Le duel entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron connaîtra sa conclusion dimanche. Une journée historique qui sera suivie avec fébrilité et inquiétude par les Français de la région.

L'élection présidentielle suivie de près par les Français de la Mauricie

Le peuple français élira, ce dimanche, son prochain président ou sa prochaine présidente de la République à l'occasion du second tour qui opposera Emmanuel Macron à Marine Le Pen. Mais pour les Français habitant le Québec, dont plusieurs en Mauricie, c'est ce samedi que la journée de vote aura lieu. Une journée qui s'annonce historique, tout en soulevant certaines craintes pour plusieurs.
C'est le cas de Lucile Defays, qui habite Saint-Maurice depuis quelques années avec son conjoint et maintenant leur petite fille. La jeune femme de 29 ans originaire de Rennes ne cache pas sa crainte, malgré l'écart dans les sondages, de voir la candidate du Front National, Marine Le Pen, l'emporter au second tour par une conjoncture de «vote blanc» et d'abstention d'une grande partie de l'électorat.
Pour elle, il était d'autant plus surprenant que l'accession au second tour de Marine Le Pen ne cause pas plus de commotion que ça en France, comme ça avait été le cas en 2002 lorsque son père, Jean-Marie Le Pen, avait causé la surprise en accédant au deuxième tour du vote. «Je n'avais pas l'âge de voter à ce moment, mais je me souviens très bien du choc partout dans le pays. J'avais beaucoup pleuré. Mais cette fois-ci, on dirait que les Français ne réagissent pas. Je suis profondément choquée de ça», indique-t-elle.
Avant même la candidate, c'est d'abord l'idée que tant de personnes dans son pays d'origine se revendiquent d'extrême-droite qui l'inquiète. «Le programme du Front National demeure le même programme que sous Jean-Marie Le Pen, mais ce n'est plus la même personne qui tient le micro, et ce n'est plus non plus le même contexte sociopolitique mondial. Marine Le Pen a beaucoup joué sur la dédiabolisation, mais ça demeure un programme d'extrême-droite. On dirait qu'on a oublié ce que l'histoire nous enseigne», constate Lucile Defays.
Un autre compatriote, Vincent Cheval, constate pour sa part que le résultat du premier tour a été ni plus ni moins que la manifestation d'un système politique complet qui se casse la figure. L'étudiant en histoire à l'UQTR s'est déplacé au premier tour pour appuyer le candidat Jean-Luc Melanchon, mais avoue être encore en réflexion à savoir s'il appuiera Emmanuel Macron ou s'il s'abstiendra de voter au second tour.
Car pour lui, une réflexion s'imposera après cette élection sur le modèle électoral français. «La vérité, c'est qu'au premier tour on choisit, et au second tour on élimine. Plusieurs Français en ont marre de cette impression de chantage qu'au second tour, ils doivent absolument voter pour l'un afin de barrer la route à l'autre. C'est frustrant de voir notre rôle de citoyen être réduit au vote, alors que collectivement, on veut pouvoir peser lourd dans l'équation, mais pas juste au moment de voter. C'est donc une impression de chantage que plusieurs repoussent en prônant l'abstention», constate-t-il, s'avouant lui-même en réflexion de ce côté. «Mais on s'entend, si à trois jours du vote, un sondage m'indique que le Front National va l'emporter, il y a de grandes chances que je me rende voter», admet-il.
La présidence de François Hollande ayant grandement déçu en France, il était clair que la plupart des candidats allaient se proclamer «antisystème», un concept qui a eu la cote, mais qui a aussi été surutilisé, évoque Vincent. «Ce qui me fascine, c'est de voir que la place du Front National au second tour était tellement attendue, et que ça ait provoqué aussi peu de réactions. En 2002, lorsque le scénario s'est produit, c'était la commotion dans tout le pays, ça ne se pouvait pas. Il y a peu de chances que Marine Le Pen passe, mais juste cette constatation m'interpelle énormément», ajoute le jeune étudiant.