Christian Lalancette, directeur des archives du Séminaire Saint-Joseph.

Les coupes de subventions font mal

Trois-Rivières — Les changements apportés aux modalités de gestion des programmes touchant les archives privées par Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) frappent de plein fouet les archives du Séminaire Saint-Joseph.

Dès 2020, la Mauricie deviendra la seule région administrative au Québec dont le service d’archives privées agréé ne recevra plus de soutien de l’État.

Le directeur de ces archives, Christian Lalancette, indique qu’en perdant leurs subventions, les archives du SSJ pourraient être contraintes d’envisager certaines actions comme ne plus offrir le service de consultation gratuitement, par exemple. «Pour l’instant, on maintient le cap. Pour venir faire de la recherche ici, ça ne coûte rien», assure-t-il.

«Les archives ne vont pas fermer», souligne le directeur du service. «Le Séminaire a à cœur de rendre accessibles ses archives à toute la population, sauf que les services vont être diminués», prévoit-il et «nous ferons les acquisitions avec plus de parcimonie», ajoute-t-il.

Les seuls frais exigés de tout temps sont ceux demandés pour la reproduction des documents. Fort heureusement, le service est soutenu par la Fondation des amis du Séminaire, mais c’est loin d’être suffisant. La décision de la BAnQ a déjà coûté un emploi aux archives du SSJ.

Pour cette année, les archives du SSJ reçoivent un montant de 16 000 $ pour assurer une certaine transition.

Dans les années passées, elles pouvaient toutefois compter sur des revenus totalisant quelque 30 000 $. En août 2016, les archives recevaient une lettre annonçant le retrait de l’important appui financier du BAnQ. «On avait un montant d’appariement de la BAnQ qui nous permettait d’aller chercher 10 000 $», explique M. Lalancette. «Nos archives étant agréées, ça nous donnait un autre 15 000 $. Nous recevions également 5000 $ à la performance», explique l’archiviste.

Des 32 centres agréés au Québec, il n’en restera plus que 25, dit-il. «Nous étions de la première cohorte quand le gouvernement du Québec a agréé des centres d’archives privés», tient-il à souligner. Le SSJ avait même été invité à en faire partie. «Aujourd’hui, on se retrouve un peu le bec à l’eau», déplore-t-il.

Les archives privées du SSJ contiennent des documents importants et plusieurs perles qui peuvent apporter beaucoup aux historiens. Dès notre arrivée dans les locaux des archives, Christian Lalancette avait disposé sur une table une reliure des premières parutions du Nouvelliste dont la toute première édition, datée du 30 octobre 1920, qui comptait 12 pages. La copie se vendait deux sous. Votre quotidien logeait alors sur la rue du Platon, à Trois-Rivières. La Une du journal est dans sa facture, à des années-lumière de nos parutions actuelles. Sans photo, elle est en effet composée d’une succession de nouvelles brèves disposées en longues colonnes. La plupart proviennent de la Presse canadienne. Un entrepreneur en électricité, P. Rochon, publie une annonce, à l’intérieur, pour faire savoir que c’est lui qui avait fait tout le système électrique de l’édifice du Nouvelliste, «le plus moderne du genre», précise son annonce. Juste à côté, c’est le plombier qui se vante d’avoir réalisé le système de plomberie «le plus compliqué et le plus moderne» dans l’édifice du tout nouveau quotidien Le Nouvelliste.

Le directeur des archives du SSJ est très fier de montrer également, dans une collection d’autographes reconnue comme bien historique, des documents manuscrits originaux signés de la main des Abraham Lincoln, Émile Zola, George Washington, Rodin, Renoir et George Sand. Les documents comme tels ne livrent pas beaucoup d’informations, mais ils impressionnent par la trace qu’ils laissent.

Le gardien des archives devient ému lorsqu’il parle d’une lettre qui le marque particulièrement. Elle est signée du Chevalier de Lorimier alors qu’il est en prison et qu’il connaît la date de son exécution pour cause d’insurrection.

Les plus anciens documents des archives datent d’entre 1515 et 1525, dit-il. D’autres fonds sont plus récents, mais non moins intéressants, comme celui du photographe Harvey Rivard de Trois-Rivières qui compte rien de moins que 185 000 négatifs de 1933 à 1951.

Les archives du SSJ contiennent pas moins de 900 fonds d’archives, dont celui de Maurice L. Duplessis. C’est une vraie mine d’or pour les chercheurs de nombreuses disciplines.

Le Regroupement des services d’archives agréés privés du Québec fait présentement pression auprès du nouveau gouvernement afin de faire débloquer des sommes qui permettraient à ces dernières de poursuivre leur mission de sauvegarder l’histoire du Québec.

«Déjà, ils ont réussi à faire débloquer, pour les deux prochaines années, 420 000 $», indique M. Lalancette, «mais ça ne sera pas récurrent», déplore-t-il.