient atteints du coronavirus au total, jeudi, soit 9 de plus en 24 heures. C’est donc près du quart des résidents qui sont touchés. Pour ce qui est des employés, 17 ont été testés positifs, ce qui correspond à cinq nouveaux cas depuis mercredi. Il y a eu trois décès chez les résidents de cet établissement depuis le début de la pandémie. Le nombre de personnes atteintes à ce CHSLD correspond à près de la moitié de tous les cas au Centre-de-la-Mauricie.

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Nombre de cas de COVID-19 au CHSLD Laflèche

  • Nombre de résidents atteints: 37
  • Nombre de cas depuis les dernières 24 heures: 9
  • Nombre d'employés atteints: 17
  • Nombre de cas depuis les dernières 24 heures: 5
  • Nombre de décès: 3

Le syndicat a demandé du personnel supplémentaire étant donné les mesures à mettre en place pour contrer la propagation qui doivent être conjuguées avec les tâches quotidiennes. Mais jeudi, il n’y avait tout simplement pas suffisamment de préposés aux bénéficiaires au travail, selon lui. «Ce matin [jeudi], on a appris qu’il y avait un manque de personnel sur une unité. Normalement, il y a un nombre requis de préposés aux bénéficiaires pour une unité dédiée. Nous, on avait déjà demandé un surplus [de personnel] parce que les personnes n’y arrivent pas avec la surcharge de travail. Non seulement on n’a pas le surplus, mais en plus de ça, il manque de préposés aux bénéficiaires», déplore M. Bastarache.

Il n’était pas en mesure de préciser les raisons de ce manque de personnel. «On a l’information au compte-gouttes. On ne sait pas si ces personnes ont eu des symptômes et sont rendues à la maison ou si elles sont simplement épuisées, fatiguées. Ça fait une semaine qu’on marche à 215 % avec le personnel. On les appelle nos anges gardiens, mais il n’y a rien de concret qui est fait. On est des êtres humains aussi, il y a des limites à ce qu’on peut accomplir.»

Au Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie-Centre-du-Québec, on confirme qu’il y avait une dizaine de préposés aux bénéficiaires de moins que prévu sur le quart de jour, jeudi, au CHSLD Laflèche. Avec l’ouverture d’une unité pour les résidents atteints de la COVID-19, 28 préposés aux bénéficiaires sont prévus sur le quart de jour, selon le CIUSSS. Il n’y en avait toutefois que 17. Pour pallier ce manque, dix employés avec des titres d’emplois différents que celui de préposés aux bénéficiaires ont été appelés en renfort dont des aides de service. Il y avait donc 27 personnes au travail. Sur une période de 24 heures, il y a eu 4 personnes de moins à l’horaire que prévu.


« La détresse psychologique est un faible mot pour décrire la situation à la résidence Laflèche. »
Pascal Bastarache, président du SPPSAM-CSN
Pascal Bastarache, président du SPPSAM.

«On est dans un contexte de pénurie. C’est quelque chose qu’on suit de très près. On est bien au fait qu’il y avait un manque notamment à Laflèche aujourd’hui, c’est pour ça qu’on a rehaussé la structure. Tous les jours, on parle à nos partenaires syndicaux pour trouver des solutions pour le personnel dans le contexte d’une situation qui est du jamais-vu. On est conscient que c’est une charge de travail supplémentaire pour le personnel qui est en place actuellement», explique Geneviève Jauron, porte-parole du CIUSSS MCQ.

Il reste que le moral des troupes est «extrêmement bas», confie M. Bastarache. «Je vous dirais que l’état d’esprit présentement, c’est qu’on est laissé à nous-mêmes dans la situation de la COVID-19. On nous remercie, mais il n’y a jamais rien de concret qui est fait.»

L’annonce d’une bonification de la rémunération de certains travailleurs de la santé dont les préposés aux bénéficiaires n’impressionne pas M. Bastrache outre mesure. Il attend d’en savoir plus sur les modalités avant de se prononcer, mais il craint que des travailleurs soient laissés de côté. 

Au CIUSSS, on se dit conscient que le personnel œuvre dans un contexte très difficile. «On sait que notre personnel est dans une situation de grande anxiété. Ce sont des gens qui travaillent extrêmement fort, de longues heures, dans des conditions qui ne sont pas toujours favorables. On est très conscient de ça. On a dépêché des gens qui peuvent soutenir notre personnel, des spécialistes en soutien psychologique qui peuvent l’aider. On est très attentif à la qualité de vie au travail de nos gens», affirme Carol Fillion, président et directeur général du CIUSSS MCQ.

Carol Fillion, président et directeur général du CIUSSS MCQ

Du renfort pourrait s’ajouter sous peu. En effet, plusieurs offres d’emplois ont été reçues via le site jecontribuecovid19.gouv.qc.ca. «On a identifié un certain nombre de professionnels qui répondent tout à fait à nos besoins dans nos CHSLD et on est à répertorier ces gens-là, à vérifier leur intérêt, leur disponibilité et on a même commencé des formations. Des personnes pourront donc venir prêter main-forte dans nos CHSLD et de façon plus spécifique dans la résidence Laflèche», estime M. Fillion.