Guy Dumais, directeur du Collège Shawinigan et Louis Gendron, directeur du Cégep de Trois-Rivières.
Guy Dumais, directeur du Collège Shawinigan et Louis Gendron, directeur du Cégep de Trois-Rivières.

Les cégeps sont là pour rester

Brigitte Trahan
Brigitte Trahan
Le Nouvelliste
Les collèges publics du Québec célèbrent leur 50 e anniversaire, cette année, un événement que tiennent à souligner Louis Gendron, directeur du Cégep de Trois-Rivières et Guy Dumais, directeur du Collège Shawinigan.

En entrevue éditoriale au Nouvelliste, lundi, les deux hommes s’accordaient à vanter le rôle de développement économique et social majeur que joue ce sas entre l’école secondaire et l’université. Le modèle serait unique ou du moins très rare dans le monde.

En 50 ans, les deux collèges publics de la Mauricie auront ensemble créé 100 000 diplômés. Ils représentent conjointement un budget de 80 millions $, comptent 1100 employés, 27 équipes sportives, 57 programmes et 5400 étudiants chaque année.

Les retombées économiques des 48 cégeps sont de 10 milliards $.

«Dans les régions, les cégeps sont au cœur de l’économie et du développement social», résume M. Dumais. «On est au développement social en formant nos gens et en étant sur plusieurs comités. Du côté économique, on forme les jeunes qui vont intégrer les entreprises. On est au cœur de la communauté, surtout les cégeps en région, par nos installations sportives, culturelles, salles de spectacle, stades et piscines», fait-il valoir.

«Les cégeps sont là pour rester. Ils ont fait leurs preuves», estime Guy Dumais.

Ce modèle d’enseignement, qui donne accès à une formation assez complète pour avoir accès à des professions de qualité tout en bénéficiant de la gratuité scolaire, est en train de séduire à l’étranger.

La Table régionale de l’éducation de la Mauricie, dont Louis Gendron est le nouveau président et qui regroupe, dans son comité international, tous les collèges publics et privés, les commissions scolaires de la région et l’UQTR, veut faire du recrutement en France, en septembre prochain. Ce sera du recrutement ciblé pour des programmes répondant à des besoins de certaines entreprises où il y a des pénuries, notamment en électronique industrielle et en technologies de l’information.

La TRÉM veut d’ailleurs créer une «marque de commerce mauricienne de l’éducation», indique M. Gendron. «Ce sera beaucoup centré sur la qualité de vie et la sécurité» que l’on retrouve en Mauricie, dit-il.

Chaque année, le nombre d’étudiants internationaux augmente dans les cégeps, en provenance des pays francophones, ce qui n’est pas sans avoir des retombées sur l’UQTR au niveau du recrutement.

Ce recrutement international est un des moyens qui ont permis aux deux cégeps de la région de déjouer les prévisions en matière de cohortes étudiantes faites chaque année par le ministère.

Bien que les formations générales et préuniversitaires demeurent la priorité des cégeps, leur rôle d’accompagnateur auprès des entreprises ne se dément pas.

Louis Gendron estime toutefois que les entreprises doivent se sentir de plus en plus responsables du recrutement pour combler leurs besoins en main-d’œuvre. Pour lui, il s’agit d’une «garde partagée.»

En France, par exemple, les entreprises sont plus présentes face à leur future main-d’œuvre. Ici, «dès la première année, il faut que les entreprises soient associées à certains étudiants, parrainent, d’une certaine façon, les étudiants», résume M. Dumais. «On est en train de développer ça.» Le Québec obtient la première place en matière d’obtention de diplôme d’études post-secondaires, indique M. Dumais. «On est à 47 % chez les 18-24 ans contrairement à 29,9 % pour l’Ontario», illustre-t-il.

«Au Québec, le taux d’emploi des diplômés d’études collégiales est de 88 %, soit 12 points de plus qu’avec le diplôme d’études secondaires», précise-t-il. «Il ouvre de plus en plus la porte à l’emploi», constate-t-il. M. Dumais rappelle que le taux d’emploi, en 2015, des diplômés de cégeps, chez les 25 à 50 ans, dépassait de deux points les diplômés universitaires. Ce nombre devrait être dépassé, dit-il, car il y a de plus en plus d’emplois nécessitant une formation de niveau technique.

«Près de 70 % des jeunes qui sont inscrits dans un programme technique, au cégep, vont suivre un programme universitaire par la suite», indique M. Gendron. «On a beaucoup de passerelles, dont la formation DEC-bac qui permet de réduire d’une année sa formation universitaire.» Les cégeps se portent bien malgré les importantes restrictions budgétaires des dernières années. Ce qu’ils souhaitent le plus, présentement, c’est une gouvernance plus locale et un modèle de financement plus prévisible.