Le directeur national de la Santé publique du Québec, le Dr Horacio Arruda.
Le directeur national de la Santé publique du Québec, le Dr Horacio Arruda.

«Le virus est encore là», dit Arruda

TROIS-RIVIÈRES — De passage à Trois-Rivières, le directeur national de la Santé publique du Québec, le Dr Horacio Arruda, n’a pas hésité à brandir le spectre du reconfinement si la population ne respecte pas les mesures sanitaires en place. Au cours des deux derniers jours, huit nouveaux cas de COVID-19 démontrant un relâchement dans l’application de ces mesures ont été dépistés dans la région par la Santé publique.

«Le virus est encore là», lance le Dr Arruda à la suite d’une rencontre avec les responsables régionaux de la santé afin de dresser un bilan de la pandémie.

«Nous avons une responsabilité comme citoyen de respecter les consignes, pour ne pas être générateur de cas et de contacts et pour ne pas surcharger le système quand nous aurons à l’automne des cas de gastro et de grippe. Si on veut rester en liberté au Québec, il faut faire ce qu’on vous dit de faire.»

Les fêtes de plus de dix personnes sont toujours interdites, a tenu à rappeler le directeur national de la Santé publique. Même si la tentation est forte avec l’été de se rassembler entre amis, il faut respecter les consignes, mentionne le Dr Arruda.

«Ce qu’on a évité au printemps, il faut continuer à l’éviter. Sinon, on va tous y perdre et on va être obligé de reconfiner. Et je ne me vois pas reconfiner. Il y a des effets très pervers pour le développement de l’enfant, pour la santé mentale des gens et la santé de nos personnes âgées», soutient le directeur national de la Santé publique.

La directrice régionale de la Santé publique et responsabilité populationnelle, la Dre Marie-Josée Godi, a de son côté interpellé les organisateurs d’événements estivaux pour qu’ils ne baissent pas la garde. «Il y a beaucoup d’initiatives pour que les gens de la région profitent de l’été. Mais cela doit se faire dans le contexte actuel de la nouvelle réalité», affirme-t-elle.


« Cinquante personnes dans un lieu public, oui. Mais pas dans un lieu privé, parce que ça peut générer plusieurs cas et engendrer des éclosions. »
Dre Marie-Josée Godi

Alors que la Santé publique rend obligatoire le port d’un couvre-visage dans les lieux publics fermés, elle se prépare pour une possible deuxième vague de la maladie. Le respect des mesures sanitaires est donc essentiel, répète le Dr Arruda.

«J’aimerais mieux qu’on aille des vaguelettes. C’est sûr qu’avec le déconfinement, il y a une partie de la réponse qui est dans le comportement des individus», soutient le directeur national de la Santé publique.

«Moins les gens vont respecter les consignes, plus on a des chances d’avoir des cas et des éclosions. Et un moment donné dans la communauté, d’avoir des jeunes qui vont en mourir», affirme le directeur national de Santé publique.

Dre Marie-Josée Godi, directrice de la Santé publique de la Mauricie Centre-du-Québec.

Le Dr Horacio Arruda a aussi lancé un appel à la franchise des Québécois lors d’enquêtes épidémiologiques. «Ayez le courage de dire la vérité lorsque la Santé publique vous appelle pour faire des enquêtes. Dites-le si vous avez fait un party chez vous. On n’est pas là pour envoyer la police, on veut comprendre pour éviter des éclosions», soutient-il.

«Un grand drame dans les CHSLD»

Les CHSLD du Québec, comme ceux de la région, ont connu «un grand drame», selon le Dr Horacio Arruda. Sur les 211 décès dus à la pandémie dans la région, 124 l’ont été dans les CHSLD.

Cette pandémie de COVID-19 a révélé les «vulnérabilités de notre réseau de santé», comme l’a mentionné le président-directeur général du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec (CIUSSS MCQ), Carol Fillion.

La mobilité du personnel entre les établissements en éclosion a été identifiée comme un des principaux vecteurs de transmission du virus. Le recours aux travailleurs de «l’équipe volante» est toutefois une norme dans le réseau de la santé du Québec, car cela offre une plus grande flexibilité dans la gestion du personnel pour assurer les soins dans les établissements. À la suite des éclosions des CHSLD Laflèche de Shawinigan et Mgr Paquin de Saint-Tite, la direction du CIUSSS MCQ a interrompu la mobilité de la main-d’œuvre.

Le Dr Horacio Arruda estime toutefois que «la gestion des CHSLD dans la région a été similaire à celle qui a eu lieu partout au Québec». «C’était dans un contexte où on manquait de connaissances sur la transmission des asymptomatiques et il y avait un problème de ressources humaines important. On ne peut pas laisser les gens sans soins», affirme-t-il.

«C’est difficile la prévention des infections en temps normal. Lorsqu’il y a beaucoup de cas, c’est encore plus difficile. Et dans les CHSLD, on a une population qui est très vulnérable.»

Défis de main-d’œuvre

La pandémie n’a fait qu’accentuer les défis de main-d’œuvre du réseau de la santé. Aux premières lignes, les travailleurs de la santé ont été très affectés par le coronavirus. Plusieurs ont dû s’absenter du travail pour se mettre en isolement, n’accentuant que le manque du personnel.

«On va avoir un défi de ressources humaines. On a beaucoup mobilisé les gens des autres secteurs», note le Dr Arruda en précisant que les médecins des autres disciplines appelés en renfort retournent inévitablement à leur pratique habituelle.

«Ça va être de maintenir notre capacité d’enquêter.»

À la suite de l’appel du gouvernement à «s’engager» auprès du réseau de la santé, pas moins de 1000 personnes de la région ont levé la main, confirme le président-directeur général du CIUSSS MCQ, Carol Fillion.

Carol Fillion, le président-directeur général du CIUSSS MCQ.

Par ailleurs, la tournée des régions du Dr Arruda met en lumière un problème de communication dans le réseau de la santé. Les directives de la Santé publique ne se rendaient pas auprès des acteurs du réseau au même rythme dans toutes régions du Québec.

«Il y a des enjeux au niveau des communications», précise-t-il.