Une centaine d’actionnaires de Nemaska Lithium s’étaient déplacés lors de la dernière assemblée générale annuelle de la société à la Maison de la culture Francis-Brisson, en décembre 2018.

Les actionnaires ne perdent pas espoir

SHAWINIGAN — Dans le meilleur des scénarios, si PricewaterhouseCoopers parvient à conclure une transaction pour la relance de Nemaska Lithium à la fin de l’été, l’usine de Shawinigan n’entreprendra pas sa production avant 2023. C’est ce qu’il faut comprendre à la suite du dépôt du dernier rapport trimestriel de l’entreprise, qui couvre les trois derniers mois de 2019.

Les activités sur le site de l’ancienne papeterie Laurentide sont suspendues depuis l’an dernier, alors que Nemaska Lithium, en manque de liquidités, avait décidé de réduire ses dépenses au minimum.

Jusqu’à maintenant, la société a investi 141,1 millions $ pour la construction de l’usine électrochimique de Shawinigan, sur un projet évalué à 821 millions $.

En incluant le site de la mine Whabouchi, les dernières estimations atteignaient près de 1,3 milliard $.

Les plus récentes prévisions quant à la mise en exploitation de l’usine de Shawinigan, avancées l’automne dernier, prévoyaient une ouverture en novembre 2021. Or, l’actuelle période de restructuration ne peut que repousser cet échéancier.

«La Société prévoit que la construction, l’installation et la vérification préopérationnelle de l’usine électrochimique commerciale prendront environ 27 mois à compter du moment de la reprise de la construction liée au projet Whabouchi», estime la direction dans son dernier rapport trimestriel. Ce qui repousse le projet au début 2023, dans le meilleur des mondes.

Ce rapport rappelle également que Nemaska Lithium est exposée à de nombreuses pénalités en raison de ses déboires des derniers mois. La convention de relation avec Pallinghurst, liée à une entente d’exclusivité jusqu’au 31 décembre dernier, prévoyait des frais de résiliation de 12 millions de dollars. Les discussions ne seraient toutefois pas rompues avec ce groupe financier londonien.

En 2018, Nemaska Lithium avait aussi conclu une entente avec Orion, pour une production d’hydroxyde et de carbonate de lithium en retour d’une somme de 150 millions $. Un premier versement de 75 millions $ a déjà été effectué, mais il n’est pas exclu qu’il puisse être réclamé. Une entente avec Livent est également menacée d’un débours de 26,7 millions $ en raison d’obligations qui n’ont pu être rencontrées.

Il s’agit de scénarios extrêmes qui doivent être spécifiés pour rencontrer les exigences de ce genre de rapport, mais ils donnent tout de même un indice du défi de cette relance. La valeur des immobilisations a été réduite de 267 millions $ dans le dernier trimestre, de sorte que l’actif net de l’entreprise, évalué à 1,2 milliard $ le 30 juin 2019, est passé à 522 millions $ six mois plus tard.

Ce portrait n’effraie pas trop Alain Clavet, président du Regroupement des actionnaires de Nemaska Lithium, qui demande au gouvernement du Québec de ne pas oublier les petits investisseurs dans l’éventuelle relance. Le titre de la société a été radié de la bourse de croissance TSX de Toronto le 6 février, mais les actions ont été déplacées dans un autre marché pour le moment.

Le nouveau regroupement représente 25 000 investisseurs. M. Clavet rappelle qu’il ne s’agit pas ici d’une faillite, mais d’un refinancement. Il milite donc en faveur du maintien du modèle de société publique cotée en bourse.

«On devrait être partenaires du nouveau Nemaska», souhaite-t-il. «La demande de batteries augmente sans arrêt. Nous avons la mine et l’usine! L’expertise est là, les tests à Shawinigan (à l’usine Phase 1) ont fonctionné. Les gens qui avaient acheté des actions n’étaient pas stupides. C’était fondé sur un calcul intelligent et ça l’est encore. La seule chose qu’on dit, c’est refinancez, mais sans nous voler.»

«Le Plan nord lance des projets avec une sous-capitalisation et évidemment, à un moment donné, on manque d’argent et on lave les actionnaires», déplore M. Clavet, rappelant notamment l’exemple récent de Stornoway. «Ce n’est vraiment pas acceptable et nous avons décidé qu’on ne se laisserait pas faire.»