Vicky Lavigne, vice-présidente du Défi des Demois’Ailes, se réjouit de l'enthousiasme des participantes de la 8e édition, malgré les circonstances.
Vicky Lavigne, vice-présidente du Défi des Demois’Ailes, se réjouit de l'enthousiasme des participantes de la 8e édition, malgré les circonstances.

Les Demois'Ailes, d'autant plus pertinentes

Shawinigan — Cela fait huit ans que les Demois'Ailes courent et amassent des fonds pour venir en aide aux femmes et aux enfants victimes de violence conjugale. Une mission dont la pertinence se confirme dans l'actuel contexte de pandémie. En effet, si les téléphones se sont pratiquement tus dans les centres d'hébergement dédiés aux victimes de ce fléau, ils sont nombreux à penser que cela cache une crise en latence, indique Vicky Lavigne, vice-présidente du Défi des Demois'Ailes. La ministre de la Condition féminine, Isabelle Charest, déclarait elle-même à la fin mars que «les mesures d'isolement exposent plus que jamais certaines femmes à des situations de violence».

Bâti autour de la solidarité, du partage et de la proximité, le Défi des Demois'Ailes affrontait cette année un vent de face dans l'organisation de son événement. Le contexte pandémique constituait un défi en soi. Or, pour les 41 participantes qui couraient chacune de leur côté cette fin de semaine, à l'occasion du Prédéfi, la motivation n'est en rien entamée et la générosité des donateurs est au rendez-vous, relate Mme Lavigne. Les Demois'Ailes ont participé à quatre relais, samedi et dimanche, soit un de 8 km, deux de 5 km et un de 3 km. La plateforme Zoom et les pages Facebook auront servi de points de rassemblement.

Cindy Vincent, de Shawinigan-Sud, est Demois'Ailes pour une deuxième année. La présente édition du Défi revêt plusieurs dimensions pour elle. Il lui donne notamment l'occasion de décrocher de la crise actuelle. Celle qui œuvre comme infirmière auxiliaire en salle d'urgence est en effet aux premières loges de la pandémie. «C'est peut-être un peu moins occupé, mais comme les gens sont craintifs et attendent avant de consulter, on les garde plus longtemps», relate-t-elle. Courir lui permet de «faire le vide», explique-t-elle.

Jean-Claude Turcotte accompagnait sa conjointe, Cindy Vincent, dans le cadre du Prédéfi des Demois'Ailes.

Par ailleurs, si techniquement le Défi se fait en solo, Mme Vincent peut compter sur la participation de son conjoint, Jean-Claude Turcotte. Celui qui est pompier dans la vie devait agir comme bénévole pour le Défi. La crise l'aura promu au statut de participant, en quelque sorte. Un rôle qui lui est naturel, puisqu'il est aussi le partenaire d'entraînement de sa conjointe, en temps normal. Le couple devait d'ailleurs se rendre à Paris pour participer à un marathon. «Notre premier voyage», soupire Mme Vincent. L'événement et le voyage ont évidemment été annulés. Le couple se console et oublie pour un moment la crise en courant ensemble «pour la cause». «On a un circuit qui est très beau», philosophe l'infirmière auxiliaire, en évoquant le charme des sous-bois du secteur.

Pour ce qui est de l'esprit de camaraderie, qui est un peu le ciment et la marque de commerce des Demois'Ailes, Mme Vincent explique que les entraîneurs ne sont jamais loin et que les réseaux sociaux arrivent à pallier la distanciation sociale. Abondant dans le même sens, Vicky Lavigne raconte que les participantes se sont lancé toutes sortes de défis au cours de la fin de semaine, allant jusqu'à se déguiser pour courir.

On avait recueilli quelque 65 000$ au cours de la dernière édition du Défi. Les sommes amassées avaient été remises à la Maison le Far, à la Séjournelle, à la Maison de Connivence, de même, comme c'est la coutume, à des ressources d'hébergement pour victimes de violence conjugale qui croisent la route des Demois'Ailes, durant leur grand Défi. On ne s'est pas fixé d'objectif cette année, sinon celui d’aller de l’avant avec les courses malgré la crise sanitaire qui sévit. Il semblerait malgré tout que les gens soient très généreux. De plus, la tenue virtuelle des événements a considérablement réduit les dépenses, souligne-t-on.

À moins d'un changement dans les consignes de distanciation sociale, le Défi du mois de juillet, qui voit les coureuses parcourir 10 fois 10 km, se fera chacune de son côté. Les Demois'Ailes auront une autre occasion de se rassembler virtuellement d'ici là, tandis qu'elles tiendront une autre course, le 13 juin prochain. Le public est invité à y participer et à faire un don de 10$ pour la cause, via la plateforme GoFundMe.

«C'est un peu différent, ça prend beaucoup de "mental", mais jusqu'à présent, les filles sont super motivées», soutient Mme Lavigne au sujet de cette édition hors norme du Défi de Demois'Ailes. «C'est super beau de voir ça», s'émeut-elle.