Le premier ministre du Québec, François Legault.

Legault remet ça sur l'ABI: «Ça n’a pas de bon sens que ce soit fermé depuis 16 mois»

Bécancour — Alors que les lockoutés de l’Aluminerie de Bécancour sont à Pittsburgh pour passer leur message aux actionnaires d’Alcoa, le premier ministre du Québec, François Legault, a déclaré mardi «qu’à un moment donné, il faut se rendre à l’évidence, oui, il y a peut-être exagération du côté du Syndicat des métallos».

«Ça fait 16 mois que l’entreprise est fermée, on parle de 1000 emplois, 100 millions par année de masse salariale, 500 millions de dollars de retombées par année dans la région de la Mauricie et du Centre-du-Québec. Le conflit fait mal à tout le monde en Mauricie et dans le Centre-du-Québec. Ça n’a pas de bon sens que ce soit fermé depuis 16 mois», a-t-il lancé à l’Assemblée nationale.

Celui-ci répondait à la question du chef de l’opposition officielle, Pierre Arcand, à savoir si le premier ministre admet «qu’en prenant partie pour les patrons dans le dossier d’ABI, il n’a pas respecté son engagement de ne pas gouverner pour les groupes de pression, que ce soit patronal, syndical ou autre», tel qu’il l’avait affirmé dans le discours inaugural.

La semaine dernière, le chef intérimaire du PLQ avait demandé à François Legault «s’il jugeait être allé trop loin dans le dossier du conflit de travail privé de l’Aluminerie de Bécancour en prenant le parti de l’employeur».

«Non seulement le premier ministre croit avoir fait la bonne chose en faisant pression sur les travailleurs, mais il en a également profité pour lancer un message à l’ensemble des employés québécois du secteur manufacturier en déclarant qu’il va falloir faire un appel aux syndicats pour être beaucoup plus raisonnables», a rappelé M. Arcand.

«À l’Aluminerie de Bécancour, il juge que 92 000 $ par année, c’est trop payé, alors que 1 million pour le P.D.G. d’Investissement Québec, là, il n’y voit pas de problème. Il a même consenti une hausse salariale de 50 % pour ce P.D.G., salaire qui sera payé avec l’argent des contribuables. Donc, si je comprends bien la logique du premier ministre, un travailleur doit se montrer raisonnable, alors que pour le patron, tout est possible», a fait valoir le leader libéral.

«Encore une fois, vous demandez aux travailleurs d’ABI de faire un compromis, alors que le salaire du grand patron d’Alcoa a augmenté de 223 % en deux ans. Est-ce que le premier ministre trouve raisonnable ce genre d’augmentation?», a-t-il renchéri.

«Je trouve que, de façon générale, les salaires des présidents des grandes entreprises sont trop payés. Je pense que, de façon générale, ça n’a pas de bon sens, l’écart entre le salaire moyen des travailleurs puis le salaire des hauts dirigeants. Maintenant, on doit être compétitif, il n’y a pas de mur, puis on n’a pas l’intention d’en construire autour du Québec, donc c’est important d’être compétitif si on veut attirer les meilleurs, incluant les présidents de compagnie», a répondu M. Legault.

Celui-ci a profité de l’occasion pour parler du défi d’augmenter le salaire moyen au Québec, qui est inférieur à celui de l’Ontario. «On est peut-être mieux d’avoir des milliers d’emplois additionnels à 75 000 $ plutôt que d’essayer puis de tout perdre à 92 000 $», a-t-il indiqué, faisant allusion à la rémunération des travailleurs de l’ABI.