La conseillère municipale à Trois-Rivières, Mariannick Mercure, et la députée de Sherbrooke, Christine Labrie, étaient les invitées mercredi de la conférence «La politique au féminin» présentée au Cégep de Trois-Rivières.
La conseillère municipale à Trois-Rivières, Mariannick Mercure, et la députée de Sherbrooke, Christine Labrie, étaient les invitées mercredi de la conférence «La politique au féminin» présentée au Cégep de Trois-Rivières.

Les embûches de la politique au féminin

Gabriel Delisle
Gabriel Delisle
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — À quelques jours de la Journée internationale des droits des femmes, la députée de Sherbrooke Christine Labrie et la conseillère municipale à Trois-Rivières Mariannick Mercure étaient les invités de la conférence «La politique au féminin» présentée au théâtre du Cégep de Trois-Rivières et organisée par le Comité femmes du Syndicat des professeurs de l’institution d’enseignement.

La députée de Québec solidaire (QS) a abordé les réalités que vivent les femmes en politique provinciale. Celle qui a dénoncé en novembre dernier l’intimidation dont sont victimes les femmes de l’Assemblée nationale a bien sûr abordé cette question mercredi soir.

«Avec cette intervention, il y a un tabou qui a été brisé. J’ai senti que ça a libéré la parole de beaucoup d’autres personnalités publiques», soutient la députée qui mentionne que plusieurs femmes, dont elle, ont alors décidé de porter plainte à la police.

Les messages violents envoyés via les réseaux sociaux aux politiciennes comme Christine Labrie sont généralement à caractères sexuels. Généralement en désaccord avec leur point de vue politique, les hommes s’attaquent à leur apparence physique ou leur sexualité.

«Les députées de tous les partis politiques, de droite comme de gauche, reçoivent ce genre de commentaires. Ainsi que les hommes des minorités sexuelles», précise la députée de Sherbrooke.

«Depuis que j’ai dénoncé ces messages, j’en reçois beaucoup moins. Toutefois, ils ne se sont pas arrêtés pour tout le monde. Mais avec la vague de sympathie du public, les gens vont se sentir plus à l’aise de dénoncer.»

La conseillère du district des Vieilles Forges, Mariannick Mercure, a aussi régulièrement été la cible de commentaires violents de la part de citoyens. Lors d’une rencontre officielle de la Ville, où se trouvaient deux directeurs de l’administration municipale, elle soutient qu’un homme lui a dit qu’il ‘« allait lui mettre son poing au visage».

«J’ai porté plainte à la police. Et même si deux directeurs de la Ville ont confirmé cette menace, la plainte n’a pas été retenue», précise la conseillère municipale.

Malgré l’avancement du droit des femmes depuis les dernières décennies, Christine Labrie estime que le féminisme a toujours sa raison d’être.

«Il n’y a aucun droit qu’on peut tenir pour acquis. On le voit par exemple avec le droit à l’avortement qui est fragilisé non seulement aux États-Unis, mais ici aussi. Un député fédéral vient de déposer un projet de loi pour réduire le droit à l’avortement. Et lorsqu’on regarde les autres luttes à faire, il y a encore clairement du travail à faire», soutient la députée de Sherbrooke et porte-parole en matière d’éducation, de famille et de condition féminine à QS.

«C’est notamment le cas en violence sexuelle et en violence conjugale. On ne peut pas dire qu’on a plus besoin d’un féminisme quand il y a autant de féminicides.»

Malgré les nombreuses embûches que vivent les politiciennes, Christine Labrie et Mariannick Mercure souhaitaient encourager les femmes à faire le saut en politique. Toutes les deux de jeunes mères de famille, elles démontrent qu’il est possible de faire de la politique avec de jeunes enfants. De nombreuses jeunes femmes étaient d’ailleurs sur place pour entendre cette invitation à changer les choses.

«Il y a un coup à donner au début, parce que les gens qui vont être contre tes idées vont t’attaquer sur ton estime personnelle avec des attaques sexuelles ou sur ton apparence physique. Ils vont essayer de te démolir en passant par tes faiblesses. Mais une fois ce mur passé, tu fonces et tu es bien plus forte qu’avant», témoigne Mariannick Mercure.