Les étudiants finissants en ergothérapie de la professeure Noémi Cantin de l’UQTR font leur stage sous forme de télépratique.
Les étudiants finissants en ergothérapie de la professeure Noémi Cantin de l’UQTR font leur stage sous forme de télépratique.

L’ergothérapie au service du télétravailleur

Brigitte Trahan
Brigitte Trahan
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — Beaucoup de personnes travaillent désormais de la maison, devant un ordinateur et doivent composer avec les moyens dont elles disposent pour recréer leur bureau. Parfois, il n’y a qu’un seul ordinateur pour le couple ou pire encore, pour toute la famille.

Souvent, l’appareil sera placé sur la table de la cuisine, tout près des jeunes enfants qu’il faut non seulement surveiller, mais aussi garder occupés toute la journée. Leurs petites voix perçantes rappellent vite à ces travailleurs qu’ils ne sont plus vraiment dans une situation qui leur permet d’être aussi performants qu’au bureau, avant la COVID-19.

Existe-t-il des solutions? Des trucs pour ne pas péter les plombs?

Pascale Piedalue et Alexandra Lehoux, deux finissantes en ergothérapie de l’UQTR, croient que oui. La première, disent-elles, c’est d’accepter qu’en pareilles circonstances, il est bien normal d’être un peu moins performant. «Il faut ajuster ses exigences» envers soi-même, indiquent les deux finissantes. Quant aux patrons, ils devront faire preuve de plus de flexibilité, notamment dans les horaires.

La conciliation travail-famille vient en effet s’ajouter au stress du confinement et à la peur de contracter la COVID-19. Des problèmes de nature psychologique peuvent survenir peu à peu, dans ce nouveau mode de télétravail et des douleurs physiques peuvent aussi être engendrées par les mauvaises postures devant l’écran.

La motivation au travail devient également un enjeu pour certains, préviennent les deux finissantes. Confinés à l’abri des regards des collègues et des patrons, certains auront moins envie de se laver, de se raser, de se maquiller ou de «s’habiller propre» le matin. Or, ce serait une erreur de ne pas conserver cette routine, préviennent les deux finissantes. La conserver, c’est nous garder en mode travail, expliquent-elles.

Des ajustements, Pascale Piedalue et Alexandra Lehoux doivent elles-mêmes en faire de très gros, en ce moment. Normalement, le stage de huit semaines qu’elles doivent réaliser pour l’obtention de leur diplôme s’effectue dans le réseau de la santé. Une semaine à peine après le début de ce stage, toutefois, le confinement est venu leur couper l’herbe sous le pied, raconte leur professeure, Noémi Cantin.

Cet obstacle s’est finalement transformé en «une belle occasion pour nos étudiants de développer leurs compétences en télépratique», dit-elle, car dans le réseau, il n’est pas rare qu’on demande aux ergothérapeutes de faire leurs suivis par téléphone, signale-t-elle.

Parmi les personnes qui ont eu droit à un télédiagnostic, dans le cadre de ce stage nouveau genre, il y a moi.

Grâce à l’application Zoom, Mmes Piedalue et Lehoux arrivent à jeter un regard critique fort intéressant sur mon nouvel environnement de travail. Dans mon cas, elles ont rapidement perçu qu’il me fallait un coussin dans le dos pour m’éviter d’avoir à me pencher constamment vers le clavier. Il me faudra aussi un appui-pied, car les jambes doivent former un angle de 90 degrés pour assurer une bonne circulation sanguine. Une petite serviette roulée placée devant mon clavier m’évitera d’éventuels problèmes articulaires aux poignets. Pour le reste, mon environnement calme et mes habitudes de bouger beaucoup me donnent, semble-t-il, un avantage pour demeurer performante au boulot.

Tout le monde n’a toutefois pas cette chance.

Par exemple, l’ordi familial qui trône sur la table de la cuisine, ce n’est vraiment pas une bonne idée, expliquent les deux stagiaires. Dans le meilleur des mondes, il faudrait l’installer dans une pièce qui se ferme. Si on est deux à prendre soin des plus petits, on peut fabriquer des pictogrammes que l’on place sur la porte de façon à s’isoler. On explique à toute la famille que personne ne doit franchir la porte, sauf en cas d’extrême urgence, lorsque le pictogramme rouge est affiché. Quand il est vert, on peut se risquer.

Comme l’expliquent les aspirantes ergothérapeutes, la pièce en question et l’ordinateur peuvent faire l’objet d’un horaire d’utilisation rotatif qui respectera les priorités imposées par le travail de chacun.

Les deux stagiaires finissantes recommandent de prendre plusieurs petites pauses courtes plutôt qu’une seule pause longue, au fil des heures de travail de façon, justement, à pouvoir gérer la petite famille malgré ses obligations professionnelles.

Les deux stagiaires recommandent aussi fortement d’assurer son équilibre en s’accordant au moins un petit plaisir chaque jour, que ce soit un peu de marche, une émission de télé favorite ou tout autre loisir qui fait du bien. Ça peut être du temps en famille ou du temps pour soi tout seul, bref, ce qui apportera le plus de plaisir, car lorsqu’on se sent bien, c’est tout son entourage qui en bénéficie.

La posture au travail est un des éléments que l’ergothérapie sait corriger le mieux. Vous aurez beau avoir entendu parler qu’il est bon pour le dos de travailler assis sur un ballon ou encore debout devant votre clavier, l’idée, c’est de ne pas en abuser. La prolongation de ces pratiques peut en effet fatiguer le dos.

Pour protéger les poignets, une souris plate demeure la meilleure option pour éviter de fléchir inutilement le poignet.

Pour le téléphone, un bon casque d’écoute ou des écouteurs avec micro intégré sont de mise, question d’épargner son cou.

Et si vous croyez que vous êtes chanceux(se) de travailler face à une fenêtre, détrompez-vous. La lumière du jour et la lumière de l’ordinateur combinées représentent une recette parfaite pour la fatigue oculaire.

Intégrer toutes ces petites choses finit par avoir une grande influence sur le succès du télétravail à partir de la maison.

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Petits trucs ergonomiques pour être mieux en télétravail

  • Installer l’ordinateur dans une pièce fermée.
  • Travailler de biais à une fenêtre et non face à elle pour épargner ses yeux.
  • Prendre plusieurs petites pauses au lieu d’une seule, plus longue, pour s’occuper des enfants.
  • Faire comprendre à son patron l’importance de la flexibilité dans les horaires.
  • Dialoguer avec son employeur lorsque quelque chose ne va pas.
  • Planifier ses tâches par écrit. Se faire un horaire.
  • S’assurer au moins un petit plaisir par jour.
  • 20-20-20! Pour épargner ses yeux devant l’écran, travailler 20 minutes et regarder ensuite au loin à 20 pieds de soi pendant 20 secondes.
  • Se doter d’un casque d’écoute ou d’écouteurs équipés d’un micro pour parler au téléphone.
  • Prendre des pauses actives, c’est-à-dire bouger doucement tout le corps.
  • Garder la souris le plus près possible du clavier pour éviter les mouvements répétitifs.