Alfred St-Onge fils, président de Bel-Air Laurentien aviation, s’est plié à un exercice fastidieux pour démontrer qu’il existe une confusion sur les types de vols à partir de l’hydroaérodrome.

Les activités de Bel-Air décortiquées

SHAWINIGAN — Tel qu’annoncé la veille, une bonne partie de la 20e journée du recours collectif de la Coalition contre le bruit a été consacrée aux activités de Bel-Air Laurentien aviation, plus spécifiquement aux questionnements ou aux allégations soulevées par la partie demanderesse à compter de 2009. Un exercice extrêmement fastidieux, mais auquel tient visiblement la juge, Suzanne Ouellet.

Pendant tout l’après-midi jeudi, le président de Bel-Air Laurentien aviation, Alfred St-Onge fils, a dû préciser la nature de certains vols à des moments suggérés par Me Karine Joizil. Cette demi-journée a permis de couvrir 46 dates entre 2009 et 2013. Vendredi, M. St-Onge complétera cette portion de son témoignage en commentant un échantillon d’allégations entre les années 2014 et 2017.

Juste avant d’aborder 2013, Me Joizil, visiblement consciente de la lourdeur du processus, a voulu rassurer la juge en mentionnant qu’elle veillerait à éviter la redite du même genre d’événements pour les années subséquentes. Ne semblant aucunement importunée par la démarche, la juge Ouellet s’est montrée rassurante.

«Je tiens à l’exercice; c’est très important pour moi», a-t-elle laissé tomber.

Jusqu’à maintenant, M. St-Onge est parvenu à expliquer pourquoi les infractions soupçonnées ou alléguées n’en étaient pas. Souvent, les vols touristiques sont confondus avec d’autres types d’activités, qui ne sont pas encadrées par les restrictions de Transports Canada. Par exemple, il peut s’agir d’un transfert de touristes du lac à la Tortue à un autre site, de vols d’entraînement ou de vols privés. Le propriétaire de l’entreprise doit toutefois fournir un peu plus de précision sur trois événements qui méritent d’être éclaircis, mais jusqu’ici, Me Joizil semble satisfaite de l’effet produit.

«Nous voulons établir qu’on ne peut pas, lorsqu’on est un profane, déterminer ce qu’est un vol touristique seulement en lisant un carnet de vols et en se donnant certains critères», pointe-t-elle.

L’exercice aurait pu être moins laborieux si M. St-Onge avait seulement commenté les infractions alléguées, mais l’avocate tient à aller plus loin.

«Leurs documents laissent entendre qu’ils sont généreux, qu’ils ne comptent pas certains événements comme des infractions, mais que ça pourrait en être», explique Me Joizil. «On ne veut pas qu’il subsiste de doute dans l’esprit du Tribunal. Quand on dit qu’il n’y a pas d’infraction, c’est que nous l’avons vérifié. On sait de quoi on parle.»

En matinée, la directrice générale de l’Office de tourisme, foires et congrès de Shawinigan, Valérie Lalbin, a témoigné par téléphone en direct de la Chine.

La responsable a été invitée par Me Joizil à situer les vols d’hydravions touristiques dans l’offre régionale. Mme Lalbin reconnaît que cette activité ne possède pas un grand pouvoir d’attraction auprès des Québécois. Par contre, pour la clientèle internationale, elle n’hésite pas à qualifier les vols touristiques de «produit d’appel».

Contre-interrogée par Me Marie-Anaïs Sauvé, la directrice de l’OTFCS a reconnu qu’elle ne possédait aucune donnée concrète qui puisse démontrer l’impact économique des vols d’hydravions touristiques dans la région. L’avocate lui a rappelé qu’en tant que président de la corporation tourisme de l’ex-Centre local de développement de Shawinigan, Robert Trudel avait déclaré en 2007 que les retombées économiques de ces vols d’hydravions étaient nulles au plan touristique, parce que les visiteurs ne faisaient que passer.

Une affirmation qui laisse Mme Lalbin dubitative.

«J’aimerais pouvoir les mesurer avec plus de justesse», convient-elle. «Mais aujourd’hui, en 2018, il faudrait avoir de sérieux arguments pour appuyer que les retombées touristiques de cette activité sont nulles. Ce qui serait nul, ce serait que ces autobus passent sans s’arrêter.»

Nouveaux appuis?
En début de journée, la partie demanderesse a formulé une nouvelle requête à la juge. À la suite de l’admission comme pièces des lettres d’appui à Bel-Air Laurentien aviation signées en 2011 et en 2018, la Coalition contre le bruit souhaiterait produire, à très courte échéance, un exercice semblable.

La juge Ouellet avait accepté ces pièces en fin de journée mercredi. Concrètement, pour la partie défenderesse, ces appuis font preuve de témoignages, sans que les signataires n’aient à se déplacer au palais de justice de Shawinigan pour répéter leur opinion devant le Tribunal.

La Coalition contre le bruit a procédé au même exercice, avec la rédaction de 29 lettres de personnes qui se disent incommodées par les vols touristiques. Me Sauvé souhaite que ces documents soient aussi admis, mais également des lettres «contemporaines» qui viendraient s’ajouter à la preuve pour «contrebalancer» l’effet de celles qui ont été fournies par Bel-Air Laurentien aviation en mars dernier, juste avant le début du procès.

La partie défenderesse s’est opposée à la production de nouvelles lettres d’appuis pour la Coalition contre le bruit, invoquant notamment l’importance de clôturer la preuve, au risque d’allonger le procès indéfiniment.

La juge Ouellet a pris cette question en délibéré. Elle devrait rendre jugement dès vendredi.