Légalisation de la marijuana: des avis partagés pour les ressources en toxicomanie

La volonté du gouvernement Trudeau de procéder à la légalisation de la marijuana récréative dès l'an prochain ne semble pas faire l'unanimité dans les ressources spécialisées en prévention de la toxicomanie. Pendant que certaines accueillent favorablement cette nouvelle à condition qu'elle soit liée à la mise en place de mesures de prévention, d'autres croient qu'une telle mesure entraînera des effets néfastes dans la société.
C'est l'opinion que partage Éric Dorion, directeur général du centre L'Autre côté de l'ombre, à Bécancour. Selon lui, une telle décision est bien difficile à justifier lorsqu'on connaît les effets de la marijuana sur la santé. «Avec une plus grande accessibilité, selon moi, la société ne sera jamais gagnante. À très long terme, il y aura certainement un impact sur la société, sur la prochaine génération, qu'on n'est pas encore en mesure de quantifier», indique celui qui a souvent reçu des personnes dépendantes au cannabis à son centre de désintoxication. 
«L'effet de la substance, c'est dramatique chez certains jeunes. Ça rend le monde amorphe. Ce sont loin d'être les plus grands productifs de la société», image-t-il, en ajoutant que lorsque la substance est consommée par des personnes qui présentent déjà des troubles de santé mentale, le mélange peut être totalement nocif.
Éric Dorion se questionne sur les intentions du gouvernement par rapport à cette position politique. «La seule question qu'il faut se poser, c'est de savoir quel est l'intérêt du gouvernement là-dedans. Quelle est la cible, le but recherché? Il n'y a aucun gain à faire», croit M. Dorion, qui se demande à quel point les frais encourus dans le système judiciaire par le traitement des nombreux dossiers liés au cannabis aient pu jouer dans la balance.
Éric Dorion, directeur général du centre de thérapie L'Autre côté de l'ombre.
Alexandre Ratté, directeur général du pavillon de l'Assuétude.
Pas de statu quo
Pour le directeur général du pavillon l'Assuétude de Shawinigan, Alexandre Ratté, il n'est au contraire plus possible de maintenir le statu quo présentement en ce qui concerne la marijuana récréative. «Le statu quo n'est plu valable, parce que la consommation de cannabis est presque rendue banale. Plus du 3/4 des jeunes en auront consommé au moins une fois avant la fin du secondaire. Est-ce que la solution est de légaliser? C'est embêtant. Mais ce qui est certain, c'est qu'on souhaite la meilleure éducation possible sur la consommation, et que l'éducation n'est pas possible si le produit est criminalisé», constate-t-il. M. Ratté fait un parallèle avec les nombreux programmes de sensibilisation mis en place pour diminuer le tabagisme, et qui semblent porter fruits. «La décriminalisation permettra certainement d'amorcer ce travail. Il y aura sans doute un certain temps au début où il faudra s'adapter, mais tout va se moduler sur le long terme», indique celui qui plaide cependant pour la mise en place de politiques de prévention avant de légaliser le produit.
Des 156 personnes qui ont fréquenté le pavillon l'Assuétude de Shawinigan l'an dernier, aucune ne présentait une dépendance unique et exclusive au cannabis, note Alexandre Ratté. «Souvent, on va constater la présence de cannabis avec la consommation d'autres substances. Les consommateurs mélangent les produits en fonction de leurs moyens et de ce qu'il y a sur le marché», explique-t-il, précisant que le marché depuis les dernières années est aux amphétamines et drogues de synthèse, qui sont moins chères et donc populaires chez les jeunes. Les consommateurs de cannabis seront souvent des gens un peu plus âgés, parfois plus en moyens aussi, ajoute-t-il.
«Si on part du principe que la prohibition, actuellement, ne fonctionne pas, il y a donc lieu de se poser des questions et de prendre le problème autrement», constate M. Ratté.
Récemment, la Maison Jean Lapointe réagissait au projet de légalisation du cannabis, et plaidait également pour l'obligation d'implanter des programmes de prévention financés à même les revenus fiscaux de la vente de cannabis. «Pour moi, ce doit être une opportunité de mieux encadrer la consommation, mais surtout de nous assurer du financement de programmes de prévention des toxicomanies et ce, dès le plus jeune âge. La prévention est la seule façon d'éviter les problèmes liés à la consommation», a déclaré Jean Lapointe en point de presse la semaine dernière.