Lionel Berthoux, professeur à l’UQTR et virologue.
Lionel Berthoux, professeur à l’UQTR et virologue.

Le temps des précautions est arrivé, selon un virologue de l’UQTR 

Brigitte Trahan
Brigitte Trahan
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — Avec un premier cas en Mauricie, «il faut prendre pour acquis que le virus COVID-19 a été transmis et a commencé à circuler. Ce serait un bon moment pour commencer à prendre les mesures de précaution», estime le professeur Lionel Berthoux dans un message adressé jeudi à ses collègues de l’UQTR.

Ce spécialiste en virologie souligne qu’il «n’est pas nécessaire de paniquer ni d’arrêter nos activités quotidiennes. Il faut se souvenir que les taux de décès sont modérés même pour les groupes plus à risque», dit-il.

Le virologue invite néanmoins chaque personne à contribuer à freiner la propagation de ce virus «de façon à ne pas surcharger le système de santé et à protéger les personnes les plus à risque dans notre communauté».

Cette responsabilité sociale passe par le lavage fréquent des mains et voici pourquoi, selon lui.

Certaines personnes qui seront atteintes par la COVID-19 «auront l’impression qu’elles ont un simple petit rhume de rien du tout. Il faut toujours se souvenir que lorsqu’on est plus jeune et en bonne santé et qu’on a peu de chance d’être très malade de cette infection, on est toujours capable de transmettre le virus à d’autres personnes qui seraient plus fragiles au niveau de leur santé ou plus âgées, peut-être des personnes qui ont des problèmes pulmonaires ou, par exemple, qui sont asthmatiques», explique-t-il.

C’est pourquoi, dit-il, les précautions de base, comme se laver les mains, concernent tout le monde.

«Ce n’est pas exactement correct de dire que le virus se propage de façon aérienne. Il ne flotte pas dans l’air», dit-il. «Le virus est contenu dans la salive des personnes infectées et également dans leurs écoulements nasaux. Les gens infectés ont des symptômes qui ressemblent à ceux de la grippe. Alors lorsque les gens toussent ou qu’ils éternuent, ils vont rejeter dans l’air de petites gouttelettes et le virus peut être transmis de cette façon», explique le professeur Berthoux.

«Le masque n’est pas très utile pour se protéger des virus, mais par contre, il est très utile pour ne pas répandre son virus à d’autres personnes», précise-t-il.

Le chercheur ajoute que «lorsque les gens sont infectés et vont toucher leur visage, par exemple, qu’ils ont le nez qui coule et qu’ils se touchent un petit peu le nez, le virus est présent sur leurs mains. S’ils serrent la main de quelqu’un d’autre, l’autre personne va avoir le virus sur la main et si cette autre personne se touche le visage, il y a de bonnes chances que cette personne devienne infectée à son tour», résume-t-il.

Cela explique l’importance de ne pas serrer la main des gens, fait-il valoir, en ajoutant que le virus peut être également contracté en touchant une poignée de porte que vient de toucher une personne infectée qui ne s’était pas lavé les mains. «Si vous vous touchez alors le visage, vous risquez de vous infecter», réitère-t-il.

Le professeur Berthoux indique que les scientifiques connaissent déjà beaucoup de coronavirus. Certains membres de cette famille de virus «sont connus pour causer des infections respiratoires de gravité plus ou moins élevée, mais généralement pas aussi élevée que ce que l’on voit avec COVID-19», dit-il.

«La maladie est vraiment proche de ce qu’on voyait du SRAS (2002-2003) pour ce qui est des symptômes», dit-il.

«Plus on avance, plus on voit bien qu’un grand nombre de personnes vont être infectées et considérant qu’il y a un taux de létalité qui n’est pas négligeable du tout, car il est autour de 2 % à 3 %, ça cause beaucoup d’inquiétude chez les responsables de santé publique», dit-il.

Les scientifiques sont «en train de séquencer, c’est-à-dire de déterminer la nature des génomes d’un assez grand nombre de ce virus COVID-19 isolés de patients à travers le monde et ces études révèlent qu’il y aurait plus d’une souche qui serait en train de circuler, possiblement deux souches», dit-il. «L’une est davantage létale que l’autre, mais celle qui est la plus dangereuse est celle qui est apparue à Wuhan et qui cause l’épidémie actuelle. Aucun coronavirus, à ma connaissance, circulant présentement, a un taux de mortalité très élevé et qui tuerait tout le monde», nuance-t-il.

«Souvent, les nouveaux virus, lorsqu’on avance dans le temps, deviennent, en réalité, moins pathogéniques plutôt que plus pathogéniques. Les lois de l’évolution dictent qu’un virus va devenir moins dangereux en avançant dans le temps. On peut espérer que ça va être le cas là aussi», indique le professeur Berthoux.

«La crainte d’une épidémie qui tuerait tout le monde n’est absolument pas justifiée», dit-il.

Des vaccins sont présentement testés, ajoute-t-il. Il est difficile toutefois d’affirmer qu’il y en aura un de prêt pour le printemps. Sachant que le virus est présent sur à peu près la moitié de la planète, dit-il, «ce serait vraiment une performance d’être capable de produire des doses vaccinales en nombre suffisant pour protéger les gens», estime-t-il. Avoir éventuellement un tel vaccin serait toutefois utile, précise-t-il, «parce que c’est un virus qui possiblement va s’installer dans l’espèce humaine pour y rester. On peut très bien imaginer que ça devienne un virus saisonnier qui infecte un certain nombre de gens chaque hiver», indique le professeur Berthoux.