Dany Chilton du CNA, Pierre-David Tremblay, maire de La Tuque, Serge Buisson, directeur du Service incendie, ont notamment participé au point de presse.

Le torchon brûle entre La Tuque et Hydro-Québec

LA TUQUE — La tension est palpable entre Hydro-Québec et la Ville de La Tuque. Le maire Pierre-David Tremblay ne démord pas, il veut des monteurs de ligne disponibles à La Tuque «24 heures sur 24 heures, sept jours par semaine et 365 jours par année». Le maire Tremblay veut multiplier les appuis jusqu’à ce que la société d’État entende raison, quitte à lui envoyer des factures pour les coûts engendrés lorsqu’il y aura des délais déraisonnables pour de l’assistance. Il s’est dit exaspéré des explications d’Hydro-Québec, il veut être compris et il exige des décisions immédiates.

«On veut le service auquel on est en droit de s’attendre […] On nous dit que La Tuque n’a rien à envier aux autres municipalités du Québec. Je m’excuse, mais le service est pourri. Le service est très médiocre et on ne se contentera pas de ça», a lancé d’entrée de jeu le maire.

«Les délais d’intervention sont trop longs. C’est inconcevable. Quand les équipes partent de Trois-Rivières, on parle d’un délai minimum de trois heures. On ne parle pas des réparations, on n’a rien à dire sur le travail, ce sont les délais d’attente qui ne sont pas adéquats.»

Pierre-David Tremblay martèle que les monteurs de ligne à La Tuque ne sont pas remplacés les week-ends, lors des vacances et lors de congés de maladie. C’est ce qu’il dénonce haut et fort. «Ce n’est pas un nouveau service qu’on demande, c’était comme ça avant. On l’a toujours eu. Qu’est-ce qui s’est passé?»

À cet effet, un employé à la retraite d’Hydro-Québec s’est rendu à l’hôtel de ville pour discuter avec le maire lors du passage du Nouvelliste. «En 1988, on était cinq monteurs et l’été, ils engageaient deux gars jusqu’aux Fêtes. Pour avoir toujours deux gars disponibles, il en faut quatre au bureau à cause des vacances, des maladies et de la chasse. […] Aujourd’hui, Hydro parle d’efficience, en faire plus avec moins pour faire plus d’argent», a lancé Luc Jean.

Dans ses représentations, la municipalité soutient même que les délais d’intervention ont des impacts sur la sécurité et que des coûts doivent être assumés par la Ville et par le fait même, la population. «Je ne veux pas porter l’odieux de ces problèmes-là, alors je les dénonce […] On est à comptabiliser les coûts à l’heure actuelle. Ce n’est pas normal. Je le répète, les coûts sont augmentés par les délais d’intervention. On va envoyer une facture à Hydro-Québec», a affirmé Pierre-David Tremblay.

D’ailleurs, le directeur du Service incendie de la Ville de La Tuque était aux côtés du maire pour témoigner des délais d’intervention de plusieurs heures lorsqu’il faut faire appel à des équipes de l’extérieur. «Les trois monteurs d’Hydro-Québec, c’est sur papier. Nous, on a la preuve que sur le terrain ce n’est pas ça. […] Ils nous ont sorti beaucoup de statistiques, mais nous on marche avec des faits. On a eu l’impression de se faire endormir (lors de la dernière rencontre)», a indiqué Serge Buisson.

La Ville soutient que lorsque la solution est le délestage, on prive la moitié ou le tiers de la ville de services d’électricité. «C’est un problème pour les citoyens, les commerces, l’hôpital, la station de radio, les restaurants, les industries, les écoles… Ça joue sur mon économie locale et ça amène des coûts», insiste M. Tremblay.

Le maire veut également multiplier les appuis dans le secteur industriel, commercial et même des autres municipalités. «On va aussi transférer le dossier au gouvernement. On veut s’asseoir avec des gens qui prennent des décisions», a-t-il affirmé.

Pierre-David Tremblay refuse de dire qu’il déclare la guerre à la société d’État. Il estime qu’il est seulement à la recherche de résultats.

Rappelons qu’Hydro-Québec avait invité la Ville afin de faire le point sur les demandes de la municipalité la semaine dernière. Le maire Tremblay ne s’y était pas présenté et ses représentants avaient quitté la rencontre après 30 minutes.

Seul le Conseil de la nation atikamekw a écouté les représentations de la société d’État jusqu’à la fin. «Ça démontre que cela n’avait pas été planifié. On a quitté la rencontre sous le coup de l’exaspération», a expliqué le maire de La Tuque.

Lemaire de La Tuque, Pierre-David Tremblay

«On nous sort des statistiques de la Mauricie, mais excusez-moi, le territoire de la ville de La Tuque est unique de par notre isolement. On ne peut pas se faire comparer avec Shawinigan ou Trois-Rivières pour les délais d’intervention. Je ne pense pas que c’est une question de compétence, c’est une question de bon vouloir. On veut un service adéquat et ils ne sont pas capables de nous le garantir. Quand on a vu ça, on n’avait plus de temps à perdre à cette table-là», a ajouté le conseiller municipal Roger Mantha, qui était à la rencontre.

Le maire Tremblay a quand même reconnu qu’il y avait eu des avancées dans certains dossiers, notamment celui de Parent.

«Impossible de dialoguer avec lui»

La société d’État n’a pas apprécié avoir été écartée du point de presse du maire de La Tuque, mardi matin. Hydro-Québec s’explique mal les agissements du premier magistrat et «son agressivité».

«Dans un dialogue constructif, qu’on soit en accord ou en désaccord, je pense qu’il faut être présent. Sinon, c’est très difficile de pouvoir contribuer positivement», a lancé Serge Abergel, directeur des communications chez Hydro-Québec.

«On a beaucoup de mal à comprendre la position du maire. On a envoyé nos équipes de gestionnaires pour le rencontrer pour faire un état de situation, pour mettre à jour les progrès qui ont été faits sur le réseau et aussi discuter de ce qui est bien fait, mal fait et des pistes d’amélioration… Le maire ne les a pas rencontrés, même pire, les élus ont quitté la salle. Son discours est difficile à comprendre», a-t-il ajouté.

Hydro-Québec insiste, son but est de continuer à servir la population. S’il y a des améliorations à faire, elles seront faites pour la clientèle. On s’est également fait rassurant. 

«Les citoyens de La Tuque sont en sécurité, le réseau est sécuritaire. […] Effectivement, il peut y avoir des interruptions de services, ce n’est pas souhaitable et désirable, mais ça arrive. C’est la même procédure à La Tuque ou à Montréal».

«Si on avait eu la chance de discuter avec lui, on aurait pu lui expliquer», a-t-il ajouté.

La société d’État assure que tous les efforts seront déployés pour assurer un service de qualité, mais qu’il n’y aurait pas de discussions avec la Ville par l’entremise des médias.

«On va déployer les efforts requis, malheureusement je dois vous dire qu’on va le faire sans le maire. À l’heure actuelle, il est impossible de dialoguer avec lui […] On sent également une agressivité qui est totalement inexplicable».

«Nos conseillères dans la région se sont fait insulter personnellement par le maire, c’est inacceptable. On est rendu au point où on ne peut plus continuer dans cette direction-là», a conclu M. Abergel.