Seuls les services essentiels seront assurés par les chauffeurs de taxi de Trois-Rivières le lundi 26 août.
Seuls les services essentiels seront assurés par les chauffeurs de taxi de Trois-Rivières le lundi 26 août.

Les chauffeurs de taxi en grève à Trois-Rivières ce lundi

Sébastien Houle
Sébastien Houle
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — Tandis que l’étude détaillée du projet de loi 17, qui vise principalement à réformer l’industrie du taxi, doit reprendre le 3 septembre prochain, les chauffeurs de taxi se mobilisent à nouveau. Quelque 60 véhicules partiront de Trois-Rivières pour se diriger vers Laval, lieu de la mobilisation, lundi matin prochain, le 26 août, alors que Taxi Coop de la Mauricie, principal fournisseur de service de taxi à Trois-Rivières, a appelé ses chauffeurs à prendre part à une journée de grève. Seuls les services essentiels, tel le transport adapté, seront assurés, prévient son président, Claude Mercier.

S’il semble acquis que la Loi concernant le transport rémunéré de personnes par automobile sera adoptée par le gouvernement, celui-ci étant majoritaire, observe Claude Mercier, l’enjeu de la compensation offerte aux chauffeurs demeure entier, soutient-il. «On veut une compensation juste et équitable à la valeur marchande du permis», plaide-t-il.

La dernière offre gouvernementale est le rachat des permis à leur prix d’acquisition. «C’est comme si je t’expropriais de ta maison en te dédommageant au prix qu’elle valait il y a 25 ans», s’indigne-t-il. Il se désole aussi que cette dernière offre de la part du gouvernement ait eu pour effet de diviser les chauffeurs puisque ceux qui ont acquis leur permis plus récemment s’en tirent finalement mieux.

Claude Mercier, président de Taxi Coop de la Mauricie soutient que le gouvernement s’attaque à son fonds de retraite avec le projet de loi 17 qui vise à réformer l’industrie du taxi.

Le président de Taxi Coop de la Mauricie explique avoir lui-même payé son permis 25 000 $ il y a vingt ans. Malgré des années difficiles, il soutient s’être toujours consolé en sachant que la valeur de son permis qui croissait avec le temps constituait une valeur sûre. «C’était mon fonds de retraite», indique-t-il.

Au moment de la première présentation du projet de loi, la valeur d’un permis de taxi fluctuait autour des 145 000 $, maintient Claude Mercier. Aujourd’hui sa valeur marchande est nulle et les chauffeurs attendent avec inquiétude le dénouement des travaux du gouvernement, rapporte-t-il. «Ça va finir devant les tribunaux», craint-il.

Claude Mercier estime que Trois-Rivières compte 150 chauffeurs de taxi. «On est des entrepreneurs que l’on transforme en salariés», se désole-t-il, prédisant l’arrivée prochaine de géants comme Uber, dans un contexte d’une industrie déréglementée. «C’est tellement frustrant, ça n’a pas de bon sens», soupire-t-il.

Interpellé sur la question lors d’un point de presse donné en marge de sa tournée de la Mauricie, le député de Trois-Rivières et ministre du Travail, Jean Boulet, soutient que le canal de communication est ouvert entre son collègue François Bonardel, ministre des Transports, et les acteurs du milieu. «Si on se met en mode “recherche de solutions”, on va trouver des solutions qui satisfont tout le monde», déclare-t-il.

Claude Mercier réplique de son côté que «si le canal de communication est ouvert, il est bouché quelque part». Il commente en disant que le gouvernement n’a pas bougé de sa position initiale depuis le premier dépôt du projet de loi. Il relate que de nombreuses propositions ont été présentées par les gens de l’industrie afin de moderniser les pratiques, mais que le gouvernement a toujours fait la sourde oreille. «Les positions de Bonardel c’était de dire qu’on était des travailleurs au noir», s’indigne-t-il.

Chez Taxi Élite de Trois-Rivières, qui possède une flotte d’une dizaine de véhicules, on n’a pas encore décidé si l’on emboîtait le pas au mouvement de grève. Jacques de Montigny, un des propriétaires de l’entreprise, fait valoir que l’acquisition des permis ne date pas d’aussi longtemps que pour d’autres propriétaires de la région. Il déplore par ailleurs que dans des mobilisations précédentes, d’importantes compagnies de Montréal ou de Québec aient brillé par leur absence. Il indique finalement que la moitié de la flotte de la compagnie est dédiée au transport adapté, un service qu’il estime essentiel. Il souligne cependant être solidaire des revendications de ses collègues de Taxi Coop de la Mauricie.

Il n’a pas été possible de joindre le propriétaire de Taxi Bellemare à Shawinigan pour connaître ses intentions.

Ce nouveau débrayage des chauffeurs de taxi arrive à un moment où les vacances touchent à leur fin et où la Société de transport de Trois-Rivières (STTR) peine à calmer la grogne et la frustration qu’occasionne l’implantation de sa nouvelle offre de service.