Marie-Ève St-Laurent, présidente de l’Ordre des sages-femmes du Québec.

L’épuisement gagne aussi les sages-femmes

Nicolet — On entend beaucoup parler d’épuisement professionnel chez les enseignants et les infirmières. Or, il appert que les sages-femmes ne font pas exception.

Dans leur cas, le manque de ressources professionnelles est à l’origine du phénomène. L’été dernier, par exemple, plusieurs sages-femmes ont dû prendre le relais lorsque leurs collègues s’absentaient pour un congé de maternité, des vacances ou un congé de maladie.

Le surcroît de travail est d’autant plus difficile que les sages-femmes peuvent être appelées à toute heure du jour ou de la nuit, et ce, tous les jours de la semaine, incluant les week-ends, rappelle l’Ordre des sages-femmes du Québec dans un communiqué publié dans le cadre de sa tournée provinciale.

La présidente de l’Ordre, Marie-Ève Saint-Laurent, était d’ailleurs de passage à Nicolet, mercredi, dans la cadre de cette tournée afin de rencontrer les 14 sages-femmes de la région et d’échanger avec elles sur les diverses problématiques liées à la pratique.

On compte présentement 240 sages-femmes au Québec et en janvier, 24 d’entre elles étaient en congé de maternité, indique Mme St-Laurent «car nos équipes sont jeunes», souligne-t-elle. En cas d’absence, ce sont donc les autres sages-femmes qui doivent prendre la relève, ce qui cause un surcroît de travail. Plusieurs doivent éventuellement prendre des congés de maladie lorsque leur charge de travail est ainsi augmentée. «Ça crée une sorte de cercle vicieux», fait valoir la présidente. L’équipe de Nicolet, qui couvre toute la Mauricie et le Centre-du-Québec, «a été frappée durement», signale-t-elle au passage.

Si aucune sage-femme n’était absente, avec un effectif de 240 au Québec «on serait à flot», estime Mme St-Laurent en précisant qu’il en faudra tout de même un plus grand nombre pour assurer le développement de la profession. Le taux d’accouchements avec sage-femme stagne en effet à 4 %, au Québec, alors que la cible de la politique de périnatalité est de 10 %.

Pour l’instant, il n’est pas question d’augmenter le nombre de places pour accéder à la profession, «car ça créerait des problèmes au niveau des places de stages», explique la présidente. L’Ordre a toutefois eu la bonne idée d’accueillir, en octobre dernier, une cohorte de sages-femmes immigrantes qui donne un bon coup de pouce.

Depuis 2008, l’Ordre a accueilli 32 sages-femmes de diverses nationalités au terme d’une formation d’appoint dispensée à l’Université du Québec à Trois-Rivières.

L’Ordre note que la pénurie de main-d’œuvre favorise également la pratique illégale de la profession. Mme St-Laurent rappelle d’ailleurs qu’aucune sage-femme membre de l’Ordre ne demande d’argent pour les services professionnels qu’elle dispense. Les sages-femmes font en effet partie des services de santé publics, rappelle-t-elle. «Notre Ordre a pour mission de protéger le public et s’oppose à toute forme de pratique illégale, souligne-t-elle.