Pascal Bastarache, président du Syndicat du personnel paratechnique, des services auxiliaires et de métiers du CIUSSS Mauricie-et-Centre-du-Québec,souhaite voir les autorités donner suite à la proposition syndicale d’une rémunération à temps double pour les quarts de fin de semaine.

Le syndicat en quête de solutions à la pénurie de main-d'oeuvre en santé

TROIS-RIVIÈRES — Pendant que tous les yeux sont tournés vers l’épidémie du coronavirus, les défis de gestion au quotidien demeurent criants dans le réseau de la santé, rappelle le président du Syndicat du personnel paratechnique, des services auxiliaires et de métiers du CIUSSS Mauricie-et-Centre-du-Québec, Pascal Bastarache. Il en veut pour preuve les statistiques attestant que dans la région, près du tiers des employés du réseau a eu recours à l’assurance salaire en 2019. La récente proposition du syndicat de rémunérer les quarts de travail de fin de semaine en temps double serait l’objet d’une joute de ping-pong entre le ministère et les autorités administratives de la région, chacun renvoyant le poids de la décision dans la cour de l’autre.

«On demande à ce que notre travail soit reconnu», martèle Pascal Bastarache. Pénurie de main-d’œuvre oblige, il souligne que depuis plusieurs années déjà, les préposés aux bénéficiaires s’acquittent souvent d’une charge de travail qui équivaut à ce que deux, trois, voire quatre personnes, devraient se partager. Les conditions actuelles ne font qu’exacerber la problématique de pénurie, soutient-il. «On a un problème de rétention de personnel, la convention collective n’est pas respectée, les travailleurs en sont à prendre des congés de maladie pour pouvoir se reposer un peu», énumère-t-il.

L’éventualité de payer les travailleurs à temps double pour les quarts de fin de semaine présenterait un double avantage, selon le syndicaliste. En plus de reconnaître le travail accompli depuis des années, la mesure viendrait fournir une dose de motivation à une cohorte de travailleurs qui peine à voir une issue à la crise de pénurie de personnel qui sévit dans le réseau. «Dans les conditions qu’on traverse, je ne vous cacherai pas que rares sont les personnes qui voient arriver leur chiffre de fin de semaine avec entrain», confie M. Bastarache.

Un précédent aux Îles-de-la-Madeleine

La mesure, exceptionnelle et temporaire, ne serait pas une première au Québec, indique M. Bastarache. En effet, en décembre 2018, le Centre intégré de santé et de services sociaux des Îles-de-la-Madeleine avait eu recours à pareille stratégie pour pallier une situation de pénurie de personnel.

Dans une note administrative, dont le Conseil central Cœur-du-Québec-CSN nous a fourni une copie, on indique que «considérant les besoins pour la période des Fêtes et l’absence de disponibilité du côté des agences de placement du personnel, la Direction du CISSS des Îles a décidé de mettre en place une mesure exceptionnelle et temporaire de rémunération du temps supplémentaire à taux double». La mesure en question s’appliquait à des quarts de travail ciblés.

La note continue en soulignant que «la rémunération à taux double se veut donc une façon temporaire de procéder afin de combler les besoins de main-d’œuvre, d’éviter dans la mesure du possible le TSO [temps supplémentaire obligatoire] pour la période des Fêtes et d’assurer la continuité des services». La note est émise par la Direction des ressources humaines, communications et affaires juridiques.

Fin de non-recevoir au CIUSSS-MCQ

Au Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec (CIUSSS-MCQ), on commente la proposition syndicale de manière directe. Si on dit ne pas pouvoir commenter la décision prise aux Îles-de-la-Madeleine, on invoque la convention collective en cours pour ne pas donner suite à la demande du syndicat. «La mesure de temps double n’est pas applicable légalement», soutient Julie Michaud, agente d’information au CIUSSS-MCQ. Une position qui a toujours été claire dans les différents échanges avec le syndicat, plaide-t-elle.

Mme Michaud rappelle que les conventions collectives nationales sont en cours de négociation et que d’ici à ce qu’une nouvelle entente soit conclue, le cadre actuel est celui qui continuera de définir la rémunération. L’agente d’information maintient que le CIUSSS-MCQ travaille à trouver des solutions à la pénurie de main-d’œuvre, de concert avec le syndicat, mais que celles-ci ne prendront pas la forme d’une bonification de la rémunération. «Ce n’est pas une décision politique, mais bien une obligation légale du respect des conventions collectives», insiste-t-elle.

La ministre demeure vague

Interpellée sur la proposition syndicale d’une rémunération à temps double, la ministre de la Santé, Danielle McCann, avait déclaré sur les ondes de la radio publique, le 20 février dernier, qu’il fallait attendre l’analyse de la situation menée par les gestionnaires du CIUSSS-MCQ avant de se prononcer sur d’éventuelles solutions sur les enjeux de ressources humaines.

«On verra qu’est-ce qu’on peut regarder comme mesures», avait laissé tomber la ministre, évasive. Elle rappelait du même souffle que son gouvernement s’était engagé à «porter une attention particulière aux préposés aux bénéficiaires».