Même si les centres funéraires fournissent à la demande pour le moment, une morgue réfrigérée temporaire a été dépêchée au CHSLD Laflèche, vendredi.
Même si les centres funéraires fournissent à la demande pour le moment, une morgue réfrigérée temporaire a été dépêchée au CHSLD Laflèche, vendredi.

Les centres funéraires tiennent le coup

Shawinigan — La vague inhabituelle de décès qui déferle aux centres d’hébergement de soins de longue durée Laflèche et Monseigneur-Paquin en raison de la crise de la COVID-19 ne complique pas encore les activités des complexes funéraires. À chaque endroit, la préoccupation est davantage portée sur les attentes des familles des défunts lorsque la société reprendra un cours un peu plus normal.

À la fin de la semaine dernière, le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec a semé une certaine commotion en établissant une morgue temporaire aux CHSLD Laflèche de Shawinigan et Monseigneur-Paquin, à Saint-Tite. Malgré tout, les maisons funéraires suivent le rythme.

«Je pense que le CIUSSS a agi en prévention, au cas où ça dégénérerait et qu’il y aurait beaucoup de décès en même temps», explique Annie Lacoste, copropriétaire du Complexe funéraire Pellerin du secteur Grand-Mère.

«Pour l’instant, malheureusement, il y a des décès constamment, mais c’est gérable. Nous ne sommes pas débordés, on peut encore aller les chercher au fur et à mesure.»

En fin de semaine dernière, Mme Lacoste mentionne que des dépouilles ont été cueillies à l’intérieur du CHSLD Laflèche, même si la morgue réfrigérée temporaire était installée.

«Nous allons encore les chercher directement sur les étages», précise la femme d’affaires. «Nous nous présentons avec nos visières, nos gants et nos masques. Nous sommes habillés en conséquence.»

Kellie Forand, agente d’information au CIUSSS-MCQ, indique que la morgue réfrigérée temporaire a déjà commencé à être utilisée au CHSLD Laflèche, mais pas encore à Saint-Tite.

«Nous voulons vraiment nous assurer qu’aucun corps ne reste à l’intérieur de nos centres d’hébergement dans des délais déraisonnables», explique la porte-parole. «Les maisons funéraires peuvent toujours venir à l’intérieur. Mais avec la demande plus grande, nous voulions nous assurer qu’il n’y ait pas de délais. C’est aussi pour notre personnel: au plan émotif, voir des personnes décédées, ce n’est pas idéal.»

À la Coopérative funéraire de la Mauricie également, les décès qui s’additionnent aux CHSLD Laflèche et Monseigneur-Paquin sont pris en charge rapidement.

«On fournit amplement à la demande», assure Isabelle Pronovost, directrice générale de la coopérative régionale.

Même assurance au Centre funéraire J-M Lacoursière de Saint-Tite.

«Nous contrôlons bien la situation», mentionne Chantal St-Amand, copropriétaire de l’entreprise. «La morgue temporaire est installée sur des terrains qui appartiennent au CIUSSS. Avec le contexte dans lequel on vit, on ne peut pas être contre une mesure qui peut aider.»

Gestion à venir

Pour le moment, la grande majorité des familles préfèrent retarder les cérémonies plutôt que procéder avec les normes strictes de distanciation physique en vigueur. Les salons funéraires anticipent une reprise des activités sur les chapeaux de roues lorsque la société retrouvera ses aises.

«C’est sûr qu’à partir du moment où nous pourrons reprendre toutes nos activités, il y aura une très, très grosse vague», prévoit Mme Pronovost. «On prévient déjà les familles que nous devrons en faire plus sur semaine que d’habitude. Ça va être une très grosse organisation.»

Mme St-Amand voit aussi la montagne qui se profile à l’horizon.

«C’est certain que dès que les églises vont rouvrir et que les permissions seront un peu plus élargies, il risque d’y avoir plus d’achalandage puisque ce ne sera pas étalé dans le temps comme habituellement.»

«Nous appréhendons un peu la reprise», reconnaît aussi Mme Lacoste. «Actuellement, ça se gère bien. Nous avons un peu plus de décès, mais ça se limite aux services de base. Quand nous pourrons recommencer les funérailles, nous devrons établir une façon de faire en raison des mois pendant lesquels nous n’aurons pas pu procéder. Tout le monde va vouloir ses funérailles pendant la première fin de semaine, mais ce sera impossible. Pour nous, ce sera un plus gros défi que la gestion actuelle des décès.»

Même si les salons funéraires peuvent prendre des mesures spéciales pour les familles qui ne souhaitent pas reporter ce rituel, l’impact des rassemblements prohibés se fait sentir.

«Bien sûr que le cheminement du deuil n’est pas pareil», convient Mme Pronovost. «Mais d’eux-mêmes, les gens reportent l’événement. On n’a pas besoin de le proposer.»