Un groupe d’investisseurs trifluviens voudrait mettre la main sur ce terrain afin de préserver et mettre en valeur la murale de l’ancien commerce de fourrures Ovide Rocheleau.

Le terrain vendu, la murale sauvée?

Trois-Rivières — La murale de la rue Hart, dévoilée cette semaine lors de la démolition de l’ancien immeuble du bar Le Monkey, pourra-t-elle finalement être préservée et mise en valeur? Il semble que ce soit le souhait d’investisseurs trifluviens qui se sont manifestés jeudi et qui mettront sous peu la main sur ce terrain dans le but de conserver la murale et la rendre visible au public autant que possible.

Le directeur général d’Innovation et développement économique (IDE) Trois-Rivières et le conseiller municipal Denis Roy ont en effet été interpellés jeudi matin par ce groupe d’investisseurs, «de bons citoyens corporatifs de Trois-Rivières», selon Mario De Tilly, afin de connaître les possibilités quant au rachat de ce terrain et à la conservation de la murale. Le groupe a par la suite été mis en communication avec les actuels propriétaires du bâtiment.

L’un de ces propriétaires, Camile Leboeuf, a confirmé au Nouvelliste que le terrain sera vendu. «C’est confirmé et nous allons passer chez le notaire le 8 janvier prochain», a-t-il indiqué, sans toutefois pouvoir préciser le projet qui sera mis en place par les futurs propriétaires.

Impossible pour le moment de connaître l’identité de ces investisseurs, qui ont préféré demeurer discrets jusqu’à ce que tout soit conclu.

On se souviendra que l’immeuble démoli cette semaine avait été cédé par la Ville pour une somme symbolique pourvu que le promoteur qui en faisait l’acquisition procède à sa démolition à ses frais, ce qui a été fait par Camile Leboeuf et ses partenaires.

Le promoteur avait, au départ, l’intention d’y construire un nouvel immeuble de trois étages, dont le rez-de-chaussée aurait été occupé par du commercial. Toutefois, les plans ont changé en cours de route si bien qu’il était dans l’intention de Camile Leboeuf de revendre le terrain une fois la bâtisse démolie, afin qu’il puisse se consacrer à plusieurs autres projets immobiliers en cours.

Par contre, lors de la démolition, la murale de l’ancien magasin de fourrures Ovide Rocheleau s’est révélée, créant une mobilisation dans la communauté afin de préserver cette murale intacte et surtout visible.

Une pétition a même été lancée afin de demander que la murale ne soit pas de nouveau cachée derrière une nouvelle construction et qu’elle soit préservée et exposée pour que tous puissent en profiter. Jeudi soir, plus de 2000 personnes avaient signé la pétition sur le site Change.org.

Les investisseurs ayant démontré de l’intérêt jeudi matin auraient, au moment de la transaction symbolique avec la Ville, pris part à certaines discussions dans le but de se porter acquéreurs du terrain et de démolir eux-mêmes la bâtisse, mais n’ont finalement pas poursuivi les discussions plus loin, selon nos informations.

Toutefois, en voyant s’exposer la murale lors de la démolition, ils auraient reconsidéré leur intérêt et souhaiteraient faire l’acquisition des lieux afin de préserver cette œuvre publicitaire et de ne pas la recouvrir. Une construction pourrait être envisagée à cet endroit, mais sans pour autant cacher la totalité du mur où s’élève cette murale.

«Ce sont des intentions, pour le moment. Tant qu’il n’y aura pas de transaction, rien n’est assuré alors je préfère demeurer prudent. Mais il est évident que si un tel scénario devait se concrétiser, ce serait une situation gagnante pour tout le monde, pour le promoteur et pour la population», constate le conseiller municipal Denis Roy, qui ne cache pas non plus que la Ville y trouverait également son compte.

Pour sa part, Camile Leboeuf se réjouit de savoir que le terrain sera de nouveau entre les mains d’intérêts trifluviens. «Ce sont des gens sérieux et nous sommes très contents de savoir qu’il y aura autre chose à cet endroit, et que ça se fera par des gens de Trois-Rivières. Nous avions eu d’autres propositions qui venaient d’ailleurs, mais ça restera à des intérêts locaux», indique celui qui se dit intéressé de savoir ce qu’il adviendra de cette murale, «car nous aussi on la trouve très belle», a-t-il ajouté.

La Direction de l’aménagement et du développement du territoire à la Ville de Trois-Rivières a évidemment été interpellée au cours des deux derniers jours à ce sujet, confirme le coordonnateur Marc-André Godin.

«Nécessairement, on a mis au jour un élément intéressant de l’histoire et du patrimoine du lieu. On travaille beaucoup en conservation et mise en valeur du patrimoine bâti. Cet immeuble présente un grand intérêt et a été rénové avec des subventions municipales il y a quelques années. Évidemment, on n’avait pas vu à l’époque cette murale. On la découvre aujourd’hui comme vous. Ça nous pose un certain enjeu parce qu’effectivement, ça fait partie de la mémoire collective et de la vitalité d’une époque révolue de la rue Hart. On est très sensible à la question et il faudra en sensibiliser les propriétaires, mais l’intervention municipale n’est pas à ce moment-ci une option», constate M. Godin.

Toutefois, la Ville souhaitait, jeudi matin, contacter les propriétaires du terrain nouvellement vacant et également de l’immeuble où se trouve la murale, afin de les inciter à en favoriser la préservation. «On va proposer aux propriétaires de bien vouloir conserver et protéger cette murale dans le futur. C’est de la peinture, il y a plusieurs techniques qui peuvent être utilisées. On a le Centre de conservation du Québec qui a différentes techniques qui peuvent être identifiées», ajoute M. Godin.