La professeure de physique au Collège Laflèche, Mylène Robitaille.
La professeure de physique au Collège Laflèche, Mylène Robitaille.

Les défis de l’enseignement des sciences au collégial

Gabriel Delisle
Gabriel Delisle
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — La propagation de la pandémie et l’inévitable confinement qui s’en est suivi ont forcé le réseau collégial à s’adapter très rapidement. L’enseignement des programmes préuniversitaires et techniques à distance entraîne son lot de nouveaux défis... particulièrement dans les domaines scientifiques, où l’expérimentation prend une place très importante dans les formations.

«Lorsqu’on a su qu’on devait donner notre enseignement en ligne, j’ai eu un certain stress», avoue d’emblée Mylène Robitaille, professeure de physique au Collège Laflèche de Trois-Rivières et coordonnatrice du programme de Sciences de la nature ainsi que du département des Sciences.

«L’adaptation est essentielle dans ce contexte. On doit rapidement maîtriser de nouveaux outils et repenser la façon dont on transmet la matière.»

Cette session-ci, Mylène Robitaille donne le cours Ondes et physique moderne ainsi que le cours de programmation Physique électronique. Pour tous ses groupes, l’enseignante avait prévu de nombreuses périodes en laboratoire pour réaliser des expérimentations et mettre en application des apprentissages. Cette démarche pédagogique est une partie intrinsèque de la formation scientifique et représente un formidable outil d’enseignement.

Or, que fait-on lorsque les étudiants n’ont pas accès au matériel de laboratoire? Et comment réaliser des expériences de façon sécuritaire à la maison? Rien de tout ça n’est simple en cette période de confinement.

«Les conseillères pédagogiques nous ont incités à revenir à la base de notre cours. La compétence de base de notre cours n’est pas de manipuler des choses en laboratoire, c’est bien plus général que ça», précise Mylène Robitaille qui se voit confrontée aux mêmes défis que l’ensemble de la profession.

«Comme je forme des jeunes qui se destinent à l’université, ce qui est intéressant pour eux c’est l’analyse et le traitement des données de même que les conclusions qu’ils en tirent. C’est beaucoup plus important que de savoir manipuler un outil.»

Reconnue pour ses projets pédagogiques qui sortent des sentiers battus, Mylène Robitaille souhaitait absolument que ses étudiants du cours de programmation Physique électronique puissent réaliser quelques expérimentations. Ce sont après tout des étudiants de cette professeure de physique qui avaient présenté en 2018 des projets d’éclairage au parc Champlain de Trois-Rivières et Le Nouvelliste en avait fait mention dans le cadre d’un reportage.

Même de la maison, les étudiants de Mylène Robitaille peuvent réaliser des montages électroniques.

Dès l’annonce par le gouvernement de la fermeture des écoles, des cégeps et des universités, Mylène Robitaille s’est rendue au Collège Laflèche pour récupérer des pièces électroniques. Cela pouvait toujours servir en cas de confinement prolongé. «Je peux faire des démonstrations chez moi en me filmant», soutient-elle. «Ça permet d’avoir un contexte de laboratoire... mais à la maison.»

Réalisant que les étudiants ne reviendraient pas de sitôt au collège, la professeure de physique a donc décidé de préparer une petite trousse de pièces électroniques à ses élèves du cours de Physique électronique.

«On était rendu dans ce cours à une partie très pratique. J’ai fait des petits sacs individuels pour mes étudiants que j’ai placés dans l’abri d’auto sur une table pour qu’ils viennent les chercher de façon sécuritaire, sans contact», précise-t-elle.

«Les étudiants peuvent donc faire des microcontrôleurs qui contrôlent des robots et toute sorte de choses.»

L’accès inégal aux technologies

Depuis quelques semaines, Mylène Robitaille a développé, à l’instar de ses collègues du collégial, de nouvelles compétences en réalisation de vidéo. En effet, elle utilise ce médium pour aborder la matière. Si certains enseignants donnent leur cour en visioconférence, dont en temps réel, plusieurs ont décidé d’opter pour l’enregistrement de vidéo. Cela permet de mieux rejoindre les étudiants au moment qu’il leur convient le mieux.

Toutefois, le virage très rapide vers l’enseignement à distance démontre les inégalités en matière d’accès à Internet entre les grands centres de la région et certaines municipalités rurales.

«Dès qu’on a appris qu’on était confiné, j’ai communiqué avec les étudiants, car je voulais savoir comment ils étaient équipés à la maison. Et j’ai constaté que certains n’avaient pas un accès Internet de qualité ou stable», note Mylène Robitaille.

«C’était alors trop difficile de donner mon cours en temps réel, alors j’ai tout de suite adopté la méthode par vidéo. Si l’étudiant prend une heure pour télécharger la vidéo, bien au moins il va pouvoir la voir.»

Belle participation des étudiants

Comme leurs professeurs, les étudiants ont aussi dû s’adapter aux profonds chambardements vécus par le réseau collégial. Et ceux de Mylène Robitaille se sont montrés très motivés à poursuivre les études, malgré les circonstances difficiles.

«Ils sont très contents de pouvoir poursuivre leurs études. Et plusieurs nous le disent souvent», mentionne la professeure du Collège Laflèche.