Les défis sont nombreux en vue du retour en classe des élèves du primaire à compter du 11 mai. 
Les défis sont nombreux en vue du retour en classe des élèves du primaire à compter du 11 mai. 

Les écoles à la conquête de l’espace!

Trois-Rivières — Ces jours-ci, tant dans les écoles privées que dans les commissions scolaires de la région, on est à la conquête de l’espace. Pas celui de l’astronaute David St-Jacques, bien entendu, mais plutôt l’espace qui permettra de n’avoir que 15 élèves par classe, de n’avoir qu’un élève par banc aux deux bancs dans les autobus scolaires et assez de superficie pour éviter les contacts entre enfants dans les cours de récréation.

À la Commission scolaire du Chemin-du-Roy, en ce moment, «toutes les options sont sur la table et ça travaille fort», raconte la porte-parole, Anne-Marie Bellerose. Des communications sont envoyées aux parents par les trois commissions scolaires de la région afin que très rapidement, on sache exactement le nombre d’élèves du primaire qui seront de retour à l’école, le 11 mai.

Ce nombre fera foi de tout.

Aura-t-on besoin de plus d’autobus scolaires pour les transporter? Combien de locaux seront nécessaires pour n’avoir que 15 élèves par classe? Faudra-t-il envoyer les élèves de 5e et 6eannées dans l’école secondaire de leur secteur pour avoir assez de classes? Et pour les cours d’éducation physique, que fait-on? Pas question de faire bouger 15 élèves en même temps dans un gymnase. Les cours de récréation seront-elles assez grandes pour assurer la distanciation des élèves? Faudra-t-il répartir les heures de récréation pour éviter les contacts trop rapprochés? En ces années où les commissions scolaires se plaignent d’être en manque d’effectifs, comment va-t-on s’assurer d’avoir tout le personnel nécessaire pour s’occuper de chacun des groupes de 15 élèves? Aura-t-on recours aux stagiaires universitaires?

Voilà autant de questions avec lesquelles jonglent présentement les commissions scolaires et les écoles privées. «C’est tout un défi pour une situation qui est sans précédent. C’est un véritable jeu de Tetris», résume Mme Bellerose.

Le directeur de la Commission scolaire de l’Énergie, Denis Lemaire, envisage non seulement d’avoir recours à des locaux dans des écoles secondaires, selon le nombre d’élèves qui reviendront, mais aussi à du personnel provenant des écoles secondaires. «Une trentaine ont déjà levé la main», dit-il.

À la Commission scolaire de la Riveraine, «en fonction du nombre d’élèves qui seront de retour, diverses avenues sont évaluées, notamment l’utilisation de locaux libres dans les écoles primaires, la réorganisation des groupes-classes, ce qui pourrait permettre aux élèves de demeurer dans leur école, ou encore l’utilisation des classes des écoles secondaires si cela devient nécessaire», indique la secrétaire générale, Émilie Guay.

L’école privée Vision de Trois-Rivières mise sur son vaste campus et sa forêt pour réussir le processus de déconfinement graduel et le retour à l’école des enfants du primaire. La nature servira d’espace supplémentaire pour étaler les groupes.

Cette école privée avait déjà un projet pilote pour faire la classe à l’extérieur. Ce retour à l’école avec distanciation sociale est le meilleur moment de le mettre à exécution, fait valoir, la directrice, Caroline Melançon.

Du côté du Collège Marie-de-l’Incarnation, le fait que les élèves du secondaire n’entreront qu’en septembre confère un net avantage pour les locaux afin d’assurer la distanciation sociale, indique la directrice, Élisabeth Jourdain. Certains élèves du primaire investiront probablement le secteur du secondaire jusqu’en juin.

Caroline Melançon, de l’école privée Vision, profitera de l’occasion pour faire un projet de classe extérieure.

Pour les écoles qui n’ont pas cette chance, l’entraide sera au rendez-vous. La directrice de l’école secondaire Keranna, Julie L’Heureux, entend offrir ses locaux, déserts jusqu’en septembre, aux classes du primaire qui en auront besoin.

Pour le transport scolaire, «on est en discussions là-dessus. C’est sûr que les transporteurs vont demander certains systèmes de protection», prévoit Mme L’Heureux qui est porte-parole des écoles privées de la Mauricie et du Centre-du-Québec.

D’ailleurs, la Fédération des transporteurs scolaires soulignait, mercredi, que 54 % des conducteurs sont âgés de 60 ans et plus. Il faudra donc des directives claires de la Santé publique, demande la Fédération.

Pour les écoles privées, la situation ne devrait pas donner lieu à une multiplication du nombre d’autobus, car dans la plupart d’entre eux, il y avait déjà un mélange d’enfants du primaire et du secondaire, indique Mme L’Heureux. Ceux du secondaire étant absents, ça laisse de la place pour les plus jeunes qui retourneront à l’école à partir du 11 mai, explique-t-elle.

À la Commission scolaire du Chemin-du-Roy, toutefois, de nombreux élèves du secondaire empruntaient les autobus de la STTR pour se rendre à l’école. Ça ne donne donc pas plus de places libres dans les autobus jaunes pour les plus jeunes.

Pour Élisabeth Jourdain, la situation représente également «un très grand enjeu de ressources humaines». Je ne peux laisser 15 élèves tous seuls et déplacer un enseignant entre deux locaux. Ça devient un peu compliqué. On a une réorganisation à faire», prévoit-elle.

Julie L’Heureux croit d’ailleurs qu’il faudra mettre l’organisation habituelle «à la poubelle», bref, faire autrement. Les groupes pourront être supervisés à la fois par les titulaires et, à d’autres moments, par les spécialistes.

Quant à la période de récréation, là où les jeunes risquent le plus d’échapper à la consigne de distanciation, «il faudra que les écoles soient créatives», dit-elle.

Pour Mme Jourdain, le retour en classe «n’est pas tant un enjeu organisationnel ou de ressources humaines, quoi que ce soit très important. Je vois plutôt un gros enjeu de communication», fait-elle valoir.

«Il va falloir être très clair dans ce qu’on va dire aux parents et à notre personnel. Il ne faut pas manquer notre coup. On a reçu des communications lundi du ministère de l’Éducation et il faut fouiller», déplore-t-elle, pour avoir de l’information.

Par exemple, les cafétérias devront être fermées de même que les bibliothèques et gymnases. Il faut que les jeunes apportent leur repas. «Les familles doivent comprendre que c’est un travail d’équipe», dit-elle.