Jean-Pierre Clavet et quelques hommes avec lui ont joué de la pelle pour déterrer les tubulures de l’érablière.

Les acériculteurs ne l’ont pas facile

TROIS-RIVIÈRES — «On dirait une tranchée de guerre», constate Jean-Pierre Clavet. Le propriétaire de la ferme biologique Le Crépuscule, où se trouve notamment une érablière commerciale, s’affairait, vendredi, à se frayer des chemins pour pouvoir déterrer ses tubulures et entailler ses arbres. Il y a eu des rafales durant l’hiver et à certains endroits, il fallait creuser à la pelle, souvent sur sept pieds de profond, dit-il.

C’est la première année, depuis son existence, que cette érablière biologique de Yamachiche installe de la tubulure. La relève de l’entreprise, Alexis, le fils de M. Clavet, préfère en effet les méthodes modernes au cheval qu’avait l’habitude d’utiliser son père. Le cheval demeurera, mais seulement pour une partie de l’érablière, question de faire des démonstrations aux touristes qui affluent de plus en plus de l’Europe et même de l’Amérique du Sud pour goûter au sirop d’érable.

L’ennui pour bien des acériculteurs, c’est la météo qui s’annonce dans les prochains jours. Environnement Canada prévoit en effet des températures de 0 °C et plus toute la semaine à partir de dimanche ainsi que du gel la nuit, des conditions idéales pour les premières coulées. Plusieurs acériculteurs pressent donc le pas, ces jours-ci, pour entailler afin de ne pas perdre cette récolte.

Robert Dufresne, de la cabane à sucre du Boisé, dans le secteur Saint-Louis-de-France, a toutefois constaté vendredi que 10 % de sa tubulure était sous la neige. «Je n’irai pas pelleter, ça. Ce n’est pas vrai», affirme-t-il solennellement après avoir déneigé ses toitures jusqu’à développer une écoeurantite aiguë de l’hiver. Il compte sur le redoux des prochains jours pour faire le travail à sa place. «Je ne veux pas entailler quand la neige est trop haute», explique-t-il. C’est qu’après la saison, il faut les enlever, tous ces chalumeaux. «Je n’ai pas envie de faire ça en montant sur un petit banc», dit-il en riant.

M. Dufresne prévoit donc n’entailler que les 15 ou 16 mars, alors qu’habituellement, il fait le travail vers le 10 mars. «La saison sera retardée», se résigne-t-il. Ça n’empêche pas que les repas à la cabane soient déjà commencés chez lui depuis la semaine dernière et se poursuivront jusqu’à la fin du mois d’avril.

La neige est exceptionnellement haute dans les forêts, cette année et ça rend la tâche difficile pour les producteurs acéricoles.

Guy Berthiaume du Domaine du sucrier, à Saint-Boniface, entend faire malgré tout toutes ses entailles dès ce week-end au cas où la sève commencerait à dégoutter la semaine prochaine. Le producteur n’a pas trouvé les dernières semaines faciles. La neige lourde, le verglas, les grands vents et le grésil, les gels intenses et les redoux qui ont caractérisé l’hiver 2018-2019 ont cassé pas mal de branches dans son érablière. La ligne maîtresse de ses tubulures a été endommagée. Il aura fallu des semaines pour réparer tous les dégâts, raconte-t-il.

L’entrepreneur, qui œuvre dans le domaine depuis cinq ans, ne se décourage pas pour autant. La situation exceptionnelle pourrait ne jamais se reproduire, dit-il, du moins l’espère-t-il, car les affaires vont rondement et déjà, il a reçu chez lui des touristes de Belgique, de Russie, de Chine et d’Italie. L’érablière peut accueillir 100 personnes à la fois et 7000 convives profitent chaque année de la bonne cuisine que l’on sert dans cette érablière où tout est fait maison et préparé par un chef cuisinier.

«Nous sommes déjà pleins à 75 % pour la saison», se réjouit M. Berthiaume.

Si Mère Nature lui donne un peu de fils à retordre, cette année, cet acériculteur a trouvé le moyen de se faciliter la vie sous un autre aspect de ses affaires. Afin d’éviter les annulations de dernière minute et les places vides, il vient en effet d’implanter un système informatique qui se spécialise dans la gestion en ligne des réservations et qui fonctionne exactement sur le même principe que les billetteries en ligne des salles de spectacle. Comme quoi les traditions ancestrales et les innovations technologiques peuvent faire bon ménage.