L’École nationale de police du Québec entame une réflexion sur le port des signes religieux pour les aspirants policiers qui fréquentent l’institution de Nicolet.

L’École nationale de police entame une réflexion

NICOLET — Depuis la création de l’École nationale de police du Québec (ENPQ), aucun aspirant policier n’a demandé de porter un signe religieux ostentatoire. Alors qu’aucun article du règlement ne concerne le port de signes religieux, la direction de l’institution entame une réflexion.

La sortie médiatique de Sondos Lamrhari, la première étudiante en technique policière à porter le hijab au Québec, a suscité de vives réactions de part et d’autre du spectre politique. L’étudiante peut toutefois suivre sa formation collégiale avec son hijab, mais elle devra inévitablement fréquenter l’ÉNPQ à Nicolet si elle souhaite devenir policière.

N’ayant jamais été confrontée auparavant à la volonté d’un aspirant policier de porter un signe religieux, l’école nationale n’a aucune directive à ce sujet. «Il n’y a rien dans notre règlement qui permet ou interdit le port des signes religieux», affirme Andrée Doré, conseillère en communication à l’ENPQ. «Ce que nous voyons dans les journaux porte à réflexion. Il faut se pencher sur la question.»

Cette réflexion de l’École nationale se basera sur les travaux qui ont déjà été réalisés quand la question des accommodements raisonnables avait enflammé le Québec. À cette époque, l’ENPQ avait procédé à des évaluations sommaires concernant la sécurité du port d’un vêtement religieux comme un hijab. «C’était vraiment préliminaire, ce n’était pas scientifique. Nous avions validé certains éléments, mais sans plus», ajoute Mme Doré.

La direction de l’École nationale de police du Québec souhaite consulter ses partenaires pour mener cette réflexion, dont le conseil d’administration de l’établissement, la Commission de formation et recherche ou encore le Comité de consultation sur la formation des futurs policiers. «Dans nos partenaires, il y a aussi les directions des services de police comme le Service de police de la Ville de Montréal et la Sûreté du Québec ou encore l’Association des directeurs de police du Québec qui représente tous les services de police municipaux. Des élus municipaux siègent aussi sur ces instances, de même que des professionnels de l’éducation ou du ministère de la Sécurité publique. C’est une question qui interpelle beaucoup de gens et il faut que ces personnes contribuent à la réflexion», précise Andrée Doré qui note que cette réflexion ne se limitera pas au port du hijab, mais aussi à celui de la kippa, du turban et encore du kirpan.

L’ENPQ entame donc une vaste consultation pour déterminer la bonne conduite à suivre. Étant donné que Sondos Lamrhari est la seule étudiante inscrite en technique policière actuellement au Québec et qu’elle est en première année à porter un hijab, la direction de l’école nationale est consciente qu’elle bénéficie au moins de deux ans pour trancher cette délicate question. L’institution d’enseignement n’est pas dictée par un calendrier électoral.

À l’heure où les politiciens québécois s’entredéchirent sur la volonté d’une jeune femme portant le hijab de devenir policière, plusieurs corps policiers canadiens autorisent déjà le port des signes religieux. Il est en effet possible pour les policiers de la Gendarmerie royale du Canada de porter des signes religieux en uniforme. La même directive s’applique aux corps policiers de Toronto et d’Edmonton, pour ne citer que ceux-là, ainsi que dans certaines circonstances pour les membres des Forces armées canadiennes.