De gauche à droite: À l’avant, le promoteur Jorges Gonçalves reçoit les clefs des mains de l’abbé Dany Dubois. À l’arrière: René Gélinas, président d’assemblée, Jean-Yves Tremblay, président du Patrimoine, Denis Jean, coordonnateur et Michel Angers, maire de Shawinigan.

L’église St-Pierre de Shawinigan vendue: «C’est un miracle!»

SHAWINIGAN — L’église St-Pierre de la rue Hemlock à Shawinigan a enfin trouvé preneur. L’église et son presbytère ont été vendus conjointement pour la somme de seulement 40 000 $ à un promoteur de Montréal, Jorge Gonçalves, avec entente de ne pas démolir l’édifice.

«C’est un miracle!», assure le prêtre modérateur de la paroisse Sainte-Marguerite-d’Youville, l’abbé Dany Dubois. Ce dernier précise qu’il ne se réjouit pas qu’il faille se départir d’une église et donc, désacraliser l’endroit comme l’exige le droit canon. Toutefois, l’entretien des bâtiments était devenu trop lourd financièrement. «Au cours de l’hiver, ça nous coûtait 1000 $ par semaine pour chauffer l’église et le presbytère», illustre-t-il. En fait, les dépenses annuelles se chiffraient à 68 000 $ par année. «Cette ville s’est beaucoup appauvrie», explique le prêtre. C’est sans compter «les rénovations qu’on avait à faire».

L’acquéreur, qui se dit de foi catholique, veut faire de l’église un musée pour y exposer des objets religieux de même que ses collections privées de bijoux et de trains. La paroisse lui prêtera également certains objets. Il songe à louer le sous-sol pour payer les coûts de chauffage et les taxes. Quant au presbytère, il sera aménagé afin de louer des chambres aux personnes de 55 à 65 ans.

Le promoteur de 60 ans prévoit investir entre 200 000 $ et 300 000 $ pour réaliser ses objectifs.

D’origine portugaise et établi au Québec depuis plus de 40 ans, Jorge Gonçalves est ingénieur civil et s’occupe de construction, «mais pas de grands chantiers», précise-t-il.

Il se dit attiré à Shawinigan par la nature et le vieux patrimoine. L’investisseur assure qu’il en sera à sa première expérience. «Je ne suis pas un homme riche, mais j’ai beaucoup d’espoir», explique-t-il. «À Montréal, les prix sont très, très chers. J’espère qu’ici, à Shawinigan, j’aurai plus d’aide, plus de communications avec la Ville», dit-il.

Plusieurs paroissiens et marguilliers étaient présents pour l’annonce officielle.

En étudiant le cadastre, la Ville et la paroisse ont découvert qu’une partie de leurs terrains respectifs était sur les terrains de l’autre. Il y a donc eu un échange de terrains pour régler la situation à l’avantage des deux parties.

Le maire de Shawinigan, Michel Angers, ne cachait pas sa satisfaction, vendredi après-midi, lors de l’annonce officielle de la vente. «Il y avait des décisions très difficiles à prendre», dit-il, surtout en lien avec les paroissiens qui fréquentaient cette église. Le maire rappelle également que l’église St-Pierre «faisait partie des 61 bâtiments qui avaient été répertoriés comme étant de catégorie supérieure. On y tenait», dit-il en rappelant la campagne qui s’était tenue pour sauver les vitraux de l’église réalisée par Guido Nincheri, le même artiste qui avait fait les vitraux de la cathédrale de Trois-Rivières. Construite un 1929, l’église contient aussi un orgue Casavant. «Des démarches importantes ont été faites pour que cette église puisse persévérer dans le temps», ajoute-t-il.

«Je pense que le plus beau cadeau que l’on pourra se faire, autant pour les paroissiens que pour l’ensemble de notre population, c’est de conserver ce que vous voyez tout autour», fait valoir le maire.

«Je vois tellement de mes collègues, maires et mairesses des autres villes qui malheureusement sont obligés de fermer de magnifiques églises. Ça fait mal lorsque le coeur du patrimoine bâti est obligé de fermer ses portes et d’être démoli. Aujourd’hui, c’est un beau moment», dit-il.

«Lorsque de nous avons pris connaissance des conclusions du carnet de santé et que de surcroît, le presbytère fut inondé en septembre dernier, nous n’avions plus le choix de faire le sacrifice de nous départir des deux immeubles», a indiqué Denis Jean, secrétaire de la fabrique.

En février 2018, la fabrique et l’équipe pastorale paroissiale décidèrent donc d’accueillir toute proposition d’achat qui aurait pour effet de préserver le patrimoine architectural et culturel de l’église St-Pierre», ou, à défaut, d’au moins en sauver les œuvres.

La Ville et les paroissiens souhaitaient préserver le patrimoine religieux.

L’organisme Patrimoine St-Pierre a versé une contribution de 5000 $ à la paroisse pour aider celle-ci à chauffer l’église jusqu’à la conclusion de l’entente de vente.