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La semaine de magasinage supplémentaire est appréciée par les commerçants.
La semaine de magasinage supplémentaire est appréciée par les commerçants.

Les commerçants prêts à collaborer pour faire la différence

Sébastien Lacroix
Sébastien Lacroix
Le Nouvelliste
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Trois-Rivières – La fermeture des commerces non essentiels du 25 décembre au 11 janvier et l’interdiction pour les grandes surfaces de leur faire concurrence sont plutôt bien accueillies auprès des gens d’affaires de la région sondés par Le Nouvelliste, mardi soir, à la suite des annonces du premier ministre François Legault.

À condition bien sûr que les règles soient respectées et que les commerçants puissent rouvrir dès le 11 janvier. «À partir de maintenant, ça devient une priorité pour moi, a insisté le propriétaire du Sports Experts, Georges Brunelle. C’est ce qui est le plus inquiétant. Pour nous, qui vendons des articles de sports d’hiver, on ne peut pas étirer ça. Parce que le problème, ce n’est pas juste les ventes comme les produits qui vont nous rester pour l’an prochain.»

Si les ventes ont tout de même été bonnes jusqu’à maintenant chez les détaillants d’équipements sportifs, les dernières semaines de l’année sont quand même très importantes. «Ce sont les deux plus grosses de l’année dans notre type de commerce, poursuit M. Brunelle. Si ça reste comme ça, que tout est respecté, qu’on peut reprendre les affaires le 11 janvier, on pourrait bien s’en sortir.»

Le fait de perdre la période du Boxing Day pourrait également faire mal dans le domaine de la vente des produits électroniques. C’est ce que craint Réjean Marchand, propriétaire de Stéréo Plus sur le boulevard Thibeau. Lui n’adhère pas à l’idée qui commençait à circuler, mardi soir, de remettre cette période au 12 janvier. «Si le monde recommence à travailler, il n’y aura pas le congé qu’il y avait entre Noël et le 6 janvier. Parce qu’une bonne partie était en congé et ils pouvaient magasiner, mais on ne l’aurait pas cette période-là.»

Réjean Marchand est également sceptique quand il entend que les grandes surfaces ne pourront pas vendre autre chose que les produits essentiels. Lui qui a encore frais en mémoire les ventes de téléviseurs qui se faisaient chez Costco, le printemps dernier. «Ils disent qu’ils vont pouvoir vendre que l’essentiel, mais... on verra! On va surveiller ça», avertit le commerçant.

Une semaine qui fera la différence

Plusieurs accueillaient également avec soulagement le fait de reporter la fermeture des magasins au 25 décembre, alors que plusieurs rumeurs parlaient du 17 comme pour les écoles.

C’est le cas de Michelle Biondi, la propriétaire de La Cadotterie, à Nicolet. «J’apprécie énormément que le premier ministre nous permette [une semaine de plus]. Parce qu’il sait qu’on a des pertes à rattraper avec la première vague quand on a été fermé, souligne-t-elle. Pour moi, comme boutique de cadeaux, les 22, 23, 24, ce sont mes plus grosses journées. Qu’on puisse aller jusqu’au 25, bingo! On va mettre plus de personnel et peut-être étirer les heures d’ouverture.»

Elle observe quand même que les clients s’y sont pris beaucoup plus d’avance cette année pour faire leurs achats. «Mon mois de novembre a été meilleur. Parce que le monde fait beaucoup d’achat local. On me le dit. Décembre, jusqu’à date, c’est très bien parti. Ça va même dépasser l’an dernier, mais s’il nous avait fermé le 17, ça nous aurait fait très mal, indique-t-elle. On va faire notre part jusqu’au 11 pour essayer de casser la deuxième vague. Ça va sûrement aider.»

Patrick Dupuis, propriétaire du salon de coiffure La boîte à coupe, au centre-ville de Trois-Rivières, admet qu’il était stressé de devoir fermer plus tôt comme le voulait les rumeurs qui circulaient. «Le 17 c’est dans deux jours et les 22, 23, 24, c’est complet depuis longtemps dans des plus petits salons. Pour nous, on est une grosse équipe et il y a encore de la place, mais si ç’avait été de relocaliser tout ce monde-là, ç’aurait été dramatique, précise-t-il. Parce que le mois de décembre c’est 30% du total de l’année.»

