L’ex-conseillère municipale de La Tuque, Caroline Bérubé, a dénoncé le comportement du maire Pierre-David Tremblay.
L’ex-conseillère municipale de La Tuque, Caroline Bérubé, a dénoncé le comportement du maire Pierre-David Tremblay.

Le style de gestion du maire de La Tuque dénoncé

Audrey Tremblay
Audrey Tremblay
Le Nouvelliste
LA TUQUE — Deux mois après son départ, l’ex-conseillère du district de l’aéroport a décidé de briser le silence sur le «climat de terreur» qui règne à l’hôtel de ville de La Tuque. C’est à la suite de l’exclusion de Luc Martel des séances privées et des propos tenus à l’égard du conseiller municipal qu’elle a pris cette décision. Caroline Bérubé assure avoir été visée elle aussi par de l’intimidation et des propos dégradants durant son mandat auquel elle a mis fin abruptement à la mi-août. Elle a confirmé avoir déposé une plainte à la Commission municipale du Québec.

«Aujourd’hui, je ressens le besoin d’expliquer à la population ce qu’il se passe réellement au conseil de ville […] Je veux dénoncer des actes qui sont, selon moi, intolérables en 2020. Si je laisse faire, c’est comme si j’approuvais son comportement», a-t-elle lancé.

«Son système de gestion ressemble à une dictature», affirme Caroline Bérubé.

Cette dernière a décidé de porter plainte contre le maire de La Tuque. Au ministère des Affaires municipales et de l’Habitation, on n’a pas voulu confirmer ni infirmer si des plaintes ont été déposées contre Pierre-David Tremblay.

L’ancienne conseillère municipale n’a pas été surprise de l’exclusion du conseiller Luc Martel. La situation lui a rappelé des épisodes qui ont marqué son mandat. Le maire lui reprochait sensiblement les mêmes choses.

Pour elle, cette situation est la suite logique du style de gestion de Pierre-David Tremblay. L’expulsion de Luc Martel des séances privées est, selon elle, une tactique afin de garder le contrôle.

«Il aime avoir le contrôle sur tout, et si les gens le contredisent, il utilise tous les moyens pour les faire taire : il menace, il crie, frappe sur la table, argumente, quitte la salle ou bien il exclut les gens…», lance Caroline Bérubé.

«J’ai moi-même goûté à la médecine du maire, c’est pourquoi je ne suis pas surprise de sa décision d’exclure une personne qui ose se prononcer contre lui lors des rencontres. Monsieur le maire s’assure de ne pas rencontrer d’opposition à ses propos…».

Manon Côté, qui a également siégé autour de la table du conseil municipal au début du présent mandat, confirme les propos de Mme Bérubé.

«La seule chose que je pourrais ajouter, c’est qu’en un an et demi, j’ai été en mesure de constater que ceux qui n’étaient pas du même avis que lui, étaient traités différemment. On sentait que si quelqu’un ne partageait pas son avis, ça ne fonctionnait pas. Personnellement, je ne peux pas dire qu’il m’a fait ça. J’ai été témoin seulement. J'ai aussi été témoin de manque de respect envers les employés de la ville ainsi que les cadres, et ce, devant les élus», a commenté l’ex-conseillère municipale.

Déjà lors de son départ, pour des raisons professionnelles en juin 2019, l’ambiance commençait à se «détériorer tranquillement» au sein du conseil municipal.

Caroline Bérubé, pour sa part, ne veut surtout pas jouer à la victime, elle souhaite simplement que la population soit mise aux faits des agissements du maire.

«Lorsque les portes sont fermées, ça déborde. C’est loin de ressembler aux séances publiques», affirme-t-elle.

Pour Caroline Bérubé, la situation a commencé à dégénérer lors d’une rencontre à l’été 2019. Elle s’est sentie brimée dans son droit de parole et dans l’exercice de ses fonctions. Alors qu’elle tentait d’éclaircir un dossier, elle s’est fait couper la parole et insulter.

