Atteinte de paralysie cérébrale, Annie-Kim Charest-Talbot (sur la photo) était l’une des conférencières invitées au congrès de l’AAFSQ, dont le thème était cette année la déficience physique. Marie-Sol St-Onge, qui a été amputée des bras et des jambes à cause de la bactérie mangeuse de chair, était également conférencière, samedi.

Les auxiliaires familiales et sociales se serrent les coudes

BÉCANCOUR — Une centaine de personnes étaient réunies à l’Auberge Godefroy, vendredi et samedi, pour le 44e congrès de l’Association des auxiliaires familiales et sociales du Québec (AAFSQ). Ces deux journées étaient agrémentées de conférences et de formations, mais étaient surtout l’occasion pour les auxiliaires de se réunir pour se ressourcer et se serrer les coudes dans un métier qui n’est pas toujours facile et gratifiant.

Les auxiliaires familiales et sociales - appelées auxiliaires aux services de santé et sociaux dans les Centres de santé et de services sociaux - sont en quelque sorte un pilier essentiel dans le maintien à domicile des personnes âgées, en perte d’autonomie ou atteintes de déficience intellectuelle ou physique. Elles leur prodiguent les soins dont ces personnes ont besoin, mais leur rôle va plus loin.

«On nous confond souvent avec les préposés aux bénéficiaires, mais on ne fait pas juste les soins d’hygiène auprès des personnes, explique Nathalie Bourque, porte-parole de l’AAFSQ. On fait de l’intervention sociale, on voit dans quel état psychologique se trouvent les personnes. On fait aussi, selon les régions, de nombreux actes infirmiers délégués, comme le curage rectal, la supervision ou l’injection d’insuline, le cathétérisme et le gavage, sous la supervision d’une infirmière.»

Un tel travail est loin d’être de tout repos, puisque les auxiliaires interviennent généralement seules au domicile de leurs patients.

«Ça prend une grande autonomie, soutient May Ghanty, vice-présidente de l’AAFSQ. Ce n’est pas toujours facile et on ne sait jamais ce qui peut arriver. Des fois, on a à oeuvrer dans des lieux insalubres, malpropres, mais il faut quand même faire notre travail.»

C’est pourquoi, pour les auxiliaires, le congrès annuel de leur association est l’occasion non seulement de suivre des formations pour améliorer et bonifier leur pratique, mais également de se soutenir mutuellement.

«On se ressource ici et quand on repart, on se rappelle pourquoi on fait ce travail et pourquoi on aime autant nos patients», résume Mme Bourque.

Nathalie Bourque, porte-parole de l’AAFSQ.

Première ligne contre la maltraitance

Le congrès débutait le jour même de la comparution d’un couple trifluvien, accusé d’avoir séquestré, fait de l’extorsion, menacé et frappé deux aînés pendant près de quatre ans dans le sous-sol de leur résidence de Pointe-du-Lac. Or, le repérage de cas potentiels de maltraitance ou de violence envers les personnes en perte d’autonomie, notamment les aînés, fait également partie des rôles qu’endossent les auxiliaires familiales et sociales, puisqu’elles sont souvent les seules intervenantes du réseau de la santé qui entrent chez ces personnes.

La porte-parole déplore toutefois que les fusions et les coupures dans le réseau de la santé ont fait en sorte que des situations anormales n’ont pas pu être constatées ou n’ont pas été évaluées adéquatement. Elle met en cause non seulement la réorganisation des services et les coupures qu’a subies le réseau de santé, mais également l’adoption de la méthode Lean par l’ancien ministre de la Santé, Yves Bolduc. Cette méthode vise à déterminer la durée que devrait avoir chaque étape d’une intervention et à inciter les employés à respecter ces durées.

«On travaille avec une équipe multidisciplinaire, alors quand on voit quelque chose qui nous inquiète, on en parle, indique Mme Bourque. Mais ça peut parfois être long avant d’entrer chez les gens, le temps qu’ils soient assez en confiance pour nous laisser entrer. Avec moins de temps, ça ne nous aide pas. Alors quand le gouvernement dit que ça ne touche pas les services à la population, ce n’est pas vrai. Quand on lève un drapeau rouge, ça se peut parfois que ça se perde entre deux chaises.»

La «menace» du privé

En plus des bouleversements qu’a connus le système de santé et de services sociaux québécois, Mmes Bourque et Ghanty s’inquiètent de la place grandissante qu’occupent les agences privées dans les soins à domicile. Si elles reconnaissent que certaines offrent un service de qualité, plusieurs accordent selon elles peu d’importance à la formation reçue par leurs employées ou encore, ne vérifient pas si elles ont ou non un dossier criminel.

Autre aspect problématique, celui des coûts des soins à domicile au privé. Bien qu’une partie des frais soit remboursée par le système de santé, les patients qui doivent se tourner vers le privé doivent tout de même en assumer l’autre portion, ce qui prive certains d’entre eux de ce service, selon Mme Bourque.

«S’ils n’ont pas les moyens, ils vont finir en CHSLD alors qu’ils auraient aimé rester à domicile, et on n’aura rien gagné», déplore-t-elle.

L’AAFS compte donc interpeller le nouveau gouvernement de François Legault pour lui demander de renverser la vapeur à l’égard de la privatisation du maintien à domicile. La porte-parole de l’association se fait cependant peu d’illusions sur les intentions du chef de la Coalition avenir Québec, qui, même s’il a promis en campagne électorale d’investir 200 millions $ dans le maintien à domicile, a selon elle déjà annoncé sa volonté de poursuivre la «privatisation» de ce service.

«C’est inquiétant, on a peur d’un retour à ce que c’était [le travail d’auxiliaire familiale et sociale] il y a 45 ans, quand on a commencé et qu’on était sous-payées, peu formées, bref, avec de mauvaises conditions de travail», déplore Mme Bourque.