«Pour nous, les coiffeurs, que ça ferme le 25, c’est l’idéal. Parce qu’entre Noël et le jour de l’An, c’est un peu plus tranquille, et la première de janvier, c’est la semaine la plus tranquille de l’année, continue-t-il. Ce n’est pas une super nouvelle, mais on va être capable de faire avec.»

Krystelle Levasseur de la Perle Rare avait quant à elle déjà pris la décision de fermer ses deux boutiques de Trois-Rivières, du 25 décembre au 3 janvier, en raison de la pandémie. Avant même que le premier ministre annonce son plan, elle avait déjà informé sa clientèle, vendredi dernier. Il s’agissait d’une première pour la bijouterie.

La commerçante avait décidé de faire sa part socialement, mais également d’offrir un repos payé à ses employées qui étaient fatiguées des mesures sanitaires. Le manque de personnel faisait également en sorte que ça devenait difficile de faire les horaires, précise la propriétaire.

«Je suis contente qu’ils nous rendent jusqu’au 24, souligne-t-elle. Ça ne fera pas une ruée. On avait peur que le monde se garroche demain [mercredi] et jeudi. C’était une de nos craintes. Au moins, ils auront une semaine pour se préparer. Ce sera plus dispersé. Ça va nous donner une chance de les servir aussi. Parce que nous, c’est un client par employée.»

Claude Villemure, le propriétaire de Caméléon solutions intégrées, un homme d’affaires bien connu à Shawinigan, estime que le gouvernement a pris une excellente décision. Il faut dire qu’il fait partie des commerces qui n’étaient pas ouverts du 23 décembre au 5 janvier. «Je serais curieux de sortir des statistiques pour savoir il y a combien de commerces qui étaient déjà fermés», lance-t-il.

«Un peu comme la majorité silencieuse, ce que j’avais peur, c’était le Boxing Day, exprime-t-il. J’aime mieux fermer là qu’à la fin janvier ou à la mi-février. Parce qu’il y a trop de cas et qu’on a perdu le contrôle. Ça va faire moins mal de fermer là que plus tard.»

Pas encore d’hécatombe

La fermeture des commerces non essentiels ne devrait pas trop affecter la situation économique qui ne se porte pas si mal jusqu’à maintenant. C’est ce qu’observe Mario De Tilly, le directeur général d’IDÉ Trois-Rivières.

«On essaie de voir si le taux de mortalité [des entreprises] augmente de façon importante. À date, ce qu’on constate, c’est qu’il y a une légère augmentation, mais elle n’est pas aussi spectaculaire que la crise elle-même. On se serait peut-être attendu d’avoir une augmentation beaucoup plus significative du nombre de faillites ou de cessations d’activités.»

«On ne le constate pas pour l’instant. Ce qu’on pense, c’est que si la crise perdure, le nombre de faillites risque d’augmenter, mais les signes tiennent le coup. Ce n’est quand même pas si pire, analyse Mario De Tilly. On tient un contact constant avec nos entrepreneurs et nos commerçants. Pour l’instant, il n’y a pas d’hécatombe, mais faisons attention, restons la tête froide. Peut-être qu’en début d’année ça pourrait changer.»

Le président de la Chambre de commerce et d’industrie de Trois-Rivières (CCITR), Jean Pellerin, soutient quant à lui que plusieurs commerçants voulaient profiter de la période des Fêtes pour ralentir et recharger leurs batteries. «Ils ont eu une année assez éprouvante. Il y en a qui ont fait des semaines et des heures extrêmement longues par pénurie de personnel.»

«Pour certains, ça peut créer des défis, mais les entreprises sont quand même prêtes. Elles s’attendaient à ce qu’il y ait des mesures. Je ne pense pas qu’il y aura de gros impacts, ajoute-t-il. Le Boxing Day, ce n’est plus ce que c’était. Parce que les spéciaux d’après Noël, il y en a plusieurs qui commencent la semaine avant Noël. (…) À la limite, il y aura peut-être une nouvelle mode et le Boxing Day sera rendu en janvier à partir de cette année.»

Celui-ci espère que les efforts porteront leur fruit pour ralentir la propagation de la maladie, tout comme le maire Jean Lamarche qui estime qu’il faut prendre le temps de s’isoler durant les Fêtes pour casser la deuxième vague. «À ce moment-là, on devient des bâtisseurs d’espoir. On fait partie de la solution. Même si moralement c’est dur (…) il faut suivre les consignes, on est rendu là. Les chiffres ne jouent pas pour nous en ce moment.»

Avec la collaboration de Gabriel Delisle