Les manifestants ont démontré symboliquement qu’ils ne veulent pas se faire plumer.
Les manifestants ont démontré symboliquement qu’ils ne veulent pas se faire plumer.

Les anges gardiens se disent déplumés et maintenus dans la pauvreté

Brigitte Trahan
Brigitte Trahan
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — Une quarantaine de travailleurs du secteur public ont manifesté au centre-ville de Trois-Rivières, mercredi midi, afin de dénoncer leurs conditions salariales et ce qu’ils qualifient d’incohérence entre les propos tenus publiquement à leur endroit, par le premier ministre François Legault et les actions exercées par le gouvernement sur eux.

Pascal Bastarache, président du Syndicat pour le personnel paratechnique, des services auxiliaires et de métiers-CSN du CIUSSS MCQ, estime que ceux et celles que le premier ministre du Québec a qualifié de ses «anges gardiens» n’ont pas le traitement qu’ils méritent malgré l’importance de leur travail, surtout en cette période de crise sanitaire.

«Au cours des derniers mois, les Québécois et les Québécoises ont pris conscience de l’importance des travailleurs des services essentiels. Nous avons eu beaucoup de gestes d’appui et de solidarité. On aimerait simplement avoir la même forme de reconnaissance de la part de notre gouvernement. M. Legault, à part de nous appeler ses anges gardiens à la télévision, a pris une multitude de décisions venant brimer nos droits, nos conditions de travail», dit-il.

Parmi les manifestants, jeudi, on comptait des auxiliaires en santé et services sociaux, des travailleurs à domicile qui prennent soin des personnes à la maison, des préposés aux bénéficiaires, des ouvriers spécialisés, du personnel des services alimentaires et des travailleurs du milieu de l’éducation.

La convention collective de ces travailleurs est échue depuis le 31 mars. «M. Legault a mentionné qu’il voulait, malgré l’urgence sanitaire, continuer les négociations, mais il y a absence de négociations», déplore M. Bastarache.

Depuis mars, «M. Legault ne mandate pas son comité de négociations patronales pour négocier notre contrat de travail», dit-il. «Il n’y a aucune volonté du gouvernement à vouloir négocier. On se fait dire: ‘Vous acceptez ça, c’est tout’. On ne veut pas bouger.»

M. Bastarache fait valoir que «dans la conjoncture actuelle, c’est complètement absurde de maintenir encore les travailleurs, les anges gardiens les plus importants au Québec, dans la pauvreté.»

«Encore une fois, M. Legault maintient les anges gardiens dans les plus bas salariés du Québec», souligne-t-il.

Pascal Bastarache ajoute que le gouvernement, par un arrêté ministériel, permet au CIUSSS Mauricie et Centre-du-Québec de «brimer nos conditions de travail».

Pascal Bastarache, président du Syndicat pour le personnel paratechnique, des services auxiliaires et de métiers-CSN du CIUSSS MCQ.

«Malgré la finalité de la première vague, cet été, M. Legault a permis d’obliger l’ensemble des travailleurs de la région, entre autres les préposés aux bénéficiaires, à travailler contre leur gré à temps complet», signale le président du Syndicat.

Or, fait-il valoir, plusieurs personnes, pour diverses raisons, par exemple des mères célibataires, ne peuvent se permettre de travailler à plein temps. «C’est venu épuiser littéralement les troupes à l’enclenchement d’une deuxième vague», constate-t-il. Pourtant, dans la convention collective, la disponibilité minimale est de trois jours semaine, explique-t-il. C’est donc en violation avec la convention collective, souligne-t-il.

«C’est un point qui crée beaucoup de grogne parmi les travailleurs qui, à la télé, se font remercier par M. Legault, mais dans les coulisses, il les envoie littéralement promener et brime leurs conditions de travail», dénonce-t-il. «Il y a une grogne monumentale en ce moment. M. Legault creuse l’écart entre ses anges gardiens et lui-même», s’insurge M. Bastarache.

«Il a tellement épuisé ses troupes. Il y a tellement un manque de reconnaissance envers les anges gardiens que M. Legault aura beau faire un appel à la solidarité, les gens ne répondront plus», prévient-il.

Les primes ont également été retirées, dit-il. «On a encore le 4 % ou 8 % du début, mais les primes de 200 $ ou 400 $ dans les CHSLD, il les a retirées depuis plusieurs semaines», souligne-t-il.

Le Syndicat veut dénoncer principalement le manque flagrant du gouvernement de vouloir «offrir de véritables conditions de travail salariales permanentes, dans notre convention collective, à ses anges gardiens», résume M. Bastarache.

Le Syndicat demandait un ajustement salarial sur trois ans de 3 $, la première année, 1 $ la deuxième et 1 $ la troisième. Il s’est révisé au cours de l’été en demandant 2 $- 1$- 1 $. En faisant une demande en dollars et non en pourcentage, le Syndicat espère réduire l’écart entre les bas salariés du réseau et les hauts salariés, explique le président. «Le gouvernement a refusé. M. Legault a même menacé de retirer des primes», dit-il.

Le président du Syndicat confie que l’ambiance en ce moment, notamment du côté des préposés aux bénéficiaires «est extrêmement lourde». Il y avait déjà de la détresse psychologique avant la COVID, dit-il, peu importe les titres d’emplois «à cause du mode de gestion de l’employeur», mais la situation s’est empirée, constate-t-il. «On était déjà en surcharge de travail. L’état d’urgence sanitaire n’est pas venu aider», dit-il.

Les employés doivent non seulement travailler obligatoirement à temps complet, mais il y a aussi du temps supplémentaire volontaire et obligatoire, dit-il. C’est un mode de gestion appliqué au CIUSSS «depuis des années», dit-il.

«À l’aube d’une deuxième vague, on est inquiet et on s’en va directement dans un mur avec le mode de gestion de M. Legault», prévoit M. Bastarache.

Tout en précisant que «ce n’est pas une menace, mais c’est vraiment un fait», le président du Syndicat croit que dans l’état actuel des choses, «si M. Legault essaie de faire comme à la première vague et en appelle à la solidarité des travailleuses et des travailleurs, malheureusement il va être seul», prévoit-il. «C’est une constatation que je fais, pas une menace», réitère-t-il. «La détresse psychologique est beaucoup trop intense. M. Legault a beaucoup trop épuisé le personnel en brimant leurs conditions de travail cet été. On rajoute à ça une frustration de ne pas vouloir leur donner de conditions de travail», dit-il.