Karine Gendron, directrice de la maison Le Far, dénonce le manque de financement des maisons d’hébergement.

Les centres d’hébergement pour femmes lancent un cri d'alarme

Trois-Rivières — Les maisons d’hébergement pour femmes lancent une alerte. Le manque de financement provoque l’abolition de services et l’allongement des listes d’attente dans plusieurs de ces ressources.

«Ça fait de 10 à 15 ans qu’on a perdu 20 % de notre budget annuel. On n’a pas eu d’indexation cohérente avec l’augmentation des services en maison d’hébergement. On fait de l’interne et de l’externe, on fait de la sensibilisation dans les écoles et auprès des centres de femmes. Notre financement ne suit pas», résume la directrice de la maison Le Far, à Trois-Rivières, Karine Gendron. 

La Fédération des maisons d’hébergement pour femmes profite de l’échéance prochaine du plan d’action en violence conjugale, pour insister sur l’enjeu du financement des 36 ressources qu’elle chapeaute. La Fédération indique que les maisons doivent refuser entre 6000 et 10000 demandes d’hébergement chaque année faute de place disponible au moment de l’appel. 

Comme le plan d’action 2012-2017 échoit le 6 décembre prochain, les maisons d’hébergement souhaitent l’élaboration d’un nouveau document «qui soit assorti des moyens à la hauteur des besoins».

«Cette année, on a eu une indexation de 0,7 % de notre subvention. Est-ce que c’est réaliste, avec les augmentations du coût de la vie?», demande Karine Gendron, qui précise que depuis le 1er avril 2017, le taux de fréquentation de la maison Le Far équivaut à 117 %. On y accueille annuellement entre 105 et 115 femmes, et entre 40 et 55 enfants.

À la maison La Séjournelle, à Shawinigan, le bilan de 2016-2017 révèle un taux d’occupation de 138 %. L’adjointe à la direction, Karine Breton, note même qu’un mois en particulier, le taux a atteint les 222 %. «Dans ce temps-là, on sort les divans et les matelas gonflables...», illustre-t-elle.

Si La Séjournelle a choisi de ne couper aucun service malgré la précarité du financement, il en est autrement pour Le Far. En décembre 2016, faute de budget, Le Far a dû fermer sa maison dite «seconde étape», une ressource de transition qui peut servir de tampon entre la maison d’hébergement et le retour dans la collectivité de façon totalement autonome.

Le Far a aussi aboli son service de soutien en externe aux femmes en difficulté. Il faut dire que Le Far est la seule ressource en Mauricie et au Centre-du-Québec à héberger non seulement les femmes victimes de violence conjugale, mais les femmes en difficulté en général également. Les problématiques de violence, de toxicomanie, d’itinérance et de santé mentale s’entremêlent parfois dans les profils des femmes qui requièrent le soutien des maisons d’hébergement, ce qui complexifie les interventions et les services.

«On refuse des demandes de sensibilisation faute de personnel. On a dû couper le poste d’entretien. Nos bâtiments sont très vieillissants. On en demande toujours plus aux employées. La santé mentale de nos employées aussi, est importante», constate Karine Gendron, du Far. Karine Breton, de La Séjournelle, mentionne aussi que son équipe d’intervention est épuisée, à bout de souffle.

À La Séjournelle, on refusait de constituer une liste d’attente pour les services, comme c’est le cas à la maison Le Far. 

«On se questionne maintenant à savoir si on ne mettrait pas en place une liste d’attente», se résigne Karine Breton.

Pour ce qui est du plan d’action qui succédera à l’actuel, les maisons d’hébergement souhaitent qu’un bilan du précédent plan soit fait, et veulent être consultées dans l’élaboration du prochain.

«Les maisons d’hébergement sont spécialisées depuis 40 ans. Elles ont créé des outils et disposent de beaucoup de matériel efficace. Il faudrait voir ce qui est fait avant d’envoyer des commandes et de construire du nouveau. Il faut reconnaître l’expertise des maisons d’hébergement», plaide Karine Gendron.

Il existe huit maisons d’hébergements sur le territoire de la Mauricie et du Centre-du-Québec: deux à Trois-Rivières, une à Shawinigan, deux à La Tuque (dont une pour les femmes autochtones), une à Nicolet, une à Drummondville et une à Victoriaville.