«Monsieur le maire m’empêchait d’avoir les réponses dont j’avais besoin pour mieux comprendre un dossier. […] Ç’a dégénéré, il s’est levé, il a crié après moi, il a frappé sur le comptoir», raconte-t-elle.

«Il m’a dit: ‘‘si tu n’as pas les couilles pour faire ça, va-t’en. Tu nous nuis plus que tu peux nous aider’’ et il a quitté, poursuit-elle. Je ne peux pas me faire traiter de cette façon-là. Il m’a traitée d’une manière grossière et sans respect.»

Pierre-David Tremblay est maire de La Tuque.

Caroline Bérubé avoue avoir eu beaucoup de difficulté à passer à travers cet épisode. L’ex-conseillère avait même tenté d’adoucir le climat entre elle et le maire. Elle avait rencontré Pierre-David Tremblay en compagnie d’une avocate afin de trouver des solutions en juillet 2019.

«Elle m’a rencontrée parce qu’elle se sentait intimidée et elle se demandait quoi faire pour faire cesser la situation. Il y avait une rencontre de prévue et elle avait une crainte d’y aller sans être accompagnée. Mon mandat a été de l’assister et de la diriger vers les bonnes ressources», a confirmé son avocate Me Mélanie Ricard.

«Il avait une liste de reproches à lui faire dont le fait qu’elle était ingérable, d’avoir de l’incivilité, il lui reprochait d’être manipulatrice, de comploter contre lui, d’être menteuse», a-t-elle ajouté.

Me Mélanie Ricard soutient avoir aidé l’ancienne conseillère municipale à affirmer qu’elle ne tolérerait plus les comportements irrespectueux dans le cadre de son mandat.

«L’ambiance n’était pas nécessairement joyeuse. On n’a pas parlé beaucoup. C’est le maire qui a fait sa liste de reproches pendant plusieurs minutes […] Je n’ai pas constaté de cris ou de comportements violents, mais les propos étaient sans équivoque. Monsieur le maire a fait beaucoup de reproches et il n’y avait pas de place à la discussion ou à l’argumentation», a noté Me Ricard.

Caroline Bérubé est également revenue sur les propos tenus à l’égard de la députée Marie-Louise Tardif dans les derniers mois.

«J’ai osé me commettre en voulant la défendre. […] Il s’en prend à des employés, des conseillers, une députée. Ça commence où et ça s’arrête où tout ça?»

Amer de son passage en politique

Caroline Bérubé est bien amère de son passage en politique municipale. Elle souhaitait par son implication pouvoir changer les choses.

«J’avais un grand vouloir, mais je me suis rendu compte que je n’avais pas un grand pouvoir. Encore moins avec une gestion de dictature», souligne-t-elle.

Un virage professionnel a amené Caroline Bérubé à changer de profession. Elle a du même coup tiré un trait sur sa vie politique.

«Si le climat avait été plus sain, que j’avais eu plus de support et de compréhension, peut-être que je serais restée. […] Mon expérience n’a pas été satisfaisante pour dire que je vais y revenir. Dans un autre contexte, cela aurait pu être différent, mais ma carrière politique est terminée pour le moment», a-t-elle conclu.

Tension avec Hydro-Québec

Des dirigeants d’Hydro-Québec ont même dû intervenir auprès du maire de La Tuque selon ce que rapporte Radio-Canada.

«Hydro-Québec reconnaît que des propos et des agissements irrespectueux du maire de La Tuque envers des membres de son équipe ont dû nécessiter une intervention de la haute direction auprès du maire», a souligné Louis-Olivier Batty, porte-parole de la société d’État.

«Nous rappelons que c’est tolérance zéro envers le harcèlement psychologique, l’intimidation et l’incivilité que ce soit de la part de notre personnel, de notre clientèle ou de nos partenaires. Nous privilégions une collaboration franche, civile et sans discrimination afin de maintenir des relations respectueuses», a-t-il ajouté à Radio-Canada.

Le maire de La Tuque n’a pas retourné nos appels.