Pour les mois à venir, le CIUSSS indique que l’évaluation des postulants pour l’adoption sera effectuée à l’aide de questionnaires validés par l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS).

Les données du questionnaire sur les habitudes sexuelles seront détruites

TROIS-RIVIÈRES — Le CIUSSS Mauricie Centre-du-Québec tournera finalement la page définitivement sur le dossier du questionnaire explicite sur les habitudes sexuelles des postulants à l’adoption par le biais de la banque mixte. Après l’intervention du ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, l’établissement choisit finalement de détruire les données recueillies dans le cadre de cet exercice qui a été décrié sur la place publique depuis les derniers jours.

Le questionnaire portait sur certaines habitudes sexuelles, mais également sur les habitudes de masturbation, la pénétration, la lubrification vaginale, et la capacité des partenaires d’atteindre l’orgasme par différents moyens, pour ne nommer que ceux-là. Un questionnaire qui s’inscrivait dans une démarche globale d’évaluation des différents aspects de la personnalité des postulants et élaboré par des chercheurs de l’UQTR.

Devant le tollé populaire et l’intervention du ministre Lionel Carmant, cette partie du questionnaire avait été retirée du processus d’évaluation. Toutefois, le CIUSSS-MCQ disait vouloir conserver les données recueillies auprès de la soixantaine de couples ayant déjà répondu à ces questions au cours des six derniers mois, des données que l’on estimait toujours valides. Le ministre Carmant s’y est opposé, de même que certains postulants, mal à l’aise de cette réponse.

«Nous sommes conscients de la sensibilité de l’information recueillie dans le cadre de ce questionnaire et comprenons que certains puissent considérer qu’il s’agisse d’une intrusion dans leur intimité personnelle. Nous tenons toutefois à assurer que notre intention était tout autre. L’ajout de ce questionnaire était dans le but d’approfondir davantage l’évaluation des futures familles d’accueil, et ce, pour prévenir tout abus potentiel auprès de jeunes qui ont déjà été bien assez éprouvés dans leur vie», a expliqué Nathalie Garon, directrice du programme jeunesse-famille au CIUSSS-MCQ.

Le CIUSSS indique que pour les mois à venir, l’évaluation des postulants sera effectuée à l’aide des questionnaires validés par l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS), un outil qui faisait déjà partie des outils utilisés par les équipes d’évaluation du CIUSSS-MCQ dans l’évaluation globale d’une durée de 35 heures.

«Finalement, conformément aux recommandations de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ), l’établissement explorera, toujours dans une optique de protection des jeunes, d’autres possibilités d’identification de facteurs de risques pouvant mener à des abus de toutes sortes», ajoute l’établissement dans un communiqué.

Soulagement

Pour Marie-Claude (nom fictif), l’une des postulantes mal à l’aise de la démarche et ayant amené le débat sur la place publique, c’est une victoire. «Nous sommes absolument ravis qu’ils détruisent ces données intimes sexuelles acquises par le chantage. Cela plaçait les familles dans la situation où elles devaient accepter de se déshabiller devant l’État et enregistrer le tout, ou renoncer au rêve de leur vie: au désir fondamental d’avoir un enfant. Nous sommes très contents que ces familles ne soient plus soumises à cette humiliation. Merci de tout cœur au ministre qui a fait un excellent travail», indique-t-elle, dans un courriel.

Par contre, Marie-Claude estime que le CIUSSS a une profonde réflexion à faire sur l’ensemble du processus de sélection pour l’adoption en manque mixte.

«On dirait qu’ils se justifient plus qu’ils ne reconnaissent leur erreur. C’est un peu inquiétant pour la suite des choses. Je ne suis pas certaine qu’ils en ont tiré une leçon et qu’ils changeront de comportement pour l’avenir. Il y a une réflexion globale à faire dans notre société pour retrouver un équilibre, dans le respect de tous. Pour cela, on a besoin que le CIUSSS comprenne que ce n’est pas acceptable, et que le ministre se penche sérieusement sur cette question», indique la dame, qui compte s’adresser à la Commission Laurent chargée d’enquêter sur la DPJ au Québec, dont l’ouverture des travaux est prévue le 22 octobre prochain à Montréal.

Elle souhaiterait y détailler de nombreuses lacunes qu’elle dit avoir observées durant le processus d’adoption.